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Message d’Ali-Yahia Abdenour au congrès du RCD

© Archives Liberté

Je suis présent d’esprit et de cœur parmi vous pour vous dire que l’histoire qui est un lien de mémoire collective explique que les habitants de l’Algérie sont des Amazighs amazighophones, et des Amazighs linguistiquement arabisés, appelés Arabes. Un peuple se construit par son histoire, toute son histoire, et l’apport des générations à travers les siècles. Pour le peuple algérien qui est à la croisée des chemins, son passé n’est pas seulement un souvenir, une consolation, mais une lumière qui illumine l’avenir. Sans réflexion sur notre passé pour découvrir en termes politiques, culturels et sociologiques notre amazighité, nous perdons notre identité. Le sentiment d’appartenance à l’amazighité est le plus grand ressort de toute action politique, qui est aussi une action sur l’histoire et dans l’histoire. De Jugurtha, visionnaire, militaire et politique, qui a résisté à l’empire de Carthage, puis de Rome, à Kahina, à Fadhma n’Soumeur, aux martyrs de la guerre de libération, leur lien commun est d’avoir mené le combat du peuple et d’incarner sa source, car c’est des profondeurs de la nation, de l’irruption du peuple, vrai héros de l’histoire sur la scène de l’histoire, que doit venir toute impulsion révolutionnaire et libératrice. Je crois à la nécessité et à l’utilité des contre-pouvoirs, à la prépondérance de l’intelligence sur le caractère, de la conscience sur la sensibilité, de la démocratie sur le totalitarisme. Il faut rechercher la vérité et la dire quoi qu’il en coûte, c’est là une éthique morale et une exigence politique. Il faut placer très haut la liberté ; selon les mots de Chateaubriand : “La liberté peut regarder la gloire en face”, et pour Victor Hugo : “Libérez la liberté, la liberté fera le reste.” La liberté est une lumière, c’est le droit à la dignité humaine à laquelle il faut être attaché par conviction, par détermination, intelligence du cœur, car là où elle fait défaut surgit la tyrannie. Il n’y a rien d’absolu, sauf la force de rester fidèle à ses convictions, à ses engagements quels que soient les risques et les dangers. L’Algérie doit faire face à trois défis, l’illégitimité du pouvoir, la crise économique avec ses conséquences sociales, la corruption avec son corollaire, l’enrichissement illicite. Pour assurer aux clans du pouvoir une prolongation sans fin à la tête des institutions politiques, une seule condition, perpétuer le trafic des urnes.
Le pouvoir illégitime a peur des élections libres et crédibles. Il refuse les risques électoraux inhérents à la vie politique et préfère une victoire à la Pyrrhus, sans risque et sans gloire. Pour combien de temps le pouvoir va-t-il encore confisquer le suffrage universel ? C’est du peuple que vient le pouvoir, c’est dans le peuple que réside la légitimité, la souveraineté.
La corruption au sommet de l’État a atteint une cote d’alerte telle que le pouvoir est devenu une kléptocratie. Une caste de prédateurs a pillé les richesses du pays, assurée d’une totale impunité. La politique économique menée par le pouvoir n’a pas assuré le décollage économique en mesure de faire de l’Algérie un pays émergent et même développé. Malgré une richesse sans précédent grâce à une providentielle manne pétrolière, le chômage a augmenté, le pouvoir d’achat a chuté et l’écart s’est creusé entre les riches, toujours plus riches, et les pauvres de plus en plus nombreux. Avec en prime une grave détérioration des hôpitaux et la régression sans fin de l’éducation nationale.
Le mécanisme actuel de notre économie est un moteur à trois temps : inflation importante bientôt à deux chiffres, hausse des prix, dévaluation du dinar. Le pouvoir qui se personnalise et se centralise à l’excès demeure inefficace non seulement dans le domaine des libertés et des droits de l’homme réduits à leur simple expression, mais aussi de l’économie, du social et du culturel, où tous les indicateurs sont au rouge.
Les proches du pouvoir, ses clans, les partis de l’alliance présidentielle, rehaussent le bilan du président par des éloges que seul le parti communiste soviétique, réservait autrefois au camarade Staline. “Petit père des peuples”, un président qui dispose de pouvoirs démesurés confinant à la monarchie, où tout dépend de lui et de lui seul, n’est pas au service de l’Algérie, mais c’est l’Algérie qui est à son service. Neil Kenneth a dit : “Je suis prêt à mourir pour mon pays, mais pas à faire mourir mon pays pour moi.” L’Algérie a besoin d’un chef d’État qui se sacrifie pour elle, et non qui la sacrifie pour lui.

Le printemps berbère du 20 avril 1980 et le printemps noir de 2001
Des cadres et des militants politiques à leur tête le docteur Saïd Sadi, qui se sont distingués par leur remarquable clarté de jugement et un regard neuf sur la question identitaire, ont étendu leur entreprise sur la vie politique intellectuelle et culturelle. Ils se sont mobilisés pour faire du 20 avril 1980, un rempart contre les tentations totalitaires du pouvoir. Pour Pablo Neruda : “Ils peuvent couper toutes les fleurs, ils n’arrêteront jamais le printemps.” Le printemps noir de 2001 s’est soldé par 126 morts, des centaines de handicapés à vie et des milliers de blessés. Les dirigeants de l’État, responsables de crime contre l’humanité, relèvent de la Cour pénale internationale. Les dernières déclarations du président Bouteflika sur tamazight, l’Académie berbère, Yennayer journée fériée, n’ont pas une influence en Kabylie. Cela me rappelle les propos de Joseph Gœbbels : “Le jour où les mots n’auront plus de sens, nous aurons gagné. Les mots qui n’ont aucun sens font partie de la langue de bois dont on chauffe ce pouvoir.”
La femme algérienne possède les mêmes capacités que l’homme, les mêmes droits doivent lui être reconnus. Le traitement qui lui est réservé révèle le degré de culture atteint par la société. La femme qui veut partager sa vie avec un homme et donner un père à ses enfants doit le faire par choix personnel et en toute liberté. Pilier du foyer, souvent cerveau du couple, elle a les clefs de la maison et prend en main les intérêts de la famille. Le fait majeur de la société est la volonté des femmes d’être les égales des hommes.
Cette volonté s’exprime surtout à propos des problèmes auxquels elles sont confrontées, maîtresses de leur destin, maîtresses de leur fécondité, l’égalité dans le couple. La femme a des compétences qu’elle peut exercer dans les domaines de la vie politique, économique, sociale et culturelle parce qu’elle exprime ses revendications de liberté et sa place, sa juste place dans la société qui doit être égale à celle de l’homme. Nombreuses sont les femmes qui mènent leurs activités professionnelles tout en gardant le patrimoine humain et spirituel de leurs origines. Pour les oulémas qui ne veulent pas comprendre la nécessaire évolution du statut de la femme, mais autorisent par des fatwas les assurances ou les intérêts bancaires, pourtant interdits par l’islam, il y a une contradiction. Pourquoi alors ne pas privilégier les fatwas favorables aux femmes.
En conclusion, la culture amazighe a une identité qu’il faut vivifier car la domination culturelle et linguistique va de pair avec la domination politique. L’Algérie vivra, répondra à l’appel venu des entrailles de la nation, qui veut mettre fin à la dictature et instaurer la démocratique, le régime du droit et de l’État de droit, pour un avenir de liberté et de justice à fin de relever les défis auxquels elle est confrontée.


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