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A la une / Contribution

Sport universitaire

Un système de formation obsolète

© D.R

Par : Saïd Mouas
Ancien inspecteur formateur, auteur

“Il est temps aujourd’hui de clarifier et de réorganiser l’offre de formation conduisant aux métiers du sport. L’inadaptation du système de formation sportive est à l’origine de la faible “employabilité” sur le marché du travail.”

L’Université, minée par le poids des effectifs et l’inadéquation formation-emploi, se trouve à la croisée des chemins. Contrainte d’opérer sa mue, elle doit être à l’écoute des bouleversements mondiaux pour s’adapter et s’intégrer fortement dans l’évolution de l’économie nationale. Notre propos dans cette analyse concerne une discipline qui semble, plus que tout autre, souffrir des avatars d’une politique de formation universitaire qui a privilégié la quantité au détriment de la qualité. Elle est présente dans la nomenclature des spécialités sous l’intitulé “Sciences et techniques des activités physiques et sportives”. Il existe aujourd’hui 23 instituts d’éducation physique et sportive chapeautés par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et rattachés à des pôles universitaires. S’agissant d’une discipline qui requiert beaucoup de moyens et sachant qu’un centre accueille entre 500 et 1 000 étudiants dans la filière, il est facile d’imaginer l’ampleur de la tâche en termes d’équipements et d’infrastructures. Et c’est là où le bât blesse. Un doyen d’un institut des sports déclarait, il y a peu, que la formation dans ce domaine précis nécessite plus que des ballons ou des filets, comme le pensent certains responsables du ministère. 

Problématique 
Une des missions fondamentales de la politique sportive nationale vise à promouvoir les métiers du sport et à développer l’emploi sportif. Depuis l’indépendance et jusqu’à la promulgation du code de l’EPS en 1976, le système de formation en Algérie s’est appuyé essentiellement sur les Creps et le Cneps de Ben Aknoun (Alger) pour pourvoir les différentes structures du mouvement sportif national d’un encadrement qualifié. Les programmes de formation s’inspirant du modèle français étaient d’un bon niveau, soutenus par une infrastructure sportive pédagogique répondant aux normes internationales. Contrairement à ce qu’on peut penser, les besoins pressants en personnels à cette époque n’ont pas influé sur la qualité des enseignements prodigués dans les centres de formation sous tutelle du ministère de la Jeunesse et des Sports, lesquels ont permis de renforcer le marché de l’emploi sportif par des éducateurs et des techniciens de grande valeur. Dès 1978, la réforme de la formation sportive s’est orientée vers une spécialisation plus accrue de l’encadrement avec l’ouverture de l’ISTS (Institut supérieur technologique des sports) et des ITS (substituts des anciens Creps). Ces pôles de formation ont, certes, relancé la dynamique sportive en insufflant un nouveau souffle aux structures d’animation et de gestion, mais leur impact, avec le temps, a révélé nombre de dysfonctionnements liés en grande partie à l’incompatibilité des profils de formation par rapport à la demande exprimée sur le marché du travail.

Exemple des spécialistes issus de ces centres mutés dans des fédérations ou clubs pour assurer des tâches autres que celles pour lesquelles ils ont été formés. Par ailleurs, l’intégration des enseignants d’EPS au sein du ministère de l’Éducation nationale intervenue en 1981 a provoqué une sérieuse hémorragie de personnels pédagogiques sportifs au niveau des établissements scolaires, à telle enseigne que le ministère de l’Éducation, afin de parer au plus pressé, s’est engagé par le truchement des ITE (Instituts technologiques de l’éducation) à combler le vide laissé et ce, en ouvrant des sections “sport”. Une alternative conçue dans l’urgence qui a fatalement déteint sur le niveau de qualification des futurs PEM en éducation physique et sportive, d’autant plus que ni les ITE ni les collèges d’enseignement n’avaient les moyens infrastructurels et le matériel adéquat pour dispenser un enseignement de qualité. Parallèlement et pour sa part, l’ENS de Mostaganem a fait mieux en instituant une licence en éducation physique pour les besoins des lycées et des CEM. Sauf que là aussi le domaine pédagogique a souffert du manque de moyens idoines à cette formation spécifique qui, sous d’autres cieux, bénéficient de centres spécialisés hautement équipés et de staffs triés sur le volet. Par la suite sont venus les instituts ou facultés des sports créés dans plusieurs universités du pays en l’espace d’une dizaine d’années et qui ont formé à tour de bras des centaines de professeurs de sport, d’assistants, de maîtres assistants et de docteurs en EPS. 

Une élite formée à grands frais dans des universités dépourvues pour la plupart de moyens modernes, s’agissant d’une discipline qui embrasse un large éventail de sciences, mais qui est restée (l’élite) confinée dans des activités théoriques sans impact sur la mouvance sportive nationale. Forte d’une pléthore de hauts diplômés, la formation sportive universitaire commence cependant à battre le pavé pour revendiquer des postes de travail dans le cycle primaire de l’éducation nationale.  Les marches des chômeurs des instituts de Constantine et de Boumerdès sont significatives du malaise qui frappe la formation sportive dans notre pays. 

Il est temps aujourd’hui de clarifier et de réorganiser l’offre de formation conduisant aux métiers du sport. L’inadaptation du système de formation sportive est à l’origine de la faible “employabilité” sur le marché du travail. Le but de ce colloque est de cerner au plus près cette problématique en identifiant les freins et les tendances actuelles en matière de formation aux métiers du sport. Une harmonisation des programmes de formation et une meilleure approche des profils adaptés aux besoins sociaux, culturels et économiques du pays constituent des objectifs à atteindre afin de surmonter la crise actuelle. Autrement dit, il s’agira de réaliser un portrait statistique de l’emploi sportif au sens large du terme, c'est-à-dire intégrant tous les métiers du sport existants et ceux au potentiel affirmé comme les métiers de l’industrie du sport, la commercialisation des articles de sport, la médecine sportive, la maintenance des installations, le marketing sportif, la gestion des évènements, la construction, la communication et la publicité et la presse sportive, etc. Un état des lieux nécessaire pour avancer et donner plus de visibilité aux actions de formation et leur corollaire le travail sportif. Le niveau et le style de vie de la population algérienne ont profondément changé avec l’intrusion de la civilisation des loisirs dans nos mœurs ; une nouvelle stratégie de la formation sportive adossée aux besoins de la société est envisageable, et ce colloque pourrait être le prélude à cet indispensable changement. 

Des objectifs basés sur les données du terrain
Cette radioscopie permettra de dresser un état exhaustif des lieux en matière de formation sportive afin de : 
- Adapter et actualiser la formation sportive aux besoins induits par le développement des activités physiques et sportives en Algérie.
- Harmoniser les contenus d’enseignement pour tous les profils et types de formation dispensés par les établissements sous tutelle du ministère de la Jeunesse et des Sports et le ministère de l’Enseignement supérieur ainsi que les fédérations sportives ou le comité national olympique.
- Établir des critères d’appréciation pour déterminer la qualité des niveaux de formation sportive quelle que soit la structure ayant sollicité l’autorisation d’organiser un cycle de formation aux fins de validation par le ministère de la Jeunesse et des Sports.
- Subordonner la délivrance des titres et diplômes afférents aux postes d’encadrement des activités physiques et sportives au strict respect des textes et lois définissant la formation sportive et para-sportive. 
Pour atteindre ces buts, un protocole de moyens permettra de dégager l’ensemble des indicateurs qui illustrent la réalité du terrain dans les différentes composantes inhérentes au système de formation sportive et ce à travers une collecte d’informations concernant la totalité des centres de formation aux plans des ressources matérielles et infrastructurelles (volet technique) et des ressources humaines (volet pédagogique). Le volet post-formation bénéficiera, pour sa part, d une attention sous forme d’un suivi constant afin de mesurer le degré d’intégration sur le marché de l’emploi des sortants des instituts (adéquation formation - emploi). Envoi, donc, à chaque établissement de formation (ISSTS, ITS et facultés sportives) d’un formulaire-questionnaire comportant trois volets (technique, pédagogique et post-formation). Les points foliotés selon le chapitre feront l’objet d’une élaboration par les services du ministère d’un dossier englobant les trois chapitres.

Une fois les formulaires remplis et après une pré-exploitation des données récoltées par une commission d’évaluation composée de deux à trois personnes désignées par le ministre et ce sur une courte période de près d’un mois, ladite commission sera ensuite appelée à visiter les établissements de formation afin de confronter in situ les informations fournies sur formulaires. Informations qui pourraient être confortées par des interviews avec les étudiants et professeurs et le recueil d’exemplaires de mémoire de fin d’études qui seront consultés (le mode d’appréciation reste à déterminer) pour situer le niveau d’aptitude des stagiaires et le niveau de compétence de l’encadrement. S’agissant du volet “post-formation”, chaque établissement de formation devra veiller au suivi du produit de la formation jusqu’à son insertion dans le monde du travail, une traçabilité maintenue grâce aux coordonnées contenues dans le dossier des étudiants en fin de cursus (téléphone, e-mail, adresse du domicile…). 

Ce feedback permettra entre autres d’évaluer l’efficacité du système de formation et d’en mesurer l’impact sur le marché de l’emploi (régulation). Par ailleurs, force est d’admettre que la quasi-totalité des instituts sportifs néglige l’aspect pédagogique pratique et vit en vase clos, alors que ces instituts sont censés s’ouvrir aux jeunes talents sportifs pour des regroupements ou des séances pratiques à l’intention des classes d’élèves activant dans l’environnement immédiat. 

Une formation pragmatique qui constitue l’essence même de tout enseignement fondé sur la relation dialectique entre le savoir, le savoir-faire et le savoir-être. Des dispositions essentielles et mesurables dont doivent se prévaloir les futurs cadres sportifs. À l’issue de cette grande enquête nationale sur l’état de la formation sportive en Algérie et des enseignements que l’on pourra en tirer, il me paraît nécessaire, pour avancer, de réfléchir à l’organisation d’un pré-séminaire national regroupant tous les partenaires et utilisateurs du produit de la formation sportive (cadres du MJS, éducation nationale, universités et fédérations nationales) pour préparer une conférence méditerranéenne sur les métiers du sport qui pourrait se tenir à Oran dans le cadre des JM 2022. 


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