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Renouvellement des associations sportives et place de l’état

© Archives Liberté

Par : Pr Rachid HANIFI
Professeur de médecine du sport Ex-président du Comité olympique algérien

L’assainissement de la gestion du mouvement sportif national mérite une large concertation, impliquant des acteurs des différents volets concernés (administration et finances, marketing, communication, relations internationales… etc) afin d’élaborer un cahier des charges et une charte d’éthique et morale.” 

Les fédérations sportives nationales sont en cours de renouvellement de leurs instances dirigeantes et déjà confrontées au problème de l’autonomie exigée par les tutelles internationales et de l’ingérence des pouvoirs publics. Cette situation se répète à la fin de chaque mandat, depuis le passage par les élections imposé par la charte olympique et les statuts des fédérations sportives internationales. En réalité, l’autonomie conséquente au choix des dirigeants par les urnes, provient de l’indépendance financière acquise à travers la forte implication des entreprises économiques privées, par le biais du sponsoring.

Le non-recours au financement par les Etats et l’injection de plus en plus massive d’argent par les sponsors ont poussé les instances dirigeantes du sport mondial à se démarquer de l’emprise des gouvernements et à imposer leurs seules tutelles aux associations sportives nationales qui y sont affiliées, sous prétexte de protéger le sport de l’ingérence politique. Ce nouveau mode de fonctionnement n’est malheureusement pas aussi facilement applicable, dans les pays où les fédérations sportives restent encore largement dépendantes des subventions de l’Etat.

On se retrouve ainsi en situation de confrontations répétées, entre ces fédérations qui mettent en avant leurs statuts respectifs et les pouvoirs publics qui utilisent “le chantage financier”. Ainsi, on se retrouve en Algérie par exemple, avec une association sportive telle que la FAF (Fédération algérienne de football), qui peut assurer son autonomie financière, grâce au poids social particulier du football d’une part et à l’image de notre EN d’autre part et les autres fédérations sportives nationales qui restent fortement liées à l’apport des subventions de l’Etat. 

La première arrive ainsi à tenir tête au ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) pour peu que son premier responsable le décide, tandis que les autres fédérations sont obligées de faire l’équilibre entre les deux tutelles, sportive et politique. Je pense qu’en réalité le problème réside dans l’incompréhension de la notion d’autonomie, d’autant plus que les tutelles sportives internationales (CIO, FIFA…etc) n’ont pas d’équipes sportives qui les représentent directement, ce qui n’est pas le cas de leurs démembrements nationaux.

En effet, les fédérations sportives nationales ont pour mission, outre le développement de leurs disciplines respectives au niveau national, de préparer leurs sélections nationales pour les compétitions internationales. Il faut tout de même rappeler que les athlètes qui sont engagés dans des rencontres et tournois internationaux représentent le pays et non la fédération sportive concernée. Il devient ainsi logique que l’Etat s’implique et réclame un droit de regard sur les dispositifs de préparation de ces athlètes.

Par contre, la gestion logistique doit bénéficier d’une autonomie, soumise au contrôle des dépenses des deniers publics par les instances habilitées. Malheureusement, les conflits naissent souvent de cette incompréhension entre les deux préalables à respecter. Ainsi, la notion d’autonomie est assimilée par certains dirigeants comme une indépendance de gestion et surtout de décisions, alors que les sélections nationales représentent le pays ; elle est vilipendée par les pouvoirs publics qui abusent parfois de leur autorité, à travers le “chantage financier”.

J’ai vécu personnellement cette malheureuse expérience, lors du mandat olympique que j’ai assumé en tant que président du COA entre 2009 et 2013, malgré mon engagement auprès des responsables du MJS de ne prendre aucune décision touchant à la souveraineté nationale, sans en référer préalablement à la tutelle politique du mouvement sportif national. Cette dernière, hélas, à travers ses principaux responsables, avait choisi de s’ingérer davantage dans la gestion logistique quotidienne de l’instance olympique, plutôt que de discuter des questions plus sensibles telles que les objectifs à se fixer pour les différentes compétitions internationales, les stratégies à adopter, les moyens à prévoir et le processus d’évaluation à mettre en place. 

Cette ingérence concernant le choix des collaborateurs administratifs était, pour moi, inacceptable, car elle aurait porté atteinte à l’autorité du premier responsable que j’étais du Comité olympique, sur le personnel qui y exerçait. Par contre, les questions relevant de la souveraineté du pays, telle que l’attitude à adopter en cas de compétition programmée face à un athlète représentant un pays non reconnu, étaient totalement élaguées, alors que le MJS était et reste la tutelle politique du sport.

Le ministère chargé des Sports devrait également, avec le concours du ministère des Affaires étrangères et du Comité olympique et sportif Algérien prendre en charge le problème de la représentativité au niveau des instances sportives mondiales et continentales, en désignant une commission mixte pour l’élaboration des critères de candidature aux différents postes à pourvoir (bureaux exécutifs, commissions spécialisées) et le choix des candidats à présenter, ces derniers devant alors prétendre au soutien des pouvoirs publics, aux plans matériel et diplomatique. 

Cette initiative avait été entreprise lors de mon mandat olympique, mais bloquée malheureusement au niveau du MJS, alors qu’elle avait été saluée et encouragée par le ministère des Affaires étrangères qui avait adhéré au projet. Il me semble donc que les relations entre les associations sportives nationales et le représentant de l’Etat doivent être bien comprises et mutuellement acceptées. L’Etat a parfaitement un droit de regard sur l’ensemble du dispositif de préparation des sportifs retenus dans les sélections nationales, car ils sont appelés à représenter le pays et non leurs fédérations respectives.

Ce droit ne doit pas s’exercer par les menaces de gel des subventions, comme c’était le cas pour le COA, lors de mon mandat, mais par une compréhension responsable de la notion d’autonomie, afin d’éviter l’ingérence des instances internationales d’une part et de protéger la souveraineté nationale d’autre part. L’autonomie ne signifie pas indépendance et ne doit pas exposer aux risques d’atteinte à l’image de l’Algérie. Les décisions relatives à la préparation des athlètes pour une meilleure représentation du pays doivent se prendre en concertation avec les pouvoirs publics. Par contre, ces derniers ne doivent pas s’ingérer dans la gestion du quotidien des affaires des fédérations et du comité olympique. 

La définition préalable des critères et profils de candidature, pour les postes à pourvoir aux niveaux national et international, permettrait de mieux appréhender les relations entre associations sportives nationales et tutelle ministérielle et une gestion plus responsable de la notion d’autonomie du sport par rapport à l’ingérence politique. Les statuts devraient également, de mon point de vue, interdire le cumul entre élections aux bureaux exécutifs et présidences au niveau des associations membres des assemblées générales des fédérations et comité olympique, car cette situation crée des inégalités et favoritismes relatifs à la répartition des moyens (ex : affectation des bourses olympiques). 

L’assainissement de la gestion du mouvement sportif national mérite une large concertation, impliquant des acteurs des différents volets concernés (administration et finances, marketing, communication, relations internationales…etc) afin d’élaborer un cahier des charges et une charte d’éthique et morale. L’observatoire national des sports me semble être l’institution appropriée pour une telle initiative. Notre pays a besoin d’une bonne politique de sport et non d’une instrumentalisation politique du sport.


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