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A la une / Contribution

Contribution pour la Rédaction Digitale de "Liberté" (#RDL)

Planche à billets, finances publiques et réformes économiques (partie 02)

Dans le texte de loi sur le crédit et la monnaie, il est fait mention de financement non conventionnel en direction du FNI. Etant donné les montants en jeu, et comme l’objectif principal du financement non conventionnel est de soutenir la croissance, nous pensons que le FNI devrait être exclu du financement non conventionnel et devrait vendre certains de ses actifs pour dégager des liquidités pour financer ses nouvelles opérations. Nous ne connaissons pas la composition du portefeuille du FNI mais clairement il n’y aucune raison à ce que le FNI garde sa participation dans le groupe Djezzy. Il devrait vendre ses actions à travers la Bourse.

Risque de non modernisation du système financier.
L’autre risque à l’injection monétaire est que les banques se retrouvent à nouveau avec des excès de liquidités et ne soient plus incitées à mieux collecter l’épargne et à innover en créant des produits financiers attractifs. Mener une politique orthodoxe sur les taux d’intérêt et bien monitorer l’injection des liquidités par la BA devrait atténuer ce risque, mais il est réel. L’Etat qui est actionnaire unique des banques publiques qui représentent 90% du marché doit absolument agir pour moderniser le système financier pour tirer la croissance et pour équiper le pays d’un outil fondamental pour le financement et la diversification de son économie.

Pouvoir d’achat et chômage.
Le « takachouf » dure depuis près de trois ans. La population est usée et fatiguée et elle ne voit pas d’éclaircie. Les prix vont continuer d’augmenter, surtout si le dinar continue sa baisse, sans parler des prix de l’énergie qui doivent augmenter, du moins pour les tranches les plus élevées. Par ailleurs, le chômage est en hausse et il va continuer de le faire. Enfin les inégalités vont probablement augmenter et exacerber l’ambiance sociale.

Pour ce qui est des prix, leur augmentation est inévitable. Elle doit être lissée dans le temps. L’attention des pouvoirs publics devrait être spéciale pour ce qui est du chômage qui est une source d’exclusion de la société et que le pays a connu au lendemain de contre-choc pétrolier 19 de 1986. Enfin, l’Etat doit probablement augmenter les aides sociales pour lutter contre la pauvreté et les inégalités.

Nous pensons que le Gouvernement devrait lancer un plan de baisse de l’impôt sur les salaires pour les deux premières tranches comme l’ont fait nos voisins maghrébins. Cette baisse devrait se faire de manière progressive en concomitance avec la réforme des subventions. Notons que nous sommes favorables pour une baisse d’impôts et non pas une augmentation des salaires car seule l’économie formelle en profiterait sans parler des pressions sur les caisses sociales qu’une augmentation de salaire créerait. Par ailleurs, il faut aussi augmenter les allocations familiales, les bourses des étudiants et les aides aux plus démunis. Il faut aussi intensifier les programmes d’aides au travail pour lutter contre le chômage.

Enfin, il est primordial que le Gouvernement et de manière plus générale les autorités donnent l’exemple dans la gestion des affaires, la rigueur dans les dépenses, le train de vie, et de manière plus cruciale dans une lutte implacable contre la corruption et la prédation.

5. Conclusion
Au début du contre-choc pétrolier, le pays possédait deux atouts majeurs pour faire face à la crise : une épargne importante (FRR) et des réserves de change très importante (200 mds $). Plus de trois ans plus tard, l’épargne a été totalement dépensée comme la moitié des réserves de change. Les niveaux des déficits budgétaires et du compte courant de la balance des paiements sont à des niveaux extrêmement élevés. Un déficit de près 2000 mds DA est annoncé pour 2018. Comment croire que le déficit annoncé de 600 mds DA pour 2019 sera respecté pour une année électorale au moment où la première trajectoire budgétaire a été piétinée ? Depuis 2015, les dépenses annuelles du gouvernement correspondent à un prix de baril de 90 $ ou plus. C’est aussi le cas pour 2018. Or le prix du baril est à 60 $ et pourrait descendre à 45 $.

Le niveau actuel des réserves de change permet d’utiliser un financement monétaire car la BA est appelée à faire des bénéfices de change. Ce financement ne règle ni le problème de dépenses excessives par rapport aux ressources du pays, ni les problèmes structurels de l’économie du pays. Il donne de l’air pour que le Gouvernement fasse l’ajustement et lance des réformes. L’annonce d’un déficit de 2000 mds DA pour 2018 est un mauvais présage.

Il est vraiment urgent de réduire le train de vie du pays et de lancer les réformes structurelles. Un plan ambitieux a été adopté en juillet 2016. Nous sommes fin 2017 et rien n’a été fait. Les réformes structurelles de grandes envergures, de fait impopulaires, ne peuvent être faites par un Premier Ministre qui peut être débarqué du jour au lendemain. Le programme des réformateurs s’est arrêté en juin 1991 au départ de Mouloud Hamrouche du Palais du Gouvernement. C’est le Président qui doit mener les réformes en discutant avec les partenaires sociaux, en faisant les arbitrages et en s’adressant à la Nation pour expliquer les choix douloureux. Le plus probable est que rien d’important ne sera fait d’ici avril 2019. Le pire, à savoir le maintien du statu quo jusqu’à épuisement des réserves de change, n’est pas exclu.

Les réformes vont remettre en cause la générosité de l’Etat. Il n’est plus possible de continuer sur la même trajectoire étant donné la contraction des ressources du pays. Les priorités et les ressources nécessaires doivent être définies. Les oligarques et les ultra-libéraux ont leurs priorités qui sont clairement affichées. Ils ont les moyens financiers (provenant de l’étranger pour certains) pour payer des études, organiser des évènements et financer des médias pour promouvoir leurs priorités. La gauche a un rôle historique dans la défense de l’Etat social. Elle est totalement désorganisée et presque inaudible. Elle doit absolument avoir un programme social soutenable dans le temps et loin de toute démagogie, ce qui implique un programme chiffré et soutenable. Dans le cas contraire, c’est les oligarques et les ultralibéraux avec l’aide des organisations internationales qui vont établir ce programme.

Le pays est encore traumatisé par les effets et conséquences dramatiques du contre-choc pétrolier de 1986. Chacun a pu tirer des leçons sur les plans politique, économique et sécuritaire. Pour notre part, nous pensons que sur le plan économique, la plus grande erreur commise entre 1986 et 1994 a été de ne pas fixer un cap et de s’y tenir. Il y a eu un changement de Premier Ministre et de politique économique tous les douze à dix-huit mois. Nous constatons que nous sommes exactement dans la même situation. Entre juin 2014 et juin 2015, le message du Gouvernement était « tout va bien ». Une prise de conscience a eu lieu à partir de juillet 2015 pour se concrétiser par la LF 2016 qui a amorcé un timide redressement budgétaire. Un pas très important en direction du redressement des finances publiques a été fait par la LF 2017 en définissant une trajectoire budgétaire contraignante, même si la gestion du dinar est devenue non-orthodoxe à partir de 2016. En juin 2017, nous avons eu une nouvelle politique qui n’a pas passé l’été. Une nouvelle politique est actuellement mise en place qui n’a rien de rassurant en ce qui concerne le redressement des finances publiques. Une importante échéance électorale est prévue dans 17 mois. L’absence de cap qui a le soutien de la majorité des forces vives du pays est ce qui nous inquiète le plus.

Références (disponibles à https://nourmeddahi.github.io/El-Djazair/El-Djazair.htm)

  1. Face aux contre-chocs pétroliers : L’emprunt national est une urgence économique. R. Boucekkine, E. Chitour et N. Meddahi, mars 2016.
  2. Pour faire face au contre-choc pétrolier : Quelle politique budgétaire ? Comment financer l’économie ? R. Boucekkine et N. Meddahi, octobre 2015.
  3. Investir à la bourse des actions d’Alger ? N. Meddahi, août 2017.
  4. Mesures de court terme pour faire face au choc pétrolier. R. Boucekkine et N. Meddahi, janvier 2015.
  5. Quel avenir pour les investissements de nos grandes entreprises nationales ? R. Boucekkine, E. Chitour et N. Meddahi, mai 2016.

Nour Meddahi

Lire la partie 01 de la Contribution en cliquant ICI


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