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CONTRIBUTION DE L’AGRICULTURE SAHARIENNE À LA SOUVERAINETE ALIMENTAIRE : ENTRE UTOPIE ET RÉALITÉ

POUR UN MODÈLE AGRICOLE SAHARIEN RAISONNÉ ET INTÉGRÉ

© D. R.

Par : Dr MOHAMED BOUCHENTOUF
        INGÉNIEUR-DOCTEUR EN AGRONOMIE

Cet article se veut avant tout une contribution pouvant servir de base de réflexion pour repenser la stratégie du développement de l’agriculture saharienne et présaharienne en la resituant dans la réflexion sur la souveraineté alimentaire, laquelle ne pourra être atteinte qu’à long terme, en se consacrant dans un premier temps à la réduction de la part des importations de certains produits agricoles et alimentaires, cultivables sur le sol algérien.

Cette démarche doit être gagnant-gagnant pour l’État investisseur (au travers de subventions, prêts bonifiés, etc.), afin de parvenir à un rééquilibrage de la balance des produits agricoles et alimentaires (PAA) et, pour l’agriculteur dont l’exploitation doit être économiquement viable, lui assurer un revenu décent, lui laisser un capital d’auto-investissement pour s’adapter au changement climatique, donc durable.

Il convient dans cette réflexion de resituer le rôle productif des grandes régions algériennes, et de ce que l’on peut en attendre dans le futur. Autrement dit, placer la réflexion pas seulement sur le plan agronomique, mais aussi sur le plan aménagement du territoire et développement rural intégré.

L’objectif est de développer une approche intégrée de la préservation de la qualité des terroirs, de déployer des technologies innovantes au service du développement, de potentialiser et valoriser les produits et d’assurer une alimentation sûre, saine et durable.

Cette réflexion territoriale pose le problème de l’eau et de sa valorisation. On sait que le réservoir Continental Intercalaire (CI) et le complexe terminal (CT) contiennent une ressource considérable en eau évaluée à 60 000 milliards de m3 — étude PDGDRS 1999 —, mais pas nécessairement de bonne qualité partout, très peu renouvelable et avec des contraintes d’extraction augmentant avec la profondeur (température, problème de décarbonatation qui obstrue les conduites, énergie d’exhaure élevée…). La valorisation du mètre cube d’eau extrait est un élément capital qui doit dicter le choix des cultures.

Il s’agit de réaliser des projets dans la durée qui doivent s’inscrire dans une démarche territoriale intégrée. Les régions sahariennes et présahariennes connaissent des mutations profondes qui permettent d’espérer exploiter toutes les richesses “couple eau/soleil”, en investissant dans la connaissance, le numérique, les filières porteuses (recherche de niches de production) et en valorisant l’être humain.

Cela va entraîner un développement socioéconomique global assurant la satisfaction des besoins alimentaires frais et variés pendant toute l’année (production de primeurs, production de contre-saison sous serre…) avec des solutions innovantes, la transformation et la valorisation qu’elle soit artisanale ou semi-industrielle des produits agricoles locaux ou leur acheminement vers les autres régions du pays et pourquoi pas vers les marchés extérieurs.

Le choix judicieux de la taille des exploitations agricoles est déterminant pour une meilleure gestion et pour répondre aux différents besoins des produits agricoles et alimentaires de la région et du pays.

Nous sommes favorables à des modules standard reproductibles d’exploitations familiales de taille moyenne de 50 ha avec un pivot ou rampe frontale de 30 ha (minimum souhaitable pour amortir la structure et répondre au débit d’un forage) et la concrétisation d’un parc agricole composé de 40 chefs d’entreprises agricoles, soit un périmètre agricole de 2 000 ha à rechercher en faisant une véritable étude pédologique et non un simple quadrillage sur une carte. 

Le choix  judicieux  des  cultures sont les éléments déterminants du cycle de l’eau et de l’état de santé des sols.Pour s’en convaincre, il suffit de savoir que la production d’un kilogramme de grains (de maïs, blé, riz) nécessite le transfert de 1 à 3 tonnes d’eau à travers les tissus des plantes. Cependant, la quantité d’eau transférée pour une culture n’est pas proportionnelle à sa production.

L’agriculture saharienne est une agriculture de région aride qui doit tenir compte des exigences écologiques et des risques climatiques. Le blé dur et tendre court un risque lors de fortes chaleurs qui est l’échaudage, ce qui perturbe et empêche la fécondation et cause un arrêt de l’accumulation des réserves dans le grain (la plante pousse, mais l’épi est vide de grains).

Quant à la culture du maïs qui craint les températures élevées durant la phase de floraison, nous devons tenir compte des besoins les plus intenses en eau qui se situent 15 jours avant et 15 jours après la floraison, et qui représentent environ 45% des besoins de la plante. Un stress hydrique à cette période (vent de sable, panne d’électricité ou de la pompe), et la récolte est perdue.

À partir de la valorisation agro-industrielle des dattes, notamment les variétés communes, voire les écarts de tri des autres variétés, nous pouvons transformer cette matière première pour fabriquer une gamme de produits dont le sucre, en remplacement de celui importé ; une unité de fabrication que nous avons visitée à Bassora (palmeraie du Shott El-Arab qui est la plus grande du monde) à l’occasion d’une mission de travail, en Irak en 1986, s’est engagée dans cette voie.

Référons-nous aux expériences menées pour la culture de l’arachide cultivée pour ses grains représentent une matière première pour l’extraction de l’huile, notamment dans les principales wilayas productrices qui sont Adrar, Ghardaïa et El-Oued. Les fanes avec des valeurs fourragères élevées et les tourteaux peuvent être utilisés pour l’élevage. 

L’expérience que nous avons menée pour la culture de l’arachide au niveau de la nouvelle wilaya d’El-Oued en 1985, à l’époque jeune directeur de l’agriculture et de la pêche, a donné des résultats appréciables pour des variétés locales, soit un rendement de 50 quintaux en gousses sèches à l’hectare. Les cultures d’origine tropicale ou tempérée humide (soja, maïs) ne sont pas adaptées au Sahara. 

À titre d’exemple, si nous considérons les besoins en eau d’irrigation de l’ordre de 5 000 m3/ha pour une culture donnée (dans la réalité, c’est plutôt 8000 m3/ha dans les régions sahariennes) et si cette eau contient 1,5 g/l de sels, la culture laisse dans le sol en fin de cycle 7,5 de tonnes de sels pour une campagne agricole, en l’absence de drainage à la parcelle. Donc, après quelques années de culture sans lessivage des sels, le sol est totalement salé et impropre à la culture.

L’avenir de l’agriculture saharienne et de l’hydraulique agricole n’est pas dans l’exploitation minière de l’eau, mais dans l’aménagement des terroirs ou niches d’excellence de mise en valeur axés sur le choix des cultures et variétés performantes et adaptées aux conditions locales en tenant compte de leur tolérance aux sels “eaux et sols chargés”, de leur résistance aux températures très élevées, de leur adaptation aux sols pauvres et dépourvus en matière organique, de la pratique d’une irrigation raisonnée.

Nous devons chercher la meilleure valorisation de l’eau d’irrigation.
Le débit du forage n’est-il pas un indicateur qui annonce bien la superficie ou la taille d’une exploitation agricole économiquement viable, humainement gérable et techniquement maîtrisable ?

Dans certaines régions sahariennes, nous sommes passés du jaillissement des puits ou forages dits artésiens, “artésianisme d’une nappe”, à la diminution de l’artésianisme et au passage au pompage (du fait notamment de forages incontrôlés qui “vident” la nappe du Continental intercalaire).

Sur le plan pédologique, nous devons tenir compte de la qualité du sol. 
La maîtrise particulière du drainage s’impose afin d’éviter la salinisation des sols avec une valorisation éventuelle des eaux de drainage en fonction de leur teneur en sel.

Pour le choix des investisseurs, nous ne devons pas nous baser seulement sur l’apport des capitaux pour investir, cela ne suffit pas. Il faut tenir compte du niveau des compétences techniques, des sociétés de services existantes ou créer (location de matériel agricole, vente des intrants et fournitures agricoles…) et prévoir des sessions de formation pour les chefs de culture. 

Un encadrement et un accompagnement de qualité doivent être réservés aux investisseurs et aux futurs chefs d’exploitation ou d’entreprises agricoles. L’octroi d’aides doit être conditionné au suivi de stages de formation (agronomie, comptabilité-gestion).

Enfin, des structures d’appui et d’accompagnement sont à prévoir pour organiser la mise en marché ou la transformation, mais il ne s’agit pas d’imposer des structures étatiques. Les agriculteurs doivent s’organiser eux-mêmes. Il suffit de les accompagner dans cette démarche. Dans la vision stratégique du modèle saharien proposé, il faut éviter de concurrencer les régions agricoles du Sud et Extrême Sud avec celles du Nord. Les études de marché qui accompagneront l’étude de faisabilité devront examiner ce point.

Nous devons nous inspirer et capitaliser sur l’expérience de projets de mise en valeur réalisés sur d’autres territoires et sur les erreurs à ne pas commettre, les difficultés rencontrées dans la gestion, les terribles constats d’échec, la salinité des sols, etc. pour améliorer la qualité des projets de développement en cours et futurs, et enrichir les démarches locales.

La promotion de l’agriculture familiale avec la taille proposée et une production, qui continue toute l’année avec des cultures adaptées, paraît la solution la plus performante et pratique comme rempart aux crises alimentaires et levier de développement agricole.

Mon souhait le plus cher dans l’immédiat et mon ambition première est de concrétiser ce modèle agricole standard innovant et reproductible dans une région saharienne de mon beau pays avec un transfert de technologies innovantes, une exploitation agricole de référence sur 50 ha.
De le reproduire avec la création de niches ou des parcs agricoles qui doivent passer par l’élaboration d’études de faisabilité.


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