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Formation

Les études de pharmacie en Algérie en question

© D.R.

Par : Yahia DELLAOUI
Chef du département de pharmacie, faculté de médecine d’Oran

Il ne peut exister une solution parfaite, c’est-à-dire une solution susceptible de recueillir l’accord de tout le monde : université, corps professionnel, administration. Il est nécessaire de fixer dès le départ la finalité de l’enseignement de la pharmacie dans notre pays, en rapport avec leur évolution, leurs besoins et leurs moyens. “

Très souvent, et il est malheureux de le dire, les étudiants qui se lancent dans les études de pharmacie ne le font pas par vocation : les critères de ce choix sont bien vagues et conditionnés par des facteurs divers plus souvent subjectifs qu’objectifs. 
Dans ces conditions, ceux qui font pharmacie, alors que peut-être ils devraient faire autre chose, vont traverser le cycle des études avec une attitude passive ; ils vont subir un enseignement, s’en imprégner superficiellement pour pouvoir être repêchés aux examens et terminer sans vocation ni formation professionnelle bien précise. 
Après des tentatives dans des secteurs d’activité de haute technicité, la plupart de nos jeunes pharmaciens, alors conscients de leurs lacunes, vont se rabattre sur l’officine, solution de la moindre utilisation d’un diplôme dont ils doutent alors du sérieux et de la finalité. 
Il faut ajouter enfin à ces facteurs une insuffisance des structures d’accueil ; nous ne pouvons pas dire que l’industrie pharmaceutique soit florissante chez nous ou que des laboratoires couvrent tout le territoire. En effet, au niveau de la conception du médicament (recherche, synthèse, fabrication) la tâche reste immense ; nous sommes encore très largement tributaires de l’industrie étrangère. 
Au niveau de la biologie clinique, des lacunes sont très graves ; seuls les grands centres ont une couverture biologique suffisante pour faire face à toutes les exigences de la chimie moderne. C’est au vu de ce bilan que l’on doit étudier les corrections et les améliorations à apporter à la profession.

La réforme
Pour arriver à de bons résultats, il serait nécessaire de discuter et de répondre à un certain nombre de questions qui sont de nature à permettre à tous les pharmaciens d’accomplir au mieux leur mission, quel que soit le domaine d’activité qu’ils auraient choisi pour assurer leur carrière :
1- Comment arriver à réaliser une bonne formation du pharmacien d’officine dont le rôle essentiel est d’assurer le contrôle 
des prescriptions et la dispensation des médicaments ?
2- Comment concilier entre la dispensation d’une formation pluridisciplinaire théorique dans les domaines de la synthèse, de l’extraction des molécules actives, de la mise en forme pharmaceutique et un contrôle des effets des médicaments, et le fait de placer en même temps l’étudiant en position d’appliquer son savoir théorique et d’évaluer ses compétences face à un homme malade recevant des médicaments ?
3- Comment concilier cette formation 
théorique et intégrer l’étudiant en pharmacie dans une équipe hospitalière pour acquérir le savoir-faire et un certain comportement, voire une conduite à tenir vis-à-vis du patient ?
Ne faudrait-il pas penser à une formation cohérente et suivie pour les pharmaciens des hôpitaux ?
4- Comment concilier la formation théorique et pratique du pharmacien pour être en mesure de revendiquer une place de choix dans notre jeune industrie pharmaceutique, qui a besoin de se développer et de s’affirmer, tant sur le plan national que sur le plan international ?
Beaucoup d’autres questions touchent aux autres aspects des activités du pharmacien dans notre société en évolution constante.
Je citerai, en particulier, le cas de la biologie clinique, de la bromatologie, du cosmétique et de la chimie thérapeutique, sans oublier que cette dernière activité est en pleine expansion !
À mon sens, il s’agit pour nous de proposer une solution qui nécessite obligatoirement un choix entre deux conceptions.
Je me refuse, évidemment, à envisager une certaine conception qui consisterait à dire que la faculté des sciences médicales dispense un enseignement qu’elle juge nécessaire pour la formation du pharmacien, sans se soucier de l’avenir du jeune diplômé et de son insertion dans la société qui a fait des sacrifices pour assurer sa formation et qui est en droit d’exiger de lui de se mettre à son service.
Donc, les facultés des sciences médicales devront, a priori, assurer la formation de cadres pharmaceutiques pour répondre aux besoins actuels de notre pays.

Quelle orientation ?
Quelles sont les orientations qu’elles doivent donner à leur enseignement pour accomplir cette mission ?
Il est nécessaire de rappeler un certain nombre de constatations.
Tout d’abord, la tendance de l’écrasante majorité de nos jeunes diplômés à solliciter un emploi au terme de leurs études universitaires, qui durent en général six ans après le baccalauréat.
Les raisons de cet état de fait sont multiples et tout à fait défendables, et il serait très long de les expliquer...
La deuxième constatation que l’on peut faire, c’est la tendance à acquérir durant les études universitaires une formation de plus en plus spécialisée.
En d’autres termes, la tendance à ce que, au terme de six ans d’études à l’université, l’étudiant acquière un diplôme qui le rend apte à exercer immédiatement un métier dès sa sortie de la faculté.
Cela étant, quelle serait la solution à retenir pour la formation de nos pharmaciens ?
Le débat, en fait, tourne autour de la finalité de l’enseignement pharmaceutique. 

Il faudrait donc répondre à la question suivante :
- Les facultés des sciences médicales doivent-elles continuer à assurer un enseignement théorique pluridisciplinaire et corriger les insuffisances dont j’ai cité quelques exemples, ou bien modifier leur vocation dans le sens de la formation de pharmaciens ayant déjà acquis une spécialisation durant le cursus normal des études ?

La première solution exigera, pour être réalisée, deux conditions :
1- L’allongement de la durée des études d’au moins une année.
2- La création d’enseignements spécialisés.
Ce qui suppose que le pharmacien spécialiste aura à faire des études durant une dizaine d’années après le baccalauréat.
La deuxième solution entraînera obligatoirement l’abandon de la notion d’unicité du diplôme, mais aura l’avantage de permettre une formation permettant au futur diplômé d’être en mesure d’exercer convenablement une responsabilité dans un domaine pour lequel il a été bien formé.

Dans cette hypothèse, on s’habituera à une nouvelle terminologie pour désigner les membres de la corporation et on parlera de pharmacien d’officine, de pharmacien d’industrie, de pharmacien analyste, de pharmacien clinicien et de pharmacien hospitalier.

Cette deuxième solution suppose un plan national de formation des pharmaciens et une orientation des étudiants dans les différentes filières de formation en fonction des besoins du pays et une souplesse dans la conception des programmes, en vue de créer autant de filières spécialisées que l’exige le développement de nos activités professionnelles.
Il est évident que pour chaque type de diplôme il est nécessaire d’obtenir obligatoirement certaines unités de valeur, avec possibilité d’avoir des options, au choix de l’étudiant.

Ainsi, pour un futur pharmacien d’officine, en plus des unités de valeur de pharmacie et de pharmacodynamie, on peut choisir une unité de valeur de gestion, d’économie de santé ou de droit pharmaceutique.

Ces mêmes unités de valeur seraient nécessaires pour un futur pharmacien d’industrie. Ce type d’enseignement a ainsi l’avantage de permettre des passerelles, et un étudiant ayant au départ choisi une filière et qui voudrait changer d’orientation n’a qu’à s’inscrire dans les unités de valeur qui lui sont nécessaires pour obtenir son diplôme dans la nouvelle orientation.

Pour conclure, je dirais qu’il ne peut exister une solution parfaite, c’est-à-dire une solution susceptible de recueillir l’accord de tout le monde : université, corps professionnel, administration.

Il est nécessaire de fixer dès le départ la finalité de l’enseignement de la pharmacie dans notre pays, en rapport avec leur évolution, leurs besoins et leurs moyens. Il sera alors possible de discuter de toutes les solutions possibles, d’évaluer les avantages et les inconvénients de chacune d’entre elles pour en adopter une seule, sachant que dans un monde en évolution constante cette solution sera plus ou moins vite dépassée et à son tour discutée et remise en cause pour être adaptée à cette évolution.
Et, enfin, les problèmes du contenu des programmes, problèmes de méthodologie et bien d’autres méritent une large participation de tous les confrères. 

Conscients de la lourde responsabilité qui nous incombe, nous, hospitalo-universitaires, avons jugé que le premier devoir est de lancer cet appel à notre confrère traumatologue, pour l’inciter à faire preuve d’une conduite exemplaire et d’une rigueur morale à la mesure de la noblesse des sciences pharmaceutiques fondamentales, qui sont marginalisées et absentes dans les centres hospitalo-universitaires en Algérie. Méditons ensemble cette affirmation d’Einstein : “L’imagination est plus importante que la connaissance.”

 


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