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PANDéMIE DE LA COVID-19

Sept mois, et après ?

© D.R

Par : Dr Ali Djamel HAMIZI 
Médecin libéral, Batna

Cela fait sept mois que le monde entier a cessé de vivre normalement, dans l’attente de la maîtrise de la pandémie de la Covid-19 et de la fin d’un cauchemar commun à tous les peuples. Nous nous attendions, pour notre part en Algérie et en Afrique d’une manière générale, à faire face à une hécatombe à l’italienne.
Elle n’a pas eu lieu et elle n’aura apparemment pas lieu. L’âge moyen jeune de la population n’explique certainement pas à lui seul cette situation et l’avenir nous renseignera plus sur les raisons scientifiques probables du taux bas de la mortalité par la Covid-19 sur le continent africain par rapport aux autres continents.
Le seul vrai confinement qu’a connu notre pays était celui de Blida en mars-avril 2020 et qui avait donné d’excellents résultats. En tenant compte des données actuelles, on ne pourra pas dire avec certitude qu’on aurait pu appliquer la même mesure pour tout le pays à cette époque et que tout aura été réglé définitivement. L’expérience d’autres pays nous a démontré les limites de ce confinement. De nouvelles vagues se profilent à l’horizon en Europe trois mois après le déconfinement.
C’est le modèle de confinement de la région de Blida qui a permis à la Tunisie par exemple de s’en sortir avec peu de dégâts sur le plan sanitaire, même si ce pays ne résistera certainement pas, comme tous les autres pays, aux désastreuses conséquences économiques régionales et mondiales de la pandémie, ni encore au risque de survenue d’autres vagues de Covid-19. 
‘’L’affolement’’ universel anti-Covid-19 fera de très loin beaucoup plus de dégâts que la maladie elle-même. 
Très peu de personnes respectent les mesures de protection et de prévention dans notre pays, mais nous constatons sur le terrain, qu’après sept mois, le nombre de morts n’est pas très élevé et que les hôpitaux se sont désengorgés depuis quelques semaines, malgré un nombre très élevé de personnes atteintes de Covid-19, cela même si nous ne possédons pas de chiffres exacts.
Nous devons faire et vivre avec, à mon sens. La Covid-19 persistera pendant des mois, voire des années et le(s) vaccin(s) tant attendu(s), ne seront pas disponibles rapidement et pour tous. Leur efficacité ainsi que leurs effets indésirables sont des questions qui n’auront de réponse que dans quelques années, voire plus.
Chez nous, personne ne saura exactement combien de personnes sont mortes à domicile durant cette période de Covid-19, suite à une décompensation d’une cardiopathie ou d’une insuffisance respiratoire mal prises en charge par exemple. Ces patients ne consultent plus régulièrement leurs médecins à cause du confinement et des restrictions sur leurs déplacements et de l’indisponibilité des structures de soins, dont les activités sont orientées principalement vers la lutte contre la Covid-19, ainsi qu’à cause de ses conséquences désastreuses sur l’activité économique et qui ont durement impacté les revenus de tous.
Le virus nous accompagnera pendant longtemps. C’est une quasi-évidence. J’espère que la sagesse l’emportera pour prendre des décisions courageuses et réalistes, en se basant sur l’analyse des données de ces sept derniers mois au niveau mondial en toute objectivité.
La vie ne doit pas s’arrêter. Les pays et les peuples sont interdépendants. Le confinement et la fermeture des frontières ont montré les limites de leur efficacité dans la lutte contre la propagation du nouveau coronavirus. L’imposition de ces mesures dans des pays développés, où la population est attachée à sa liberté de vivre et d’être, n’a pas permis à ces pays d’obtenir des résultats durables et stables.
De nouveau foyers de la maladie sont régulièrement déclarés dans beaucoup d’entre eux. Les manifestations contre ces mesures ainsi que les rassemblements de loisirs n’ont pu être empêchés, et le nombre de contaminations par le nouveau coronavirus dans ces pays ne cesse d’augmenter de nouveau.
Seuls quelques peuples asiatiques disciplinés ou dirigés par des pouvoirs autocratiques ont jusque-là pu maîtriser l’évolution de la maladie. L’avenir nous dira si cela reste le cas pour toujours ou non. L’impact économique n’épargnera, dans tous les cas, aucun pays.
Les pouvoirs publics en Algérie comme dans tous les autres pays, ne peuvent pas faire plus que ce qu’ils ont déjà fait ou bien essayer de faire et les économies de tous les pays ainsi que leurs populations ne supporteront pas plus que ce qu’elles ont supporté. Personne n’évoque l’idée d’un reconfinement total malgré l’alarmante progression de la maladie de nouveau dans des pays qu’on croyait avoir réussi à maîtriser sa propagation grâce au confinement.
Cette période d’accalmie dans l’évolution de la Covid-19 dans notre pays doit être saisie pour mieux équiper nos hôpitaux et mettre à la disposition du personnel soignant les moyens nécessaires pour faire face à une nouvelle vague de la maladie, en tenant compte de l’expérience acquise.
Le personnel soignant algérien qui a payé un lourd tribu dans la lutte contre la Covid-19 a acquis l’expérience nécessaire pour y faire face, mais la conjonction d’une nouvelle vague de Covid-19 avec la grippe saisonnière attendue cet automne risque de mettre à mal de nouveau nos structures de santé et le personnel soignant si la campagne de vaccination antigrippale tardera à être mise en application et qu’une anticipation de plans d’action et une mise à la disposition de tous de moyens appropriés ne sont pas engagées.
Les médecins libéraux doivent être, par ailleurs, inclus plus efficacement dans la stratégie globale de cette lutte en leur confiant la prise en charge thérapeutique et le suivi des cas bénins à modérés de Covid-19.
Sur les plans de la protection et de la prévention collectives, tout porte à croire que nous avons compris et retenu la leçon. Plus personne ne nie l’existence de la Covid-19 comme c’était le cas au début de la pandémie. Plus personne ne parle de complot ou de manipulation. Toutes les régions ont été touchées et tout le monde a eu un parent, un ami ou un voisin qui a été atteint par la maladie, si ce n’est lui-même qui l’a contractée.
Sur le plan des mesures de protection individuelles, que chacun agisse en fonction de sa compréhension de la situation et de sa perception du risque auquel il s’expose, à condition que l’état assure une distribution gratuite de masques grand public à ceux qui ne sont pas en mesure de les acquérir, pour sévir ensuite contre les contrevenants. Des subventions étatiques aux fabricants de masques s’imposeront alors.
Cela doit être assimilé aux risques de la vitesse au volant. Le plus prudent sauvera sa vie. Les règles sont connues de tous, mais certaines personnes ne les appliquent pas. Qu’elles en assument les conséquences. Les contrevenants aux respects des règles de protection et de mesures barrières contre la Covid-19, doivent finir par intégrer dans leur  esprit qu’ils doivent payer, comme les chauffards, le prix de leur inconscience ou de leur ignorance des lois et des règles imposées à tous, à condition que ces lois et ces règles soient bien explicitées pour être assimilées et acceptées par la population.
La liberté totale de circulation et de travail dans le respect de ces règles, devant être assurée en vue d’une réelle relance de l’activité économique. On ne doit pas empêcher la circulation automobile pour éviter les accidents de la circulation, comme on ne peut pas confiner éternellement la population chez elle et fermer les frontières indéfiniment dans l’espoir d’endiguer une pandémie. L’obligation du port du masque dans l’espace public ressemblera à celle du port de la ceinture de sécurité dans les voitures.
La Suède qui n’a pas appliqué de mesures de confinement du tout, a enregistré moins de 600 morts par million d’habitants ; taux considéré comme étant parmi le plus élevé en Europe. Ce nombre reste insignifiant par rapport au nombre de morts à cause d’autres pathologies pendant la même période, même si la vie humaine n’a pas d’équivalent et qu’elle ne doit pas être réduite à des statistiques comparatives.
On dénombre d’ailleurs, à ce jour, dans le monde plus de morts dansdes accidents de la circulation que par la Covid-19 : 
890 000 décès par des accidents de la circulation contre 840 660 par la Covid-19 au courant des 8 premiers mois de cette année selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Nous continuons, malgré ce taux élevé de la mortalité dans les accidents de la circulation, à utiliser nos véhicules et la grande majorité des humains utilise des moyens de transport peu fiables qui les exposent aux risques d’accidents quotidiennement. Certains s’en sortent indemnes ou bien avec des séquelles et d’autres payeront de leur vie les conséquences de ces accidents. Il y a aussi des personnes innocentes qui sont régulièrement fauchées de façon accidentelle, comme il y aura aussi des personnes qui seront contaminées par le Sars-CoV-2 en raison de leur inconscience ou de leur négligence et d’autres qui contracteront la maladie malgré toutes leurs précautions.
C’est tout simplement une maladie infectieuse contagieuse responsable dans une certaine proportion de mortalité comme beaucoup d’autres. Le paludisme, dont on ne parle même plus, a été responsable de 650 000 décès au cours de ces huit derniers mois, selon les mêmes données de l’OMS.
On perdra certainement des êtres chers aussi bien, suite à une maladie comme la Covid-19 comme on en perdra suite à des accidents de la circulation.
Cela doit faire partie de la vie si on veut continuer à exister.
La vie ne doit pas s’arrêter à cause de la Covid-19. On risque de mourir de famine ou à cause de désordres publics secondaires à l’énorme crise économique qui guette la planète. C’est à mon sens, de cet angle là qu’il faut considérer et gérer à l’avenir de cette pandémie de Covid-19, pour continuer à vivre. Ce ne sera pas la dernière pandémie, ni la dernière catastrophe qui menaceront l’humanité.
Les risques liés aux armes de destruction massive détenues par beaucoup de pays et les conflits régionaux poseront à l’avenir des défis beaucoup plus sérieux qu’une maladie.
L’avenir nous donnera certainement plus de visibilité.
En attendant, nous n’avons d’autres choix que de continuer à vivre en intégrant la Covid-19 dans notre quotidien.


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