Scroll To Top
FLASH
  • L'Algérie a enregistré 219 nouveaux cas de coronavirus (Covid-19) et 5 décès durant les dernières 24 heures
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

A la une / Contribution

Potentiel résiduel en hydrocarbures conventionnels

Les réserves “prouvées” révélées par le ministre ne sont que de 19%

© D. R.

La  différence  et  non  la  nuance  est  de  taille ; elle  est  extrêmement importante pour Sonatrach et, partant, pour l’Algérie que nous reprendrons plus loin en détail pour éclairer l’opinion publique et la débarrasser de son effet d’annonce, probablement partisan.

Pour le moment, revenons sur la forme, révélatrice de nombreuses intentions des uns et des autres, qui ne vont probablement pas dans le sens de l’intérêt général. D’abord, sur le contexte général, le citoyen constate avec satisfaction que le ministre de l’Énergie a multiplié les sorties médiatiques à travers la télévision, les journaux et même la radio… ambiance de la volatilité des prix du baril oblige ! Mais si la communication a l’avantage de rassurer l’opinion publique, les inconvénients ne manquent pas non plus.

Sur certaines questions, le ministre aurait dû déléguer les tâches à ses collaborateurs spécialistes. Ensuite, cette multiplication des canaux de communication peut, par des bruits, brouiller le message rassurant qu’on veuille transmettre.  Exemple :  le ministre a été formel sur les accords d’entente avec Exxon Mobil et Chevron qui, selon lui, ont tous pour but d’augmenter les réserves par l’exploration et la prise du risque.

Cependant, le lendemain, rapporté par El Bilad TV, le ministre déclare que ces accords entrent dans le cadre d’un projet de partenariat public-public entre Sonatrach et Sonelgaz, qui a pour objectif de créer une joint-venture pour un projet énergétique. À ce titre justement, “la compagnie nationale d’hydrocarbures a signé des accords avec Chevron et Exxon Mobil pour concrétiser ce projet”, a-t-il expliqué.

Et d’ajouter : “Nous allons proposer au président de la République, au cours des  prochains  jours, une  feuille  de  route  sectorielle dans  le  cadre  de  la stratégie de diversification économique.” D’autre part, le ministre a révélé que l’Algérie négociait en ce moment avec “les nouveaux producteurs de gaz de schiste pour maintenir sa position sur  le  marché”, alors  qu’auparavant  il  a formellement  exclu cette  éventualité étant  donné  les circonstances.  Cette confusion dans le discours préoccupe  plus  qu’elle rassure, surtout  en  ces temps de crise. 

Deux  remarques  de  forme  sur  les  chiffres  des  réserves  des hydrocarbures  
Le ministre de l’Énergie, en révélant ces chiffres, croyait visiblement être le premier à le faire en exclusivité, alors que ce n’est pas le cas. Mais ce n’est pas la question pour le moment. Ce qui est important à ce niveau, c’est qu’il a affiché sa volonté de mettre à la disposition des experts et des journalistes toutes les données nécessaires pour s’informer, ce qui est de leur droit. Or, il aurait pu pour cela, et c’est de ses prérogatives, coordonner ses différents départements pour mettre à jour leurs sites web qui ne sont pas actualisés quelquefois il y a de cela plusieurs années. 

Alnaft, qui  est  censée  gérer  pour le compte de l’État les gisements des hydrocarbures, n’a pas actualisé les  données sur son site depuis 2016. Pourquoi ? Parce que Sonatrach ne lui envoie pas de rapports mensuels. Pour le ministère de l’Énergie, le dernier bilan de réalisation du secteur date de 2018 et 

Sonatrach, elle, vient, il y a moins de deux mois, de mettre en ligne le rapport annuel 2018. Donc, si les organes statutaires jouaient leur rôle convenablement, il n’y aurait pas de confusion dans les chiffres, à commencer par ceux que vient de révéler le premier responsable du secteur ce 26 avril 2020. La deuxième remarque de forme est sans aucun doute relative à la méthode réglementaire pour révéler ces réserves.

Il existe pour cela un arrêté ministériel du 11 juillet 1988 relatif à l’inventaire périodique des ressources nationales d’hydrocarbures liquides et gazeux. Cet arrêté fait obligation dans son article 1, lui-même se référant à l’article 14 de la loi 86-14 du 19 août 1986, toujours en vigueur pour les contrats de partage de production, à toute personne morale exerçant des activités d’exploitation d’hydrocarbures de procéder à un inventaire des réserves contenues dans le périmètre du titre minier d’exploitation.

Dans ce cadre justement, il fait obligation de donner d’abord “les réserves en place” qu’il faudrait scinder en réserves “prouvées”, “possibles” et “probables”. On remarque ici que le législateur ne voulait rien négliger car plus on avance dans les progrès techniques, plus on reconvertit les deux derniers en “prouvées”. Parmi ces dernières, et là où les chiffres du ministre ne sont pas clairs, il y a la partie “récupérable” et celle “non récupérable”. Pour les réserves récupérables, il y a les “développées” et celles “non développées”.

Sur le fond maintenant, de quoi parle justement le ministre de l’Énergie ? 
Ce que vient à juste titre de révéler le ministre de l’Énergie, en arrondi bien entendu, ne représente donc pas toutes les réserves prouvées, mais celles “récupérables restantes” après déduction de la production cumulée de la période. Mais quelle période ? Lors du Conseil des ministres du 6 octobre 2015, le ministre de l’Énergie de l’époque, et cela figure sur le communiqué final du Conseil des ministres, a estimé les réserves de brut à 1 387 millions de tonnes et à 2 745 milliards de m3 celles du gaz. 

Le  ministre  actuel, Mohamed Arkab, a donné  pour le  brut pratiquement les mêmes chiffres de 2015, soit 1 340 millions de tonnes pour le liquide et 2 368 milliards de m3 pour le gaz, et il a ajouté 260 millions de tonnes pour un total reconverti en millions de tonnes équivalent pétrole (tep). Cela donnerait 4 100 millions tep. Ses services ont retranché la consommation entre 2015 et fin 2019, soit 400  milliards  de m3 de  gaz, 200  millions  de  tonnes  de  brut  et environ 36 millions de tonnes de condensat. Calcul fait, on aurait, selon ces chiffres réévalués, des réserves en plus d’environ 47 millions de tonnes.                                                                                                                                                          
Pourquoi cette façon de révéler les réserves cache-t-elle l’essentiel ? 
Entre décembre 2015 et fin 2019, Sonatrach a dépensé en effort propre 5 530 millions de dollars pour 113 découvertes qui ont ajouté aux réserves en place 732 millions de tonnes équivalent pétrole (tep) en probables suivant la classification réglementaire. C’est-à-dire leur exploitation est envisageable, soit on peut raisonnablement compter les exploiter dans les conditions économiques actuelles avec une approche probabilistique de 50%. Ce qu’il y a en volume en place dans le sous-sol algérien qui occupe à peine 4% du domaine minier, évalué à 1 553 442 km2, est énorme.

Il suffit uniquement  d’utiliser  des  techniques  de  stimulation, et  elles  sont nombreuses pour reconvertir ce qui est possible en probable puis en prouvé, dont  une  partie importante  sera  récupérée  en  boostant  le  taux  de récupération.  Les chiffres des ressources conventionnelles donnent le vertige et malheureusement  les  lobbies  des  sociétés  de  services  détournent  les responsables qui les écoutent vers les non-conventionnelles, car elles sont très rémunératrices pour elles. 

Pour  arriver  aux chiffres  qu’a donnés  le  ministre  lors  de  son  passage à la  radio  Chaîne III,  voilà  ce  qu’on  laisse  dans  le  sous-sol: Ces  réserves d’hydrocarbures toutes formes confondues  en tonne équivalent pétrole sont réparties comme suit : 22% Hassi Messaoud, 22% Hassi R’mel, 11% Berkine, 8% sud-ouest  du  Sahara, 8% Rhourde Nouss et les 29% restantes  sont  à partager entre les gisements producteurs, dont TFT, Gassi T’ouil, Ohanet, Tinhert...

 


 

Par : rabah reghis(*)

 

 

 (*) Consultant et économiste pétrolier

 

 


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER