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Les Îles Malouines

Un territoire pris de force par le Royaume-Uni

© D.R.

Par : Daniel FILMUS                                                           
Secrétaire argentin pour les îles Malouines

Au moment où les Algériens s’apprêtent à commémorer le 66e anniversaire du déclenchement de la Révolution du 1er Novembre 1954, je voudrais partager les vifs sentiments d’émotion qui unissent les peuples algérien et argentin lorsqu’il s’agit de défendre des valeurs communes, liées à des fibres intimes qui déterminent leur identité nationale. En effet, ce mois de novembre est également une date spécialement importante pour notre revendication historique et ininterrompue sur les îles Malvinas car il y a deux cents ans, le 6 novembre 1820, nous y avons hissé pour la première fois le drapeau argentin. Cet acte de possession fait partie d'une longue série de mesures adoptées depuis l’origine de la Nation argentine en 1810 visant à consolider l'occupation effective des îles. De plus, l’année 2020 marque le 500e anniversaire de la découverte des îles par l'un des navires appartenant à l'expédition de Magellan organisée par l'Espagne. 

Depuis son indépendance du royaume d'Espagne, dont notre pays a hérité les droits souverains sur lesdits territoires par succession d’États, l’Argentine a exercé pleinement sa souveraineté sur les îles, et ce, jusqu'au 3 janvier 1833 quand le Royaume-Uni, en pleine expansion coloniale, a chassé par la force les représentants du gouvernement argentin et y a établi une autre population, provenant de la métropole.  Cette usurpation, effectuée en temps de paix et sans déclaration de guerre, n’a jamais été consentie par l’Argentine. Depuis lors, et au cours des 187 années suivantes, l’Argentine n’a cessé de réclamer la restitution du plein exercice de sa souveraineté sur les îles. 

Pour cette revendication, le soutien de la communauté internationale a été fondamental. À la déclaration à l’unanimité et rapide des pays de l’Amérique latine en faveur de la position argentine, s’est ajouté, au fur et à mesure que la communauté internationale s’organisait dans différents forums multilatéraux, le soutien d'autres groupes régionaux. Cet appui concordant a permis ultérieurement l’adoption de différentes résolutions liées directement ou indirectement à la question des îles Malvinas au sein de l’Organisation des Nations unies. Ainsi, en 1960, la résolution 1514 (XV) de l'Assemblée générale intitulée “Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux” a joué un rôle fondamental dans les processus de décolonisation. Cette résolution appuie la position argentine, tout en consacrant le principe de l'intégrité territoriale. Elle affirme également que les populations ayant droit à la libre détermination sont les peuples soumis à la subjugation, à la domination et à l'exploitation étrangères et que, par conséquent, les populations implantées par la puissance coloniale, comme c'est le cas des îles Malvinas, ne sont pas considérées comme des sujets actifs de ce droit. 

En 1965, ladite Assemblée a approuvé la résolution 2065 (XX), la première résolution spécifique concernant la question des îles Malvinas, ce qui a été un événement marquant pour la revendication argentine. Avec cette résolution, la communauté internationale reconnaît le différend de souveraineté territoriale entre l’Argentine et le Royaume-Uni, et invite les deux parties à poursuivre, dans les plus brefs délais, les négociations bilatérales dans le but de trouver une solution pacifique au différend. Il faut bien souligner que depuis l’année 1965 et ce, jusqu’en 1988, l’Algérie a voté en faveur de toutes les résolutions de l’Assemblée générale concernant la question des îles Malvinas. Depuis 1989, cette question n'est traitée que par le Comité spécial de la décolonisation, organe subsidiaire de l'Assemblée générale.

Le soutien que l'Algérie a apporté à l'Argentine s'est manifesté non seulement aux Nations unies, mais également à travers des déclarations adoptées lors de différents forums, tels que le Groupe des 77 et la Chine, le Sommet Afrique-Amérique du Sud (ASA) et Amérique du Sud-Pays arabes (ASPA). Par ailleurs, l'Algérie est membre de l'Union africaine, avec laquelle la République argentine partage des préoccupations, des défis et des engagements similaires contre le colonialisme et pour le respect de la souveraineté et du règlement pacifique des conflits. 

Il est important de signaler que la question des îles Malvinas présente des caractéristiques particulières : elle concerne un territoire pris par la force par le Royaume-Uni, avec des déplacements de population, l'implantation d'une nouvelle population, des restrictions à l'immigration et à l'acquisition de terres et des protestations répétées de l'Argentine contre cette occupation illégale. Bien que le Royaume-Uni invoque le droit à la libre détermination, les Nations unies ont catégoriquement écarté en 1995 cette proposition, tout en rejetant par une large majorité deux amendements britanniques visant à introduire des références à ce principe dans le projet de résolution approuvée par l’Assemblée générale. Toutefois, le Royaume-Uni persiste dans son comportement et ne répond pas à l'exhortation de la communauté internationale à reprendre les négociations sur la souveraineté. Bien qu'il fonde sa position sur une prétendue application du principe de la libre détermination des peuples, les intérêts économiques et géopolitiques qui justifient son intention de perpétuer son contrôle dans l'Atlantique Sud sont de plus en plus évidents. 

Pourtant, la présence militaire sur les îles Malvinas est contraire, entre autres dispositions, à la résolution 41/11 de l'Assemblée générale qui a établi en 1986 la “Zone de paix et de coopération de l'Atlantique Sud”. En outre, cette présence militaire est totalement disproportionnée par rapport à la capacité des forces argentines. Il est également évident que l’Argentine ne peut être considérée comme une menace latente : de nos jours, son engagement en faveur de la démocratie, du respect du droit international et du règlement pacifique des controverses est indéniable.

En outre, l'exploration et l'exploitation des ressources naturelles dans une vaste zone de l'Atlantique Sud occidental — extrêmement riche en hydrocarbures, en ressources halieutiques, minières et en biodiversité — vont clairement à l’encontre de la résolution 31/49 sur la Question des îles Malvinas, approuvée par ladite Assemblée générale en 1976, et ont été condamnées par de nombreuses déclarations des organisations régionales, y compris le Groupe des 77 et la Chine. Pour finir, je tiens à mentionner qu'au mois de février de cette année, j'ai eu l'honneur de participer à la 33e session ordinaire du Conseil exécutif de l'Union africaine à Addis-Abeba, où j'ai reçu le soutien de différents pays africains quant à la position de l'Argentine. J’ai également transmis ce soutien à Maurice en ce qui concerne l’affaire de l’archipel de Chagos, car il n’y a plus de place pour le colonialisme au XXIe siècle et le mandat des Nations unies doit être respecté par tous ses membres. Forts de cette conviction, nous continuons à travailler aussi bien au sein des Nations unies que dans d’autres forums multilatéraux.

La question des îles Malvinas, en tant que situation spéciale et particulière, demande inévitablement que les deux parties en conflit reprennent les négociations pour trouver une solution rapide et définitive. Le succès de la revendication de souveraineté de la République argentine sur les îles exige la construction d'un consensus mondial sur le besoin de mettre fin au colonialisme. Pour cela, nous comptons sur l’appui de la communauté internationale et notamment sur les peuples qui, à l’instar du peuple algérien, ont payé un lourd tribut pour acquérir leur indépendance. À l’occasion de cet anniversaire de la Révolution du 1er Novembre 1954, je félicite le courage du peuple algérien et je formule mes vœux pour que les liens d’amitié entre nos deux pays continuent de se resserrer au profit des générations présentes et futures.


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