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Contribution

Novembre qui rassemble, Novembre qui divise

© D.R

Par : Mostefa Hamouda
Consultant en technologie de l’information, Londres 

 

 

“Pour bon nombre d’Algériens, chaque jour est un 1er Novembre 1954, car ce jour béni est né pour mettre fin à l’oppression, né pour mettre fin au déni des libertés.”

“Le 1er Novembre, certes, mais lequel ?” serait la question, ô combien légitime, que nous poseraient nos enfants ou que se poseraient nos petits-enfants. S’agit-il du 1er Novembre 1954, de celui de la Toussaint rouge, de celui de la Toussaint tout court ou de celui de la cuvée 2020 que l’on baptiserait 1er Novembre de la vingt-cinquième heure ou celui d’une nouvelle ère ? Soixante-six ans après l’appel de nos glorieux moudjahidine, les vrais, la mémoire reste vive et la flamme de la fierté brûle encore et plus que jamais. Pour bon nombre d’Algériens, chaque jour est un 1er Novembre 1954, car ce jour béni est né pour mettre fin à l’oppression, né pour mettre fin au déni des libertés, né pour dire au monde la définition du combat, la définition de la lutte armée et surtout pour dire au monde le début de la fin d’un cauchemar qui a duré cent trente ans et qui s’est terminé à l’issue de sept années et demie d’une guerre sans merci pour déchirer à jamais la carte postale de l’Algérie française. Et la remplacer par une image de haute définition, une image purement algérienne.

Tellement sacrée, cette date, qu’elle est citée dans toutes les Constitutions qui ont précédé, et en gras dans l’article 6 de cette toute dernière qui sera soumise à référendum. Toutes les Constitutions, sans exception, reconnaissent au 1er Novembre 1954 l’emblème national et l’hymne national comme ses conquêtes à part entière. La loi est ferme : ils sont tous les trois immuables, car toucher à leur sacralité, c’est tronquer l’histoire de son âme et de sa substantifique moelle. À mon humble avis, le choix du 1er novembre comme date pour ce référendum est inapproprié et une erreur monumentale qui risque d’infliger un sacré revers à nos livres d’histoire.

Si Novembre 1954 a été un fédérateur de toutes les forces algériennes dans toutes leurs différences culturelles régionales, sociales et politiques, celui de 2020 est celui des divergences, celui du déchirement. Selon ces critères, Novembre 2020 quitterait les starting-blocks avec une bonne dizaine de longueurs de retard sur celui de 1954, si tant est que celui-ci lui accordait l’honneur du challenge. Pas besoin d’être grand clerc pour constater clairement qu’une grande partie de la classe politique ne semble pas trouver que ce nouvel assemblage de lois soit un recueil doré sur tranche, donc pas emballée du tout par ce scrutin, et une autre partie est d’emblée écartée par une décision floue de l’Anie qui interdit aux partis qui ne réunissent pas les conditions exigées par celle-ci de pouvoir disposer d’un groupe parlementaire ou d’élus au niveau d’au moins 25 wilayas.

Une décision fort contestée par la classe politique frappée par cette mesure d’exclusion, en l’occurrence des partis islamistes comme le MSP de Abderrezak Mokri et le FJD de Abdallah Djaballah, pour ne citer que ces deux-là, qui ont été exclus de toute activité pour mener une campagne référendaire selon leur position, sachant qu’ils contestent cette consultation dans son fond et dans sa forme. Ces partis ont d’ores et déjà brandi leur bulletin qui montre un NON majuscule, tout en dénonçant les obstacles érigés devant les membres de leurs formations et tous ceux qui ne surfent pas dans le sens des vagues des faiseurs de constitutions afin de ne pas porter préjudice au taux de participation à cette très fragile consultation. Ils ont donc été, tout bonnement, mis hors d’état de nuire ! Il est à noter en revanche qu’un certain parti islamiste qui mange à tous les râteliers et qui ne répond pas aux exigences suscitées de l’Anie, d’après les leaders de ces deux partis cités, se voit, lui, toutefois offrir tous les médias et certains plateaux de télévision sans aucune restriction pour promouvoir le OUI. Pour rappel, ce parti a été un fervent allié de ceux qui ont voulu et soutenu un cinquième mandat. Deux poids, deux mesures. Hélas !

Nous sommes bien dans une démocratie, et dans toute démocratie les avis ne sont jamais unanimes, d’où la beauté de la différence qui mérite toute la déférence. Supposons – “qu’à Dieu ne plaise” – que ce référendum, contrairement à tous ceux qu’a connus notre pays, depuis Massinissa, accouche d’un NON. Scénario inimaginable, bien sûr, mais que serait novembre 2020 pour nos futures générations ? Deuxième cas de figure : imaginons un taux d’abstention inélégant – “God forbid” –, contrairement à ceux qu’a connus notre chère Algérie depuis Yughurta, que représenterait 2020 pour nos petits-enfants ?

Faisons maintenant un peu de fiction encore une fois et admettons que ce scrutin soit frappé du sceau de la fraude, “b3id echar”, contrairement à toutes les élections qu’a connues notre “Watan El-Habib” depuis Juba Ier. Que représenterait novembre 2020 aux petits de nos petits ? Attention, ne léguons pas des sornettes à nos enfants, car l’histoire est impartiale, elle est cruelle, elle est sans merci ; elle vous rattrapera. Laissons donc notre Novembre 54 reposer en paix, car il n’a pas besoin de se mesurer à quiconque, il est indéniablement le roi des novembres, le roi de tous les mois, le roi de tous les mois en chef. Il ne veut pas non plus faire l’objet d’un instrument pour titiller la fibre patriotique ou une sorte de carte blanche pour permettre à qui veut le droit d’en faire usage pour une quelconque manœuvre quel que soit son dessein. Novembre 54 est l’héritage à parts égales de tous les Algériens et personne ne peut se l’approprier. Pourquoi donc ce choix imprudent qui risque de vider le vrai Novembre 54 de sa substance, du sang de nos glorieux chouhada, de ce sang qui coule dans toutes les veines des Algériennes et des Algériens.

Si je devais donner mon avis, je signalerais d’abord le mauvais timing de cette révision de la Constitution qui n’est pas une priorité dans l’agenda du peuple algérien, et ensuite je conseillerais, en premier lieu, que tous nos efforts soient déployés pour une prise en change rigoureuse des crises sanitaire et économique qui rongent notre pays.  Je signalerais aussi qu’il n’est pas encore trop tard pour pallier cette maladresse ou cet égarement irréfléchi, en changeant la date de cette manifestation démocratique. Les jours, ce n’est pas ça qui manque, cela me rappelle un dicton que ne cessait de me ressasser mon père, paix à son âme, quand je manifestais une certaine urgence “Ya wlidi, ayam rabbi kter men drahem essoltane” (les jours du bon Dieu sont beaucoup plus nombreux que les douros du sultan).

Certains partis et personnalités politiques estiment que le report de cette consultation est obligatoire afin d’apporter quelques rectificatifs, pour certains, et des additifs pour d’autres, et parer les carences recensées et les contradictions et la non-congruité entre certains articles notés par les spécialistes en droit constitutionnel, tels que le professeur Rédha Deghbar qui ne cesse de relayer à travers les réseaux sociaux ses pertinentes remarques. Cela dit, s’il m’était accordé de choisir une date pour ce jour, le petit amoureux du football qui somnole en moi me dicterait le 16 juin 1982, date d’importance cruciale dans la vie de l’ancienne Algérie, jour de notre légendaire victoire face à l’Allemagne en Coupe du monde.

Si, par contre, le choix de cette date était accordé au petit mélomane lambda, lui, il opterait certainement pour la date de naissance de cheb Khaled. Alors que, moi, le petit moi, “el-faqir lillah”, sous aucune influence, je trancherais sans hésiter en faveur de la date de “la journée internationale de la presse libre”, puisque cette nouvelle Algérie, qui vient de naître au forceps, donne l’impression de se battre outrageusement pour la liberté d’expression.

Abuser de cette date serait amputer notre drapeau de son étoile et de son croissant et les remplacer par le sigle de Sonatrach, par exemple, avec tout le respect que je dois à cette mamelle qui nourrit 40 millions d’Algériens sans jamais avoir à se plaindre. Cela équivaudrait aussi à remplacer un refrain de Qassamen par un refrain de la chanson de S’hab El-Baroud, bien que toute notre histoire ait été écrite par “S’hab El-Baroud”, mais là, je fais allusion au vrai baroud ! Conservons, pour l’amour du ciel, jalousement les acquis de notre grande Révolution, ce noble et fabuleux héritage.

La Constitution est un pacte social entre les institutions de l’État et les citoyens, et non pas un florilège d’interdits, et ces citoyens algériens qui rêvent d’une “majestueuse” Constitution, car le syndrome de celle du Majestic du 8 septembre 1963 les hante toujours. Une Constitution qu’ils auraient esquissée eux-mêmes en la truffant d’aspirations du peuple et qui ne sont que la liberté, la justice et l’eau potable dans les robinets de tous les foyers. Pas trop exigeant notre cher peuple, vous voyez !

Mon rêve n’est pas de voir le chapitre de ce scrutin se solder par un OUI ou par un NON, je m’en fous, mais par l’obtention de la libération de tous ceux qui sont emprisonnés parce qu’ils ont été contrariants, vus différemment ou ont juste eu le courage de battre la pavé un certain vendredi pour ne citer que Khaled Drareni, Ahmed Ben Mohamed, Rachid Nekkaz, Mebarki et tant d’autres. Ils sont des nôtres et nous les voulons parmi nous. Une fois tous réunis, nous pourrons construire cette belle Algérie ensemble, dans notre diversité et non dans l’adversité. 
Gloire à nos martyrs.


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