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A la une / Contribution

Crise budgétaire

Quel diagnostic pour l’économie algérienne ?

Le gouvernement Sellal va-t-il commencer à redresser l’économie nationale pour faire face à l’effondrement des prix du baril de pétrole qui n’est pas près de s’arrêter et encore moins de connaître une hausse à plus de 50 dollars le baril ?

En effet, c’est une question qui soulève à notre humble avis un sérieux problème de pérennité pour l’économie nationale face à la dépendance croissante du budget de l’État vis-à-vis des recettes des hydrocarbures dont près de 60% financent  les dépenses de fonctionnement dans une conjoncture économique fortement défavorable marquée par la chute brutale des prix du baril de pétrole de près de 60% de sa valeur, associée à une baisse de la production des hydrocarbures à un peu plus de 8% ce qui correspond à une perte sur nos recettes totales d’environ 30 milliards de dollars/an. Ajoutez à cela le marché informel qui prospère grâce à “l’importation-chkara-connexion”, dans l’économie nationale au point qu’il est devenu  aujourd’hui plus puissant que le marché formel avec près de 45% de la masse monétaire en dehors des circuits bancaires, voire plus fort que l’État. Sinon comment expliquer que nous  sommes encore très loin de nous passer de l’argent du pétrole qui n’est pas en fait une création de richesses ou encore c’est l’économie du pays ?
De notre point de vue, le problème qui se pose aujourd’hui dépasse notre gouvernement car  l’Algérie ne peut s’engager dans une guerre des prix dans les espaces géostratégiques qui lui échappent et du fait qu’elle n’est que faiblement intégrée dans l’économie mondiale dont  les leviers  sont entre les mains du groupe des sept  pays les plus industrialisés de la planète  qui sont les  USA, la France, l’Angleterre, le Japon, l’Italie, l’Allemagne et le Canada.
Cela doit nécessairement nous interpeller  sur la question consiste à apporter des éclairages et réveiller les consciences absolument vitaux  pour l’avenir de  notre développement durable et ce dans le cadre  d’une réelle démocratie. En effet,  nous constatons  qu’après plus deux décennies tous les gouvernements, walis et élus qui se sont succédés ont lamentablement échoué au moment où le prix du baril de pétrole valait  plus de 100 dollars.  
Oui, en effet, les gouvernements passés ont dû mal mettre sur le terrain une stratégie économique efficace  dans la mesure où elle demeure, par ailleurs, soutenue par l'expansion monétaire à la faveur des revenus de la rente des hydrocarbures dans le souci de mettre sur pied un développement économique local  est demeuré inefficace, car 98% de nos ressources financières proviennent aujourd’hui des exportations des hydrocarbures, près de 75% en importation, 90% des crédits à l’économie proviennent des banques publiques  et une démographie plus poussée vers nos villes dont le taux d'urbanisation s'établit aujourd'hui à près de 65% qu'il n'est pas possible d'éviter à moyen terme. Ainsi, notre pays n’a pas encore atteint son indépendance économique en dehors de la rente des hydrocarbures et  reste en  dessous de la moyenne  et un pays structurellement dépendant de l’extérieur, ses importations  tendant à atteindre le niveau des exportations des hydrocarbures. L’Algérie, un pays à qui peut bien  s’appliquer l’adage qui dit que “l’argent ne fait pas le bonheur, bien qu’il y contribue”.
Nous sommes en effet convaincus que la construction d’une économie de marché en soutien d’une économie sociale est le pilier sur lequel repose l’avenir de l’Algérie sans lequel on ne peut ni évoluer, ni prospérer, ni combattre le chômage, l’inflation, la corruption , car ce n’est plus possible aujourd’hui où l’Etat édifie l’économie et crée l’emploi en privilégiant les aspects financiers de la macro-économie sans se préoccuper de l’aspect  de la politique micro-économique et des compétences. C’est tout l’enjeu futur afin d'ouvrir de grandes perspectives pour les jeunes et de garantir à chaque Algérien un emploi et un revenu. Cela va sans dire que l’Algérie plonge aujourd’hui dans une phase de turbulences où les rapports structurels et la société seront perturbés car cette situation fait apparaître un écart cruel entre l’offre et la demande, d’où le besoin de pas moins de 2 millions d’entreprises de taille PME-PMI et une croissance à deux chiffres pour faire face aux bouleversements socioéconomiques actuels que vit aujourd’hui l’Algérie et plus cruel encore la fiscalité ordinaire et l'exportation hors hydrocarbures qui posent de sérieux problèmes et suscitent des inquiétudes en matière de consolidation et de perspectives budgétaires dans la mesure où nous n’avons à cet effet ni économie politique ni de stratégies d’entreprises en puissance. “Un pays développé se mesure dans les moments de crise”, les effets de ce choc pétrolier  de 2014  alimentent à notre humble avis  le risque d’un coup dur pour l’Algérie. La conjoncture est difficile et inquiétante avec une instabilité des marchés car à moins de 70 dollars le baril, le pays s’achemine vers une grave crise financière à l’horizon.
Il faut se dire qu’entre 2000 et 2014, la situation a certes évolué, mais les besoins se sont multipliés, notamment la consommation intérieure. Le problème est sérieusement posé puisque cette consommation  est à même d’absorber la croissance de 7%, taux pour lequel s’est engagé le gouvernement dans le plan d’action 2015-2019. Pire, la demande intérieure absorbera 50% de la production d’hydrocarbures à exporter.  Sommes-nous à la veille d’une crise sévère dont ses conséquences seront marquées par l’instabilité du marché énergétique, en raison de l’abondance de l’offre mondiale vis-à-vis de la demande en dépit de l’accélération de la production américaine en pleine révolution de l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste et de l’Arabie Saoudite qui a fait baisser ses prix négociés avec les pays asiatiques, le retour progressif de l’Iran, la Libye et de l’Irak sur les marchés pétroliers et enfin de nouvelles mesures prises par le Japon et la Chine en matière de relance monétaire qui ont fait monter le dollar, rendant ainsi le brut moins attrayant. On pourrait toutefois avancer que nous sommes entrés en ce moment même de la demande à celle de l’offre mondiale. Il va sans dire que nous subissons un choc pétrolier similaire à celui de 1986 qui a provoqué l’effondrement de l’économie algérienne où la chute brutale des prix du pétrole a provoqué la liquidation de près d’un millier d’entreprises, l’explosion du chômage de près de 30%, l’inflation de près de 25% et enfin l’explosion sociale qui a atteint son apogée dans la tragédie nationale du 5 octobre 1988.  En effet, le gouvernement  prélève chaque année près de 75% de sa fiscalité pétrolière pour financer son budget général, dont près 60% financent les dépenses de fonctionnement, et près de 70% de la population algérienne vit aujourd’hui de la rente que l’Algérie finance au prix fort.
Ceci dit, il nous faut sortir au plus vite d’une économie de rente qui fait état de graves carences et faiblesses dans l’organisation et la gestion économique pour aller aux logiques de sortie de crise dans un contexte où l’économie et la politique s’entredéchirent pour que notre pays retrouve sa vitalité et évoluer vers une économie émergente. Oui, un regard rapide nous indique que le tableau de bord de notre économie hors hydrocarbures est loin d’être satisfaisant au vu des défis qui attendent l’Algérie à savoir : évolution en hausse quasi constante  des dépenses budgétaires, faible croissance économique financée essentiellement  par la dépense publique, le financement reste davantage assuré par la fiscalité pétrolière que par la fiscalité ordinaire, faible contribution du secteur productif, explosion des importations qui se pose avec une gravité exceptionnelle atteignant un peu plus 65 milliards de dollars, baisse drastique des exportations.
En plus, l’agriculture ne contribue que de 8% au PIB, les coûts d’exploitation restant élevés. L’économie informelle représente aujourd’hui 40% du PIB, les exportations hors hydrocarbures n’arrivent pas à dépasser 2 milliards de dollars par an, le dinar va subir une dépréciation importante puisque  notre monnaie dépend à près de 90% de la rente pétro-gazière et non de la création des richesses selon les règles et les mécanismes de l’économie de marché, et par conséquent, une monnaie qui n’est pas prête à servir de monnaie d’échange commercial et qui pèse fortement dans la détérioration du pouvoir d’achat des ménages si ce n’est la politique de soutien des prix, le chômage reste élevé malgré les dispositifs de l’État, et enfin, la fin des excédents financiers aggravés par une démographie qui est en train de croître entre 2 et 3%/an maintenant l’inquiétude sur l’avenir du pays. Sur un autre plan, Le secteur industriel, considéré comme l’un des facteurs stratégiques de la croissance potentielle des technologies et du plein emploi pérenne, est devenu le problème économique et social le plus cruel notamment, il est il est caractérisé par une faible valeur ajoutée technologique, et son apport dans le financement de l’économie reste très insuffisant au cours de ces deux dernières décennies, au regard de la crise profonde qui affecte le pays devant l’ampleur du déficit constaté en production atteignant 13%.
Le pays réalisait entre18 et 25% de croissance dans les années 1970-1980 contre 5% actuellement, outre un taux d’intégration à moins de 20%, un outil national de réalisation non performant ne pouvant absorber les plans de charge des plans quinquennaux et une faiblesse de l’investissement productif. Enfin, il est à noter un cadre législatif et réglementaire surchargé tantôt de droit public, tantôt de droit privé, ce qui a affaibli l’économie, les stratégies et les performances des entreprises.
La structure de l’économie algérienne reste concentrée sur près de 90% sur les entreprises du commerce et les services. C’est là une véritable panne économique en matière de développement durable qui ne permet pas de créer les conditions favorables à une croissance réelle et potentielle, et par conséquent agir sur la stabilité sociale et la bonne santé de l’économie de notre pays. Ce qui requiert l’urgence de la création d’un ministère de l’Économie couplé à celui des Finances aux compétences managériales aux normes internationales, afin de se mettre à un niveau mondial.
C’est ce vrai contexte qui doit retenir plus l’attention du gouvernement pour projeter l’Algérie dans le monde économique moderne et résister à la crise énergétique internationale, le budget de la nation pour 2015 constituant l'occasion de mobiliser toute l'intelligence pour une meilleure gouvernance économique avec la nécessaire participation tant de l'élite locale que de l’élite nationale, d'opinions et d’universitaires comme source de savoir, d'expertises, de connaissances, de résolutions de problèmes et de préparation de lois économiques et des finances qu’il est souhaitable de mettre à contribution dans le processus de la politique budgétaire pour une meilleure cohérence et efficacité entre le système institutionnel de l’État (le gouvernement) et le pouvoir législatif (les élus), pour permettre à l’organisation de l’économie nationale de répondre aux défis présents et futurs.
Certes, il n’y a pas d’impact important à court terme, si l’on sait que la situation financière de notre pays est positive grâce aux revenus pétro-gaziers, dont notamment un endettement extérieur assaini à près de 80%, des réserves de change correspondant à près de 160 milliards de dollars représentant un peu plus de 3 ans d’importations, une épargne publique estimée à 4429 milliards de dinars en 2015, soit l’équivalent de 50 milliards de dollars au niveau du fonds de régulation des recettes (FRR), dans lesquelles le gouvernement devra piocher pour équilibrer son budget.
Comme aussi l’Algérie a accompli, il faut reconnaître, d’importants progrès dans les infrastructures de base et les équipements collectifs. Il est regrettable de ne pas avoir profité de cette aisance financière pour réindustrialiser le pays. Est-il besoin de rappeler qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale les États-Unis ont proposé à l’Europe le fameux plan Marshall, destiné à l’aider à se relever de ses cendres. Doté de l’équivalent de 150 milliards de dollars répartis sur quinze pays, ce plan leur a permis de se reconstruire, se moderniser et d’amorcer la dynamique qui a donné trois décennies de croissance.
Pour terminer, nous pouvons dire qu’il est urgent de rénover notre économie et favoriser le développement d’une économie liée directement à l’investisseur et à l’entreprise pour sortir d’une économie relativement rentière qui ne peut être que la négation de l’économie.
Votre fidèle lecteur.


M. A.
(*) Financier et auteur de deux ouvrages : “Comptabilité des sociétés” et “Gouvernance des entreprises”


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