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Mégaport du centre du pays

Pourquoi le site d’El-Hamdania n’est pas le mieux indiqué

© D.R

Par : Abdou Benachenhou 
Ancien président de l’Association de protection de l’environnement

En sus de la problématique environnementale, la question du financement du projet se pose. L’Algérie est-elle contrainte de prendre en charge le financement de ce projet faisant partie de la nouvelle route de la soie, stratégie d’une conquête de la Chine ?”

La Chine ambitionne de faire la conquête de l’Afrique pour ses matières premières et ses richesses. L’Algérie, vu sa situation géostratégique, étant “la porte de l’Europe”, fait partie de ce plan. Les Chinois ayant besoin d’un port stratégique, à leur taille et face à l’Europe, ont décidé de conquérir une partie du territoire algérien pour la construction de ce mégaport et obtenu gain de cause jusqu’à son implantation. Cette conquête d’une partie de notre territoire, en cours de projet, est une réalité, cette fois-ci avec notre connivence, notre argent et notre laisser-faire. Connivence : l’exploitation du port d’El-Hamdania après sa mise en service sera confiée aux Chinois pour une durée de 35 ans, sans droit de regard. Avec notre argent : le coût du projet s’élève à 3,6 milliards de dollars et coûtera certainement plus à la fin de sa réalisation, financé par un prêt de la Chine à l’Algérie en laissant la dette à la charge des générations futures ; pour quelle contrepartie et pour quelles retombées pour l’Algérie ? Notre laisser-faire : le plus surprenant, la désignation du site pour l’implantation du port à El-Hamdania a été laissée au choix des Chinois.

L’étude, confiée au départ par le ministère des Transports au bureau d’études sud-coréen Yuill Engineering Co Ld ayant émis un avis contre le choix du site, a été vite reprise par le bureau d’études chinois CHEC (China Harbour Engineering Company), dont la présentation, bâclée, n’était fondée sur aucun élément rigoureusement étudié, en contradiction des déclarations de l’ex-Premier ministre Abdelmalek Sellal, qui affirmait que le grand port commercial sera implanté à l’ouest de Cherchell. Pourquoi les Chinois ont-ils choisi la grande plage d’El-Hamdania pour implanter leur mégaport ? Pas de plage, pas d’estivants sur l’autoroute. Ainsi, l’autoroute sera réservée exclusivement au transport de leurs conteneurs vers l’Afrique. Surprenant, aucun ministre impliqué dans la réalisation de ce mégaprojet n’a daigné effectuer une visite sur le site choisi pour découvrir sa splendeur paradisiaque sur lequel sera érigé ce projet. Il s’agit à l’époque des ministres de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire, de la Culture, du Tourisme, des Transports et des Travaux publics.

Le proverbe arabe dit : “Quand l’œil ne voit pas, aucun mal au cœur n’est appréhendé.” Le dossier est ficelé par les Chinois. Le choix est de sacrifier une des plus belles plages d’Algérie, la seule plage qui restait du littoral algérois — “complètement accaparée par les résidences d’État” —, qui disparaîtra à jamais pour tous les habitants des 5 wilayas : d’Alger, de Blida, de Médéa, de Aïn Defla, de Tipasa, et ceux qui viennent du sud du pays.

Cela me rappelle les années 1950 (avant l’indépendance du pays), “les plaques interdisant aux chiens et aux Arabes l’accès aux plages”. La plage mythique d’El-Hamdania, fréquentée par des milliers de familles, n’existera plus avec celle d’Oued Bellah. À cette disparition des plages s’ajoutera celle des terres agricoles. Les patrimoines forestier et archéologique ne seront pas épargnés. On a l’impression que la disparition de ces patrimoines ainsi que celle des zones historiques laisse indifférent et ne pose aucun problème à nos décideurs.

Une partie de notre histoire va disparaître. La loi relative à la préservation des sites archéologiques, monuments historiques, n’est pas respectée. Vu ce qui précède, le site d’El-Hamdania n’est pas le mieux indiqué pour implanter un mégaprojet de ce type. Il est encore temps d’éviter la destruction de ce site paradisiaque naturel. Savez-vous qu’une grande partie des plages de la Côte d’Azur fréquentées par des milliers de touristes sont des plages artificielles, qui ont coûté une fortune pour les aménager ? Détruire de si belles plages naturelles et les forêts paradisiaques alentour pour en faire un port, c’est du domaine de l’absurde.

Il existe d’autres sites plus judicieux en Algérie, à l’exemple de l’ouest de Ténès, pour désenclaver cette région restée vierge à ce jour et lancer une véritable industrie. Ce projet, faisant partie “de la nouvelle route de la soie” décidée par les Chinois, servira de mégaport de “transit” qui va surtout leur permettre le transbordement des marchandises sur des navires courants accessibles à tous les ports d’Europe, pour optimiser ainsi les coûts du transport des marchandises fabriquées en Chine en les rapprochant des clients européens et africains, l’Algérie n’ayant pas la vocation de pays exportateur, à part les hydrocarbures.Ce n’est certainement pas la soie qui va transiter par ce port, mais plutôt les produits made in China, de qualité souvent pas aux normes, qui finissent, après à peine quelques utilisations, dans les poubelles.

Exemple : un karcher, “acheté pourtant en Allemagne”, je l’ai utilisé à peine trois fois, pas plus. Quant à nos importateurs algériens, c’est pire, ils ont tendance à ramasser tous les invendus de la Chine, de qualité des plus médiocres, qui finissent très vite dans les décharges du pays. À l’image des lampes électriques dont la durée de fonctionnement moyenne ne dépasse certainement pas un mois (je tiens à le dire) et le comble en cramant font sauter le plus souvent le disjoncteur ! Imaginez une famille qui s’absente de son domicile pendant plusieurs jours, la catastrophe qu’elle découvre à son retour au niveau du congélateur. 

Tous ces produits fabriqués en Chine ont utilisé des matières premières, de l’énergie, de la main-d’œuvre bon marché pour un tel gaspillage pour la planète, sans compter l’impact sur l’environnement. Les Chinois, au lieu de créer des emplois en Algérie, viennent prendre les emplois des Algériens. Tout est à revoir en effet, vu “le niveau de coopération” et de dialogue avec la Chine et les divers contrats régaliens réalisés et en cours par les Chinois (plusieurs contrats : autoroutes, voies ferrées, construction de logements, la grande mosquée, etc.). 

“Tout en rappelant le montant global de ces contrats”, l’Algérie serait rentrée par la grande porte avec le mégaport en projet dans la nouvelle route de la soie, si chère à nos partenaires chinois, si et à condition d’avoir obtenu pour l’Algérie : 
1- les mêmes avantages concédés à Alexis Tsipras pour le port de Pirée en Grèce, qui reçoit les cargos géants chargés de plus de 10 000 containers. Le port de Pirée sera la propriété d’Athènes au bout de 35 ans. La Grèce désargentée, porte d’entrée vers les Balkans et le reste de l’Europe, n’a pas versé un seul euro. Les Chinois prennent tout en charge ;
2- sceller le même type de contrats réalisés avec le royaume du Maroc, “pourtant dépourvu de ressources naturelles et d’énergie qui pourraient intéresser les entreprises chinoises”. La Chine a construit avec son propre investissement du côté de Tanger une nouvelle cité industrielle, s’étendant sur 2 000 ha ; elle devrait, dans les 10 ans à venir, héberger près de 200 usines chinoises. D’un investissement initial estimé à 1 milliard de dollars, la réalisation de cette cité intelligente permettra de générer des investissements de 10 milliards de dollars sur la prochaine décennie ainsi que la création de  100 000 postes d’emploi direct dont 90% seront occupés par la population de la région.

C’est l’un des plus gros investissements chinois dans le royaume et qui conforte ainsi la stratégie du Maroc de se positionner en leader régional pour les investissements en provenance de Chine et à destination des marchés africain et européen. 200 entreprises chinoises spécialisées dans divers secteurs comme la fabrication automobile, l’industrie aéronautique, les pièces de rechange d’aviation, l’électronique, les textiles, la fabrication de machines et d’autres industries.  Ce mégaprojet, qui sera de loin la plus importante plateforme industrielle chinoise établie sur le continent africain, contribuera à la renaissance de la route de la soie, “un pouvoir économique sur le monde pour livrer des matières premières à la Chine et des produits finis au reste du monde”. Cette route passera désormais par Tanger et, à partir de là, vers le reste du continent africain, l’Europe et l’Amérique. Ce partenariat a été signé à cet effet par trois acteurs du complexe en marge de la visite royale conduite par le souverain marocain à Pékin en 2016. En effet, tous les ouvrages, quel que soit leur taille, qui entrent dans le concept de la Nouvelle route de la soie, sont financés à travers le monde à 100% par la Chine; c’est leur choix ;
3- Imposer le site d’implantation du mégaport, éventuellement à l’ouest de Ténès (ce n’est qu’une des propositions), région laissée-pour-compte à l’état vierge à ce jour, pour développer la région ;
4- Principe d’implantation du port : choisir un rivage de la mer peu profond. C’est ainsi qu’on peut récupérer de la mer toute la surface nécessaire à la réalisation de ce mégaport qui va recevoir des cargos de plus en plus géants. Le tirant d’eau de ces cargos étant important, le volume impressionnant de déblais à récupérer du fond va permettre l’avancée sur la mer.

C’est le principe retenu par les Japonais et les Sud-Coréens pour la construction de leurs ports et de leurs usines. Par cette méthode, on ne touche pas à un mètre carré de surface agricole et on n’empiète pas sur le patrimoine forestier. Vu ce principe, le choix de la plage d’El-Hamdania (plage mythique pour l’ensemble des habitants de 5 wilayas à la fois) sera une erreur grave pour ce projet, car très vite on atteint des profondeurs. 

Ce qui précède est une autre vision : au lieu de subir, tout en payant la totalité du projet par les Algériens, pour s’atteler au schéma mondialisé de la Chine, ces conditions (parfaitement acceptables) sont la contrepartie et un nouveau départ pour sceller et pour longtemps, les liens d’amitié entre la Chine et l’Algérie.


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