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A la une / Contribution

Emprunt d’État, un emprunt de confiance ?

L'emprunt obligataire d’État, un gigantesque blanchiment d'argent

©D. R.

C'est une très vieille idée que tenter de basculer le stock de monnaie de l'économie informelle vers l'économie réelle. Il y a plus de trois décennies de cela, beaucoup de nos camarades dans les universités étrangères, françaises en particulier, en avaient fait l'un des thèmes récurrents (1) de leurs thèses. Mais avaient-ils abordé l'essentiel ?

L'économie, c'est toujours très simple dans son explication si on veut échapper à l'ésotérisme de la discipline qui n'a aucun intérêt lorsqu'on s'adresse au public. Les grands équilibres macro-économiques, c'est à dire globaux, sont toujours le fait d'une décision humaine. Et comme les États sont la représentation de la collectivité, la décision est par conséquent politique. L'économie informelle comme les emprunts d’État relèvent de cette même réalité, il ne faut pas se focaliser sur les montages techniques compliqués au risque de passer au travers de l'essentiel.
Nous n'aborderons dans cette analyse que l'un des arguments qui a motivé le lancement de l'emprunt d’État, celui de l'objectif de la bancarisation de l'économie parallèle. Tentons de deviner pourquoi l'emprunt d’État est une supercherie, en l'état actuel des circonstances.

Juste imaginons !
Dans nos cours de finances, il y a très longtemps, les applications se construisaient souvent à travers des scénarios afin que toutes les combinaisons soient testées dans leurs solutions économiques en fonction des hypothèses de droit que posait le contexte. Il semble qu'il en est toujours ainsi.
Imaginons un scénario dans lequel un individu, apparemment doté de toutes ses facultés cognitives, soit démarché par une société de placements financiers. L'offre semble attrayante pour un revenu qui trouve difficilement un bon placement d'avenir dans la situation chaotique du pays.
Imaginons que la société ait trois associés connus du grand public pour leur grande réussite “fulgurante” dans les affaires. Mais le gérant de la société est un vieil homme grabataire que ses proches manipulent et ne semble plus dans les dispositions de haute compétence financière qui ont fait sa légende passée. Continuons à imaginer que le second associé soit impliqué dans des affaires douteuses et fasse l'objet de poursuites judiciaires en Italie. Et que le troisième associé soit éclaboussé par le scandale des Panama Papers. Et nous ne déclinerons pas les multiples exploits judiciaires et de cabales financières dont sont décorés tous les cadres et autres conseillers de la société en question.
Imaginons enfin que cette société de placements soit, de notoriété publique, connue pour avoir conseillé des clients à placer leur argent dans un pays qui est un autre client et qu'elle a elle-même poussé à la faillite(2). Alors, si notre client démarché acceptait l'offre, nous serions légitimement en droit de douter de ses facultés intellectuelles et nous ne pleurerions pas la perte de ses biens dans une arnaque des plus prévisibles.
Chacun aura compris qu'il en était exactement la même chose pour l'emprunt d’État algérien. Il faudrait perdre sa raison pour supposer que celui à qui est confié l'argent soit des plus sûrs au monde. Un emprunt d’État deviendrait sûr et profitable à quelles conditions ?

Un emprunt d’État, c'est avant tout de la confiance
Tous les experts au monde ne pourront jamais garantir un emprunt quels que soient leur niveau de compétence et les projections compliquées de leurs analyses. L'emprunt russe était celui qui allait procurer un revenu des plus prometteurs, ce fut la plus grande déroute financière pour les porteurs de titres. Les livres d'histoire sont remplis de tonnes de pages sur les placements dans les paradis économiques rêvés, souvent aux pouvoirs des plus liberticides (Cuba), ou aux financiers hasardeux (canal de Panama). Ils se sont effondrés par l'éclatement des guerres et des révolutions pour les premiers et par la banqueroute frauduleuse pour les seconds.
L'économie et la finance sont avant tout une question de confiance et celle-ci ne se décrète pas mathématiquement ni ne garantit l’écriture du futur, qui est toujours humain et par conséquent imprévisible. Les grands stratèges de la finance ont tellement bien intégré cette dimension dans leur conscience qu'il existe à l'heure actuelle des taux d'intérêts négatifs. C'est l'exemple le plus merveilleux qu'on puisse trouver pour illustrer notre propos.
La crise économique mondiale menaçant, beaucoup de bailleurs de fonds internationaux (États et organismes privés) placent leur argent dans des pays avec un rendement négatif. En clair, lorsqu'ils retireront leur argent, le montant ne sera pas augmenté par un intérêt normalement dû mais sera diminué. C'est que ces bailleurs de fonds préfèrent rémunérer des pays qu'ils considèrent comme sûrs afin que leur argent soit protégé des soubresauts politiques ou de faillite des États. Ces opérateurs louent en quelque sorte un coffre-fort blindé et l'intérêt négatif en est le prix de location.
La France est l'un des États qui profite le plus de fonds alloués avec un taux négatif, alors que sa situation économique est chancelante. Par cet exemple, on comprend que la principale condition des investisseurs est la stabilité politique. Quelles que soient leurs difficultés économiques, ces pays seront toujours plus sûrs que de nombreux autres, pourtant gorgés de milliards pétroliers pour certains.
La preuve est ainsi faite qu'un emprunt d’État, c'est avant tout un pacte de confiance national et il n'en sera jamais autrement. Raison pour laquelle l’État algérien pourra utiliser toutes les techniques qu'il voudra, l'économie est une affaire humaine, pas technique. Tant que le régime politique et les pratiques resteront ce qu'elles sont, on pourra toujours nous parler de finances et de placements, rien n'y changera.

La grande lessiveuse
Toutes les tentatives d'éradiquer le flux monétaire non bancarisé dans les régimes autoritaires, et donc avec un État délabré, ont été mises en place. La panoplie est large et aucune n'a jamais fait réellement ses preuves. L’État peut renforcer ses contrôles mais il n'en a généralement pas les moyens et lorsque les corrompus se rajoutent aux corrompus, ce n'est pas exactement la méthode la plus efficace.
Il peut augmenter la rémunération bancaire des dépôts mais les équilibres financiers des banques en seraient perturbés car pour que cela marche, le taux de rémunération doit être bien au-delà du seuil supportable et dépasser très largement les profits engrangés dans le secteur informel puisqu'au taux d'intérêt perçu il faudra tenir compte de l'imposition.
L’État peut également mettre fin à la circulation des grosses coupures de la monnaie papier. On a déjà vu que l'opération est spectaculaire à court terme, lourde à exécuter et, au final, qu'au final, il s’agit d’une échappatoire peu satisfaisante. Et ainsi de suite dans une série d'actions sans grands effets jusqu'à présent dans tous les pays où les présidents se font élire quasiment à vie ou passent la main dans des circonstances violentes.
 Mais à l'inverse, l'emprunt d’État est une astuce des plus efficaces pour ceux qui veulent effacer toutes les traces historiques de l'origine des fonds. C'est alors une manière de les rendre plus blancs que blanc. Cet argent était déjà passé par les blanchiments les plus officiels mais en cette circonstance, c'est l'anoblissement, le passage devant l'imam purificateur. C'est un blanchiment risqué de l'argent indûment extorqué aux Algériens. Mais lorsque le maximum a été investi en valeurs immobilières, en valeurs métalliques et en offshore, ce n'est pas inintéressant de trouver un moyen de placement marginal qui purifie l'âme du pêcheur.
En conclusion, on peut dire qu'au mieux, les Algériens honnêtes prennent un risque de tout perdre(3) (vu l'état de la gestion du pays). Au pire, ils seront pillés par la voracité des détournements publics. C’est pourquoi les Algériens préfèrent, dans leur écrasante majorité, dépenser le peu d'argent qu'ils ont en culture et distractions pour leurs enfants.

S.-L. B.
Enseignant

1 - Cela en était presque étonnant car entre celui de “l'industrie industrialisante” et du secteur informel, on avait l'impression que les sujets étaient bornés à de grandes répétitions sans fin.
2 - C'était exactement l'action de la banque Goldman Sachs au moment de la déroute grecque et de la crise financière internationale.
3 - Les taux d'intérêt versés seront largement entamés par l'inflation qui suit les dictatures comme le larron la bourse de l’honnête homme.


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