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A la une / Contribution

Hommage à Maâmar Berdous

Militant de la démocratie, ex-détenu du printemps amazigh

“Non tu n’es pas un rêve, tu as conquis, au moins toi, cette liberté de mouvement, de question, de regard que nous tous aujourd’hui nous t’envions. Tu as tracé devant nous un chemin, nous nous souviendrons. En te célébrant nous ne te quittons pas, nous tous nous te manifestons notre gratitude. Grâce à toi et à d’autres, nous ne sommes pas condamnés...”
Ces mots sont inspirés de ceux d’un personnage d’un roman d’Assia Djebar, battante et combattante elle aussi, qui nous a quittés il y a peu de temps. J’ai pensé que ces mots trouveraient place, également belle, dans l’hommage qu’aujourd’hui nous rendons à un militant de la liberté.
Le 20 avril approche, ses célébrations aussi. Oui, le 20 avril sera célébré. Plus en Kabylie qu’ailleurs. Pourtant, le 20 avril a été pour beaucoup dans les avancées que le pays a connues. Elles sont modestes, direz-vous ? Peu importe, elles sont là. Célébrons-le donc et rendons hommage à ses artisans.
Le présent est un hommage d’un anonyme à des militants restés anonymes, mais que l’histoire n’a pas le droit d’oublier, que l’histoire se doit au contraire d’honorer. Maamar Berdous, maamar ath voukhtouch, était de ceux-là. Sa vie durant, il a milité et combattu pour des valeurs nobles, celles de liberté, de démocratie, de justice sociale. Sa vie durant il a voulu redonner aux “vaincus de l’histoire” une place dans cette histoire, la leur dont ils ont été à de nombreuses époques exclus et spoliés. Maamar était aussi de ceux qui font et qui oublient, de ceux qui ne clament pas leurs faits, qui n’en réclament pas non plus de dividendes. Du militantisme désintéressé !
Maamar est né à Taguemount Azouz, dans les années 40. Très jeune, il a dû, en plus de l’école, aider à la subsistance de la famille. Le père est émigré mais ce qu’il gagne trouvera place pour acheter quelque parcelle de terre. Le sacrifice est partout, le père en France, la mère et les enfants au pays, toujours pour la même fin. Extraordinaire est l’attachement du Kabyle à sa terre, celle-là même qui pourtant ne lui donne que très peu en retour.
Scolarité correcte, au village d’abord. Au collège technique de Tizi Ouzou ensuite. Puis c’est au lycée technique de Dellys que Maamar atterrit, beau parcours pour l’époque. Ses camarades le décrivent, dès son jeune âge déjà, comme quelqu’un d’espiègle, de farceur. C’était aussi et surtout quelqu’un de foncièrement bon, qui ne ramenait pas tout à sa seule personne. Augure et présage aux combats qu’il allait mener, auxquels il allait participer. Il gardera ces traits très tard dans sa vie, jusque dans sa maladie, qu’il savait pourtant sérieuse. Mais l’avait-il déjà vaincue elle aussi ?
Ses premiers questionnements, il les a eus dès sa tendre jeunesse, c’était la période de la guerre, avec tout ce qu’elle charriait comme misères, comme injustices, comme espoirs mais aussi comme incertitudes, mais c’est au lycée que ses premières révoltes apparaissent.
Dans les années 60 et dans la clandestinité il a eu ses premières activités politiques au sein du FFS. Vers la fin des années 60, Maamar a fait un passage en France, son père l’y a amené, sûrement pour en faire, comme lui-même et comme bien d’autres encore, un travailleur émigré. En France, notre ami Maamar a été très proche des milieux progressistes et berbérisants, il a aussi approché de grands et illustres militants. De retour au pays, il continue à militer pour la liberté, pour la démocratie, dans la clandestinité.
Jusqu’à ce mois d’avril 1980 qui a vu toute une région se soulever, pour crier d’une seule voix un ras-le-bol longtemps étouffé. Avril 1980 a été le fait de toute une région, sous la conduite de quelques militants, des militants qui tous avaient déjà une histoire, un parcours de combat, pour la culture, pour la démocratie. Toute notre reconnaissance va aujourd’hui à ces militants, tous ces militants, quels que soient leurs parcours ultérieurs. Maamar en a fait partie. Son militantisme lui a valu l’emprisonnement. Il a valu à sa famille des peines et des souffrances, à sa femme et ses enfants aujourd’hui déjà homme et femmes, à sa mère aujourd’hui décédée, à ses frères et sœurs, qui chaque année et aujourd’hui encore le commémorent. Son combat pour la liberté doit lui valoir notre respect à tous, son humilité et son humanité doivent lui valoir notre amour. Notre reconnaissance doit aussi aller vers cette merveilleuse famille qui, par le passé, a soutenu son combat et aujourd’hui entretient sa mémoire.
Prions donc pour que chaque 20 avril nous donne une occasion et une raison de nous souvenir de lui et des sacrifices qu’il a consentis. Ce ne sera là que la juste récompense de ce que lui nous a donné, ce ne sera là que la simple et légitime reconnaissance que nous lui devons. Et surtout de nous rappeler que, grâce à lui et à de nombreux autres, anonymes ou connus, nous ne sommes pas condamnés. Il faut célébrer, il faut se rappeler. Il faut aussi que l’itinéraire courageux, exemplaire et juste de ces justes soit suivi, pour que leur combat ne soit pas vain.
Un autre homme illustre a écrit : “Je mourrai si vous m’oubliez.” Alors n’oublions pas Maamar… afin qu’il continue à… vivre.

L. B.


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