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Les transports collectifs à Alger

Un service public malade

© Louiza Ammi/Liberté

Par : BAOUNI Tahar                                         

Les transports en Algérie souffrent, et par conséquent, font souffrir les usagers et rendent leur fréquentation de plus en plus malaisée. Plusieurs facteurs concourent pour donner aux transports d’Alger l’image désolante que tout le monde déplore. L’organisation tout d’abord, qu’elle soit au niveau central ou local, et qui est noyée dans l’enchevêtrement des missions et la dilution des responsabilités. L’offre ensuite, certes renforcée par l’apport des privés, et surtout par la mise en service du métro, du tramway, du transport par câble et par la modernisation du train de banlieue. Elle reste néanmoins insuffisante sur les plans coordination et qualité de desserte. Le réseau de voirie, enfin, qui arrive difficilement à répondre aux sollicitations des usagers, saturé qu’il est à longueur de journée.
L’engorgement des routes et la congestion de la voirie constituent à eux seuls un problème crucial dans l’agglomération, et spécialement dans son centre. Leurs effets se manifestent par une dégradation des conditions de déplacement, un allongement des temps de parcours, une détérioration des conditions de transport, l’empiètement des piétons sur l’espace dévolu à la circulation automobile, les dangers auxquels ces piétons sont confrontés, les interactions assez nombreuses entre les usagers et les moyens qu’ils utilisent, sur un espace restreint et non extensible à satiété. 
La croissance spatiale de l’agglomération, qui allonge considérablement les distances, aggrave également les inégalités en infrastructures. Aux flux de voyageurs de la ville centre, s’ajoutent donc les migrations couronnes-centre (intra-urbaines) que les autorités ne peuvent accompagner, compte tenu de l’indigence des services publics et de la dispersion des responsabilités, déjà mentionnée et qui est due aux chevauchements des missions des uns et des autres, que ce soit au niveau central ou local. Dans la mesure où il est reconnu comme à l’origine de la plupart des dysfonctionnements et des principaux décalages entre l’offre et la demande de transport, l’étalement urbain qui a encore de belles réserves devant lui, risque de creuser encore davantage cet écart. Si on lui ajoute l’étalement temporel, engendré par l’enchaînement des activités dans la journée et la multiplication des interactions sociales, il est vraisemblable que la mobilité va continuer à croître et tentera désormais de s’affranchir des contraintes qui la limitent.  Cet effort n’ira pas sans heurt si la qualité de service des transports collectifs (TC) continue à afficher des indices négatifs et à susciter des réactions mitigées des usagers, qui trouvent, tel que le montrent les différentes enquêtes réalisées par l’équipe de Transport et mobilité urbaine (TMU) de notre laboratoire, que le niveau de service de ces TC laisse encore à désirer, en dépit de l’amélioration apportée et à la contribution massive des transports collectifs sur site propre (TCSP).
Accéder à n’importe quelle destination dans n’importe quelle partie de la ville, a fortiori quand il s’agit de zones pas ou mal desservies par les TC constitue une véritable gageure pour la population, en particulier celle dont les moyens ne lui permettent pas de disposer d’un véhicule individuel, et la rend donc tributaire de ses jambes pour se déplacer ou carrément captive de sa sédentarisation. L’incapacité, qu’elle soit physique ou financière, de se déplacer en toute liberté entraîne une privation et constitue un frein à toute tentative d’évasion de cette sédentarisation forcée. On ne le répètera jamais assez, tant il est évident que la situation des transports est critique du fait des différents maux chroniques dont ils souffrent. Car, personne ne peut nier que les transports collectifs à Alger sont malades.
Malades d’une gestion qui peine encore à se concerter, à rationaliser ses objectifs, à coordonner ses moyens et ses interventions et qui continue à privilégier les actions par à-coups au détriment d’une démarche prospective. Malades d’une organisation qui ne trouve pas encore ses repères malgré la promulgation de lois et de décrets qui ne trouvent aucun écho sur le terrain. Malades d’une concurrence où ils n’ont pas souvent le beau rôle face à une voiture particulièrement vorace et qui ne connait pas ses limites, malgré les effets pervers qu’elle engendre. Malades des contraintes auxquelles ils sont assujettis qui pénalisent leurs parcours et réduisent leur efficacité et la qualité de service. Malades de leur propre incapacité à faire profiter l’usager des performances des moyens à disposition, tant la notion de coordination, qu’elle soit spatiale, physique ou tarifaire, n’a pas fait encore son chemin dans les esprits et encore moins dans les pratiques. 
Les usagers interrogés lors des enquêtes effectuées par le laboratoire VUDD se sont tous accordés à confirmer ce diagnostic. En effet, ils sont unanimes pour dire que dans la situation actuelle, les TC ne rendent pas convenablement le service d’utilité publique qui est leur raison d’être. Englués dans les embarras de la circulation, ils sont souvent à l’arrêt, ce qui réduit de beaucoup la vitesse à laquelle ils circulent. Par ailleurs, leur manque de régularité et les temps de parcours assez longs sur des itinéraires tendant à s’allonger ne les prédisposent pas à être suffisamment performants pour se substituer à la voiture particulière (VP), et encore moins à la supplanter sur son territoire incontestable.
Mais ils sont également d’avis qu’il suffit de peu pour que les TC puissent redorer leur blason, tant les efforts qui ont été déjà faits jusqu’à présents sont porteurs d’espoirs.La mise en service des TCSP et la tentative de déploiement de leur réseau à travers les zones de la ville les plus denses, même si elle n’est qu’à ses débuts, a déjà permis un bond positif dans la prise en charge de la demande des usagers sur les axes desservis, et ce, dans des conditions d’efficacité et de confort jamais égalées.
L’efficacité du système de transport ne pourra être véritablement effective qu’à partir du moment où la coordination de tous les modes à disposition, y compris la VP (puisque l’évincer est franchement utopique), devient le moteur de son fonctionnement. À cet égard, les solutions à mettre en œuvre dans les nouveaux concepts de multimodalité et d’intermodalité désormais adoptés pour désigner la nouvelle politique des transports mise en œuvre à Alger à la faveur de l’émergence des TCSP comme les pôles d’échanges, les parking-relais, l’information multimodale pour le bénéfice des voyageurs, la création de tarifs intermodaux, etc. permettent de rehausser l’achalandage des TC, et du coup, l’amélioration des conditions de mobilité de la population. Pour cela, la mise en place d’une architecture institutionnelle est plus à même d’unir aussi bien les objectifs que les moyens à mettre pour les atteindre. Il s’agit en l’occurrence de l’Autorité organisatrice des transports (AOT), dont le statut, les responsabilités et le champ d’intervention ont déjà été fixés depuis la promulgation de la loi n°01-13 du 7 août 2001 portant organisation des transports terrestres. Après plus d’une décennie, les jalons de la mise en place de cette AOT ont été enfin posés avec l’espoir qu’elle pourra contribuer à réguler le transport à Alger, et mettre fin à l’anarchie qui y règne actuellement en maître incontestable et incontesté.


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