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Contribution

Pourquoi il faut faire aimer la lecture à nos enfants

“Surtout, apprenez à vos élèves à se servir des livres, ces professeurs muets qui, si vos soins n’ont pas été inutiles, les accompagneront et les éduqueront pendant tout le cours de leur vie.” (Paul Bernard)

Car il nous faut songer au lendemain de l’école : puisque l’école prépare à la vie, donne à l’enfant un minimum d’instruction et le munit d’une méthode de travail, ne doit-elle pas aussi lui apprendre à se servir des outils dont il disposera lorsqu’il sera livré à lui-même ? Ne doit-elle pas l’habituer à utiliser les livres scolaires, et aussi les ouvrages de fond et les revues ? Ne doit-elle pas créer et entretenir en lui le goût et le plaisir de la lecture personnelle et le désir de continuer à s’instruire ?
Et je crois bien que nous serons tous d’accord en pesant nos paroles que l’instruction scolaire a presque échoué si elle n’a pas développé le besoin de lecture.
Nos enfants n’aimeront lire que s’ils savent lire couramment, avec aisance et sûreté. Ils n’aimeront lire que si, en outre, comprenant ce qu’ils lisent, ils goûtent la beauté et l’émotion des textes lus. Apprenons à nos enfants à bien lire, à lire avec intelligence et avec plaisir, choisissons des textes vivants, des récits captivants. Et si nous avons su éveiller le goût de lire, plus tard, ils ne seront plus murés dans un monde étroit, quartier ou village, usine ou magasin ou ferme. Le livre les arrachera à la monotonie quotidienne, aux soucis vulgaires ; il leur ouvrira le monde de la pensée, de l’imagination et du sentiment, “il relèvera l’humble lecteur en dignité, en valeur humaine”. “Un livre a toujours été pour moi un ami, un consolateur éloquent et calme.” (G. Sand).

L’imagination de l’enfant
Rappelons que l’imagination est la faculté de former des images. Son rôle fonctionnel serait de faciliter l’adaptation aux circonstances. On distingue deux sortes d’imaginations : l’imagination représentative ou mémoire reproductrice d’images déjà perçues, et l’imagination créatrice qui combine de nouvelles images. C’est évidemment de cette deuxième forme qu’il s’agit ici. Il semble bien que, si l’imagination reproductrice soit assez pauvre chez l’enfant (ayant peu vu, il a peu retenu), l’imagination créatrice paraisse plus riche : on trouve chez lui une certaine surabondance d’images. Ce qui permet de dire que l’enfant est un artiste qui s’ignore dans une certaine mesure : dans ses jeux de fiction, notamment, il est comédien, danseur, chanteur, dessinateur. Comme l’artiste, il voit le réel d’une façon originale et exprime son monde intérieur à l’aide de certaines techniques en rapport avec son propre développement. Mais ces images seraient inférieures en qualité à celles de l’adulte, vécues, autant, si non plus que pensées, semblables à celles du rêve, de l’ivresse ou de la fièvre, c'est-à-dire non pas logiques et systématisées, mais au contraire parfois incohérentes ou absurdes et mal contrôlées, créatrices d’illusions et d’émotions toutes personnelles. Surabondance n’est donc pas richesse : l’imagination enfantine est isolante, plus imitative que créatrice, et elle opère plus dans le plan de l’action que dans celui de l’intellect. On connaît les étapes de son évolution : elle part de stade de l’illusion complète (âge merveilleux), passe par celui de la fiction (âge romanesque) et celui de l’imagination pratique (âge du positif) pour aboutir au stade scientifique (âge du rationnel). Autrement dit, elle est d’abord accommodation à un monde irréel, celui-ci n’étant que peu à peu senti tel, avant d’être progressivement adaptation au réel.

Le goût du merveilleux
“De chaque livre ouvert, il me plaît d’espérer pour le moins du plaisir, peut être du savoir, et, qui sait, de la sagesse.” G. Duhamel. C’est un aspect de l’imagination enfantine. Perception illusoire des choses et animisme font de la seconde enfance “l’âge du merveilleux” par excellence : l’enfant croit à l’existence de ce monde irréel qui lui cache le vrai et l’on trouve dans ses jeux de véritables pratiques magiques. Mais avant même la fin de la seconde enfance, les réalités font reculer les illusions : celles-ci ne seront plus subies, mais voulues ; elles deviendront des fictions. L’enfant sent que son monde imaginaire lui échappe, mais s’y cramponne : c’est l’époque des jeux dits de fiction (on joue au papa et à la maison, au chemin de fer, etc.).
Dans ces jeux, l’enfant est heureux car il triomphe toujours alors que les réalités l’entravent. C’est pourquoi il désire prolonger cet état de choses et se réfugie dans ses chimères chaque fois que le monde le déçoit. Le jeu de fiction devient progressivement la rêverie romanesque qui, sous la pression du réel, cédera peu à peu la place au règne du positif sans jamais disparaître complètement.
“La nature veut que les enfants soient enfants avant que d’être hommes”, comme l’a bien spécifié Rousseau. Cette opinion est sage, car elle tient compte du développement de l’enfant et de ses besoins : l’évolution de l’enfance montre en effet, comme celle de l’humanité, que l’adaptation à un monde imaginaire, source d’enthousiasme, de poésie et de sécurité, doit précéder l’accommodation au monde réel, objectif et raisonnable, mais seulement accessible à l’esprit scientifique et par des méthodes dont la mise au point demande un long apprentissage.
C’est pourquoi, à l’école maternelle et à l’école primaire, les fables et les contes ont leurs libres entrées. L’enseignant doit choisir ceux qui ont un effet bénéfique sur les élèves et qui les pénètrent.
Tant qu’il y aura des petits enfants, leurs maîtresses les enchanteront, les émerveilleront, les charmeront avec le Petit Chaperon rouge, Cendrillon, Aladin et la lampe merveilleuse, le petit Prince de St Exupéry,  leur feront respirer ce parfum à la fois mystérieux et poétique, de récits merveilleux et fantastiques, les jolies épopées de Sindbad le marin dont le souvenir n’est pas sans charme pour la pensée des “vieillards”, comme l’a dit Charles Nodier.
à partir de sept ou huit ans, interviennent peu à peu les récits d’aventures et d’explorations qui entraînent l’enfant dans des mondes lointains. Les leçons d’histoire et de géographie, l’étude des animaux et des plantes l’introduisent également dans un monde mi-réel, mi-imaginé, où règne un merveilleux presque aussi étonnant que celui des fictions et qui a l’avantage de préparer le règne du positif au moment où le besoin s’en fait justement sentir. Car s’il est bon d’alimenter le goût du merveilleux, il convient d’éviter de le prolonger artificiellement et de risquer ainsi de maintenir l’enfant dans un romanesque dont la persistance empêcherait l’adaptation au réel, but final de l’éducation. Ajoutons, pour les âmes sensibles, que le romanesque saura bien réserver sa part et que nos jeunes filles n’en continueront pas moins de rêver au prince charmant qui viendra les éveiller comme la Belle au bois dormant.

La bibliothèque de classe
La bibliothèque de classe, trop souvent négligée, doit reprendre son importance. Elle représente pour le maître un instrument de travail essentiel.
Elle est le centre vivant de la classe autour duquel s’organisent le travail scolaire et même la vie matérielle de cette classe. Elle doit être ouverte, accessible à tous à tout moment. Elle trouve son extension naturelle dans un coin des livres où chacun peut venir consulter un livre en fonction du travail en cours, ou lire quand il a fini sa tâche. Des livres placés sur la table par le maître seront choisis et renouvelés selon les besoins du moment, selon l’actualité. On ne doit plus voir de classes où pendant quatre ou cinq ans les enfants reprennent chaque année le même livre et relisent les mêmes textes sus par cœur et vidés de tout attrait. Il est souhaitable de renouveler fréquemment les livres de lecture. Ils contribueront ainsi à enrichir l’esprit des enfants en exploitant au maximum leur intérêt spontané.

La bibliothèque scolaire
Toute école doit posséder sa bibliothèque, et même toute classe. Il est demandé instamment aux directeurs des grandes et petites écoles de considérer comme importantes la constitution des bibliothèques de classe. Elle constitue pour bon nombre d’élèves le seul moyen valable de culture et d’éducation à leur disposition, et il importe qu’elle satisfasse leurs besoins et leur curiosité. Le maître doit donc s’attacher à choisir les livres qui conviennent à ses élèves et à enrichir progressivement le catalogue de la bibliothèque. Des listes types peuvent servir de guide, mais l’essentiel est de tenir compte du goût des enfants et en fonction de ce goût de ne leur offrir que des ouvrages de qualité. Il faut qu’elle soit gérée par les élèves. Elle n’est pas un meuble où l’on range les livres, mais un organe de la société scolaire. Il faut qu’elle soit vivante et active, et elle le sera dans la mesure où les enfants seront associés à son fonctionnement et à sa gestion et s’en sauront responsables. La coopérative de classe peut contribuer à l’achat des livres dont la liste est dressée sur la proposition des élèves et les conseils du maître. Un bibliothécaire a pour charge d’assurer l’ordre dans la bibliothèque, de veiller à la sortie et à la rentrée des livres. Il fait couvrir les livres et remplacer les couvertures usées. Quant au choix des livres, il est libre, mais il appartient au maître de guider et de conseiller les indécis en leur donnant le livre qui leur convient. De préférence, les prêts ont lieu à jours fixes. Mais on peut envisager que la bibliothèque soit ouverte chaque jour à la fin de la classe, de manière à ce que les liseurs les plus avides puissent satisfaire leur goût.

L’enfant et la télévision
“Lire a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n’ayant jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture ne m’ait ôté.” (Montesquieu)
Des parents s’inquiètent quand leurs enfants ne sont pas portés sur la lecture. Certains condamnent la télévision et le développement des méthodes visuelles d’expression et de communication qui provoquent le déclin de l’usage de la langue et contribuent à accroître les difficultés de lecture, que le temps passé devant la télévision diminue le besoin de lire des enfants.
En Angleterre, le chercheur et sociologue Himmelweit avait fait en 1955 sur ce sujet une étude demeurée célèbre (elle disposait d’un groupe de contrôle parfaitement assorti composé d’enfants n’ayant pas accès à la télévision, condition impossible à retrouver aujourd’hui) dont la conclusion la plus révélatrice était la suivante : “Il ne faut pas croire que les enfants lisaient beaucoup, puis que la télévision est arrivée et a détruit leurs aptitudes à la lecture”, à savoir 2,7 livres par mois en moyenne pour les enfants de 10 ans, 2,5 à 13 ans et plus.
F. Whitehead, 20 ans plus tard, a calculé (pour le conseil des écoles) que les enfants de dix ans lisaient en moyenne 3 livres par mois, les enfants de 12 ans 2,2 et de quatorze ans et plus 1,9.
“Il est clair que la somme du temps passé devant la télévision par la plupart des enfants ne peut que limiter la somme du temps consacré à d’autres activités de loisirs, entre autres la lecture, et nous avons trouvé effectivement une relation inverse entre la quantité d’écoute et la quantité de lecture.”
D’ailleurs, il paraît certain qu’avec l’âge, les enfants ont tendance à lire de moins en moins, et à regarder la télévision de moins en moins, proportionnellement à l’extension des activités qui les maintiennent hors de leur foyer.
Chez nous, la cherté du prix du livre, la diversité dans la lecture qui laisse à désirer (romans, livres de poche, illustrés, revues de sciences, d’histoire, de géographie…) influent négativement sur l’attrait de nos enfants qui constituent un lectorat national très faible, quasi nul. Et par manque de lecture et de loisirs, il est constaté que nos enfants ont la boulimie du tube cathodique. Il arrive, de ce fait, que des élèves somnolent en classe par manque de sommeil. Ce qui perturbe leurs études et fatigue leur vue. Les parents doivent les contrôler en ne les laissant pas de tout regarder.
Le prix du livre est en hausse d’année en année, comme tant d’autres produits. D’après les éditeurs, non seulement cette hausse est parfaitement justifiée, mais elle est même largement insuffisante parce que tous les produits augmentent. Le papier et le carton ont augmenté ; l’imprimeur a augmenté, le cartonnier et le façonnier également.
Commençons par intéresser nos gamins par la diffusion d’illustrés et bandes dessinées qui n’utilisent pas trop de carton et par conséquent reviennent moins cher.
Ils raconteront les histoires et légendes puisées dans notre terroir comme par exemple Djeha, H’didouane, Katous El-R’med (Cendrillon algérienne), Loundja Ben El-Soltane, Bagrat El-Itama… Les exploits glorieux des chefs numides (Syphax, Massinissa, Yougourtha), du Carthaginois Hannibal, Tarek Ibn Ziad, l’Emir Abdelkader, les héros de notre glorieuse révolution… La vie d’Apulée de Madaure, de Sophonisbe (que les grands classiques comme Corneille et Voltaire ont immortalisée), saint Augustin…, et dans celui des autres pays (ouverture sur le monde).
Les héros de ces récits incarneront le courage et le dévouement pour le pays. Les enfants s’y imprégneront d’idées de civisme, de dignité humaine, de tolérance, de respect des grandes personnes, de liberté et de justice, d’amour pour le prochain.
Encourager la traduction et la diffusion de livres pour enfants à succès à l’étranger (par exemple la série Harry Potter de l’auteur britannique J. K. Rowling qui connaît un succès international).
L’ouverture de bibliothèques et médiathèques publiques dans les quartiers des grandes villes, dans toute commune est souhaitable, comprenant pour les ouvrages et pour les périodiques, un fond permanent, et un dépôt temporaire alimenté par un organisme départemental de prêt et de circulation.
Il serait même désirable qu’en dehors des prêts, on puisse organiser la lecture sur place, dans une salle spéciale munie du matériel approprié.
Car si le livre est nécessaire, nos enfants doivent en posséder et les familles en acheter. S’il est l’instrument le plus démocratique du savoir, s’il est un facteur de connaissance, cette ouverture sur le monde qui introduit dans le milieu familial des données entièrement nouvelles autour des critères de l’universalité et de la modernité culturelle et sociale, ne devrait-il pas être moins cher à l’achat et soutenu par l’état,  dans l’égale possibilité pour chacun d’accéder aux sources, aux outils et aux aides du savoir ?


A. B.


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