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Deuxième enseignement du Titanic (2e partie)

Les inégalités dans l’éducation privent l’Algérie d’un immense potentiel de développement


Les raisons de cette faible qualité de l’école algérienne sont nombreuses, mais on peut les résumer par le fait que notre système éducatif n’est pas conçu pour apprendre à pêcher, mais se trouve être un énième instrument de redistribution.
Les écoles algériennes ne forment pas des individus dotés de capacités de réflexion et d’apprentissage, ni de capacités à s’adapter face à des situations et des problèmes nouveaux, à s’insérer sur le marché de l’emploi, et encore moins à innover. Or, ce sont précisément ces capacités qui constituent le moteur du développement économique.

…et qui prive notre pays d’un immense potentiel de développement
En premier lieu, le poids des inégalités sociales prive l’Algérie de nombreux talents. Un enfant né dans une famille défavorisée, n’ayant pas accès à une éducation de qualité, est privé de l’opportunité de développer ses talents. Mais il est également clair qu’un individu mal formé ne sera pas en mesure d’exploiter pleinement ses talents.
De combien de brillants ingénieurs, chercheurs, managers et autres cadres de haut niveau l’Algérie s’est-elle privée en maintenant un système d’éducation inégalitaire et de faible qualité ?
En second lieu, une éducation de faible qualité prive les Algériens de capacités à contribuer au développement de leur pays, à saisir de nouvelles opportunités d’investissement, adopter, maîtriser et exploiter des technologies et organisations plus performantes.
Comment pourrons-nous créer un système productif à même de nous permettre de nous affranchir de la rente si nous n’avons pas les qualifications nécessaires ?
Par ailleurs, les inégalités dans l’éducation sont une source d’accroissement des inégalités économiques et sociales inhérentes au processus de développement économique. Plus elles sont importantes et moins nos compatriotes seront à même de profiter des opportunités que procure la croissance économique, et plus les tensions sociales seront fortes.
En d’autres termes, plus les inégalités sont importantes, plus grande sera la fraction de ceux qui ne pourront pas profiter pleinement des opportunités qu’offre une croissance économique plus importante et plus les sources de frustration seront importantes
Enfin, il y a une dimension non négligeable des bienfaits de l’éducation qui dépasse de loin les considérations purement économiques. L’éducation est source de capital social. Le capital social, c’est ce facteur essentiel qui fait que des individus sont capables de vivre ensemble, de coopérer dans tous les domaines (économique, politique, etc.) et bâtir une société harmonieuse et de progrès. L’éducation nous apprend en effet à mieux comprendre le monde qui nous entoure et à prendre conscience de l’intérêt général. Elle nous permet de mieux communiquer avec les autres, de mieux appréhender le point de vue d’autrui de façon non conflictuelle. Une meilleure communication rend l’activité en groupe plus efficace, et dans le domaine économique, la coopération des individus est un facteur-clé.
Ce capital social fait cruellement défaut à notre pays, et il est tout aussi important que le capital physique.
Tout ceci plaide pour une nouvelle approche des inégalités et une politique d’éducation davantage tournée vers une éducation de qualité.
Si nous voulons éviter l’iceberg, il est nécessaire et urgent d’améliorer la qualité de notre système éducatif et de revoir notre approche des inégalités
Notre politique d’éducation, notre approche des inégalités conduisent à un nivellement de la société par le bas.
Dans tous les domaines, l’État se satisfait d’une politique de redistribution, de subventions (biens de première nécessité, carburant, etc.), sans conditionnalité. Outre le fait que ces aides ne sont pas surtout dirigées vers ceux qui en ont le plus besoin, nous ne nous attaquons pas aux fondements des inégalités, notamment en menant des politiques ciblées afin d’accroître les capacités des individus les plus défavorisés. Si l’on examine la répartition par postes du budget de l’éducation, on constate que la part des dépenses qui n’entrent pas directement dans l’acte d’éducation même de nos enfants demeure extrêmement élevée.
Nous avons massivement investi dans l’éducation depuis plus de 20 ans, permettant ainsi une généralisation de l’accès à l’éducation, mais elle ne joue pas encore son rôle d’ascenseur social. Il faut chercher les raisons dans la faible qualité de notre système éducatif et les faibles perspectives de développement du secteur privé.
Nous devons maintenant revoir l’organisation de notre système éducatif pour en accroître l’efficacité et le rendre moins inégalitaire. Cependant, il serait illusoire de penser des politiques visant à permettre aux individus de développer leurs capacités sans prendre en parallèle à bras-le-corps le problème de la restriction des libertés, notamment des libertés économiques.
En conclusion, au-delà de limiter le niveau de vie que les individus peuvent atteindre, les inégalités dans l’éducation limitent les capacités de développement de notre pays. Surtout, elle prive le bateau Algérie d’une ressource fondamentale (une population bien éduquée) pour accroître la puissance de son moteur et lui faire réaliser le virage de la diversification économique et éviter ainsi un naufrage annoncé. En effet, pour mener ce virage efficacement, l’Algérie a besoin de travailleurs plus qualifiés (techniciens, ingénieurs, gestionnaires, comptables, informaticiens, managers, etc.), d’entrepreneurs qualifiés, créatifs, capables de saisir toutes les nouvelles opportunités de création de richesse qui vont accompagner notre développement.
Cette Algérie-là, celle qui recèle tout le potentiel de développement de notre pays, en refusant de la voir, en refusant de l’entendre, le commandement du navire Algérie nous condamne à un échec certain pour sortir de la rente et propulser notre pays sur la voie du développement et du progrès social. Pour éviter l’iceberg qui nous menace, nous devons rendre notre système éducatif plus équitable et plus performant afin de donner à chacun une chance de se réaliser, de trouver sa place au sein de notre société, et de contribuer au développement de notre pays.

 


NABNI
www.nabni.org


Par exemple, en occupant des emplois plus qualifiés et plus rémunérateurs, en créant des entreprises, etc.
Elle excède 50%, alors qu’elle était de moins de 40% en 2001. Cela est dû à un ratio personnel administratif/ enseignants très élevé et des dépenses sociales qui n’ont cessé de croître. Ceci fera l’objet d’un article à part entière.