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A la une / Contribution

Bouleversements énergétiques mondiaux et divergences stratégiques

Les réunions de l’Opep, un non-événement


Comme je l’annonçais, contrairement à certains soi-disant experts algériens aux ordres (chacun son métier et les vaches seront bien gardées comme dit l’adage) qui prendront le train en marche alors qu’ils affirmaient le contraire il y a de cela quelques semaines, entre le 26 octobre  et le 25 novembre 2014, lors de ma conférence sur la relance économique organisée à Alger par le ministère de l’Industrie, en présence du Premier ministre et de plusieurs membres du gouvernement, dans plusieurs sites et quotidiens algériens, plusieurs quotidiens et magazines internationaux, plusieurs interviewes aux radios et télévisions algériennes et internationales, dont Radio France Internationale (RFI), le 26 octobre 2014 lors d’un débat avec Antoine Halff, économiste en chef au secrétariat d’État US de l’Énergie et actuellement responsable à l’AIE), le magazine international Les Afriques,  les pays membres de l’Opep, après deux jours de rencontres informelles et cinq heures de discussions en séance plénière, jeudi 27 novembre 2014, à Vienne, ont décidé de maintenir  leurs quotas de production à 30 millions de barils par jour. Je rappelle mes analyses sans changement (ci-joint l’intégralité) que nos amis de la rédaction, que je tiens à remercier, peuvent reproduire pour leurs lecteurs, et ce, à titre de rappel en réactualisant uniquement le cours au 27 novembre 2014. En effet, le cours du pétrole continue sa chute, un niveau jamais atteint depuis plus de quatre années, et se cote le 27 novembre 2014 à 72,95 dollars le Brent et 73,50 dollars le WIT américain. L'Opep ne peut, durant cette conjoncture, influencer le cours du pétrole sauf entente entre les USA et l'Arabie saoudite. Et pour cette raison, au niveau de l’Opep, l’Algérie, le Venezuela, l’Iran étant marginalisés, les expériences ayant montré que la Russie ayant toujours profité d’une baisse des quotas Opep pour accroître sa production, j’avais prévu que l'Opep devrait maintenir inchangé son plafond de production.

1- L’Opep face aux nouvelles mutations géostratégiques mondiales
Depuis l’été, le prix du brut a chuté de 30% pour se maintenir en dessous de 80 dollars le baril. Les membres du cartel, qui assurent un tiers de la production mondiale de brut, semblent divisés face aux mesures qu’ils comptent prendre pour contrer la chute des cours du brut. Tous les pays producteurs sont touchés, mais certains s'en sortent mieux que les autres. Et à la grande surprise de tous, la Libye et l'Irak ont repris leurs exportations. Pourtant, ces pays connaissent de graves situations internes politiques. Or, en moyenne annuelle, une baisse d’un dollar par baril occasionne une perte de 700 millions de dollars. Selon les Echos.fr en date du 16/11/2014, une baisse de 35 dollars du cours du pétrole entraîne un transfert de 3 milliards de dollars par jour entre producteurs et consommateurs. La plupart des opérateurs estiment que le brut ne s’installera pas durablement à des niveaux très bas, compte tenu des fondamentaux à long terme du marché pétrolier. Le ralentissement économique mondial, qui pèse sur la demande d’or noir, le boom du pétrole de schiste américain et la forte hausse du dollar poussent le prix du brut à la baisse. Bien que certaines hypothèses aient évoqué le fait que le coût élevé de la production non conventionnelle de pétrole puisse déterminer un nouvel équilibre pour les cours du Brent compris entre 75 et 85/90 dollars, les équilibres entre l'offre et la demande indiquent que la dégringolade des cours n'est pas arrivée à son terme, selon l'AIE. Cette organisation rappelle que les énergies fossiles sont lourdement subventionnées (550 milliards de dollars en 2013, plus de quatre fois les aides aux renouvelables – dont plus de la moitié pour le pétrole. L’AIE prévoit que la hausse de la demande de pétrole restera bloquée à 1 million de barils supplémentaires par jour cette année et ne dépassera pas 1,2 million de barils en 2015. Si la production du cartel pétrolier, qui pompe environ un tiers du brut mondial, s'est relâchée de 150 000 bj le mois dernier, elle est demeurée, avec 30,6 mbj, au-dessus de son objectif de production fixé à 30 mbj. L'Opep, dont l’influence est déclinante depuis des années, représente moins de 65/40% de la production commercialisée mondiale, réduira-t-elle sa production lors de sa prochaine réunion prévue le 27 novembre à Vienne, où des désaccords existent entre ses 12 États membres ? Rien de moins évident. Ces derniers mois, l'Arabie saoudite a réduit à plusieurs reprises ses prix de vente en Europe et en Asie, et plus récemment aux États-Unis. Le Fonds monétaire international (FMI) estime que la chute des prix pourrait “doper” l'économie mondiale, mais l'AIE met en garde contre un effet boomerang : à plus long terme, la faiblesse des cours risquant aussi de peser sur la production, mais ne prévoyant pas éventuellement de pic avant 2025-2030. Encore qu’il faille se méfier de ce concept, au-delà d’un cours de 120 dollars, les nouvelles technologies et le génie humain pouvant mettre en place de nouvelles sources d’énergie. Pour le moyen terme, bon nombre d’experts estiment que le coût marginal de production saoudien (c'est-à-dire le coût du puits le plus cher à exploiter) est compris entre 25 et 30 dollars contre 70-80 dollars du côté du pétrole de schiste. Une baisse prolongée en dessous de 80 dollars n’arrangerait pas les producteurs américains. Mais la réalité est plus complexe, et entre la géostratégie. Une entente entre les USA, l’Arabie saoudite (les pays du Golfe suivront), entre les plus grandes firmes pour un prix en dessous de 80 dollars pendant quatre années, qui avec ce prix verront une grande restructuration afin de profiter des économies d’échelle comme cela a été le cas pour le système financier lors de la crise d’octobre 2008, afin de réduire leurs coûts, mettra en difficulté la Russie et l’Iran, le Venezuela, afin de négocier en rapport de forces, et par voie de conséquence, l’Algérie, ces pays étant les maillons faibles de l’Opep et donc dans des difficultés financières à terme. C’est que la Russie a besoin d'un baril à 110 dollars pour boucler son budget, le Venezuela de 120, l'Iran de 140 et l’Algérie pour les lois de finances (le cours plancher de 37 dollars étant un artifice comptable irréaliste de peu de signification) 2014-2015 à 120-125 dollars, contre 110 dollars entre 2011-2012.

2- Les raisons de cette chute
Premièrement : la récession de l'économie mondiale, dont le ralentissement des pays émergents, Argentine-Brésil-Inde (entre ½%), surtout la Chine, 7% de taux de croissance, due essentiellement au relèvement des taux d’intérêt, le BTPH contribuant à plus de 25% de son PIB, et ce, afin d'éviter la bulle immobilière. À cela s’ajoute la surproduction par rapport à la demande. Deuxièmement : l'introduction du gaz/pétrole de schiste américain qui bouleverse toute la carte énergique mondiale, étant passé de 5 millions de barils/jour de pétrole à 8,5 actuellement étant prévu, en 2015, 9,5 millions de barils jour. Troisièmement : les rivalités au niveau de l’Opep dont certains ne respectent pas les quotas, de la rivalité Iran-Arabie saoudite (plus de 35% de la production Opep), qui ne veut pas perdre ses parts de marché. L’Arabie saoudite est le seul pays producteur au monde actuellement qui soit en mesure de peser sur l'offre mondiale, et donc sur les prix. Quatrièmement : la stratégie expansionniste de Gazprom, tant pour le pétrole que le gaz, notamment à travers les nouvelles canalisations, le North et le South Stream approvisionnant l’Europe (125 milliards de mètres cubes gazeux), la Russie ayant besoin de financement, les tensions en Ukraine n’ayant en rien influé sur ses exportations en Europe où sa part de marché a été de 30% en 2013. L’expérience par le passé a montré la Russie en combler les parts de marché lorsque l’Opep diminuait ses quotas. La résolution adaptée à Bruxelles fin octobre 2014 de continuer à approvisionner l’Ukraine malgré les tensions en est la démonstration. Cinquièmement : du retour sur le marché de la Libye avec 800 000 barils/jour actuellement et pouvant aller jusqu’à 2 millions de barils/jour, de l'Irak avec 3,7 millions de barils jour (deuxième réservoir mondial à un coût de production inférieur à 20% par rapport à ses concurrents) pouvant aller vers plus de 8/9 millions et de l'Iran, 2,7 millions de barils jour pouvant aller à plus de 5/7 millions. D’ailleurs, avec les nouvelles découvertes dans le monde, notamment en offshore, notamment en Méditerranée orientale (20 000 milliards de mètres cubes gazeux expliquant en partie les tensions au niveau de cette région) et en Afrique dont le Mozambique, qui pourrait être le troisième réservoir d’or noir en Afrique, et les nouvelles technologies permettent la réduction des coûts des gisements marginaux.  Sixièmement : l’efficacité énergétique dans la majorité des pays occidentaux avec une prévision de réduction de 30% (économie énergie-ciment-rond à béton) interpellant l’Algérie qui continue de construire deux millions de logements avec les anciennes méthodes de construction. Septièmement : les tendances  sont à une nouvelle division et spécialisation internationale avec la concentration de l’industrie manufacturière forte consommatrice d’énergie  en Asie qui absorbera 65% de la consommation mondiale horizon 2030, notamment l’Inde et la Chine (d’ailleurs parmi les deux premiers réservoirs mondiaux de gaz de schiste, mais dont les importations ont dépassé celles des USA entre 2013-2014). Les relations clients-fournisseurs seront à leur avantage, pour avoir des avantages comparatifs et pousseront à la baisse des prix comme le fait la Chine actuellement pour le Venezuela et l’Équateur. Huitièmement : la spéculation des traders au niveau des marchés boursiers  et l’occupation par les terroristes de champs pétroliers et gaziers, notamment en Irak avec des écoulements au marché noir  pour un baril entre 40/50 dollars. Neuvièmement : des cotations du dollar et de l’euro ; toute hausse du dollar entraîne une baisse, bien que n’existant pas de corrélation linéaire.

3- Pour la création d’un Comité de crise en Algérie
Le prix de cession du gaz est actuellement déconnecté de celui du pétrole et est également à un niveau bas, alors que l’investissement est hautement capitalistique. Pour l’Algérie, le seuil de rentabilité doit être au minimum de 10 dollars le MBU pour les canalisations et plus de 15 dollars pour le GNL. On peut découvrir des centaines de gisements, mais non rentables, les réserves étant fonction du taux de récupération, du vecteur prix international, des différentes sources d’énergie concurrentes et des coûts. Cette baisse des cours accroîtra les tensions budgétaires de bon nombre de pays pétroliers et risque d’éponger une grande fraction de leurs  réserves de change à l’horizon 2020. Ces pays ne peuvent continuer de dépenser sans compter. Pour l’Algérie, les recettes de Sonatrach sont en nette baisse : 73 milliards de dollars entre 2010-2011, 63 milliards de dollars en 2013 et 60 milliards de dollars annoncées par le ministre de l’Énergie en 2014 avec un cours moyen de 102 dollars. Avec un cours moyen de 80 dollars, les recettes de Sonatrach seront inférieures à 50 milliards de dollars. Le cas serait encore plus dramatique en dessous de 80 dollars. Le défi est de réfléchir aux voies et moyens nécessaires afin de dynamiser le tissu productif, entreprises publiques et privées, locales et internationales, créatrices de valeur ajoutée interne, devant se fonder sur l’entreprise créatrice de richesses et l’économie de la connaissance dans le cadre des valeurs internationales. Comme je l’ai annoncé depuis près de trois années (voir www.google.fr) et devant le Premier ministre algérien récemment lors de la conférence organisée par le ministère de l’Industrie à Alger (novembre 2014), les ajustements économiques et sociaux à venir seront douloureux. L’Algérie qui doit, d’ores et déjà,  penser à la création d’un comité de crise composé d’experts indépendants et non de fonctionnaires aux ordres afin d’éviter l’expérience douloureuse de la crise de 1986, qui a eu un impact désastreux en 1994 (rééchelonnement huit années après). L’Algérie doit donc profiter d’une stabilisation financière (dette extérieure très faible) et de ses 200 milliards de dollars de réserves de change, y compris les 173 tonnes d’or pour réaliser cette transition difficile afin d’atténuer les chocs sociaux. Cela nécessite un langage de la vérité loin du populisme dévastateur et, donc, une grande moralité de ceux qui dirigent la Cité si l'on veut rétablir la confiance brisée entre l'État et les citoyens.


Dr A. M.
(*)Professeur des Universités Expert
International
[email protected] 


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