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A la une / Contribution

La dépendance à Internet ou la cyberdépendance

Une réalité sociale et un vrai problème de santé publique ?

Une nouvelle dépendance fait son apparition sur le Net : se shooter aux sons. ©D.R.

Un billet paru dans le Radar de “Liberté” du 14 juillet dernier a attiré mon attention. Il évoque “les drogues numériques” et tire la sonnette d’alarme sur “une nouvelle forme de toxicomanie” qui constituerait un danger pour notre pays. En voici un extrait : “L’Algérie est en proie à une nouvelle forme de toxicomanie”.

Un rapport de la Gendarmerie nationale, fondé sur des investigations des brigades de protection des mineurs relevant des groupements territoriaux, en fait des révélations inquiétantes. Selon notre source, il s’agit des drogues numériques (appelées également drogues électroniques) et qui menacent les jeunes et les moins jeunes. nPour alarmiste que soit ce billet et pour inquiétantes que soient les révélations de la Gendarmerie nationale, les drogues numériques ou électroniques ne constituent nullement une menace pour les jeunes Algériens et ne sont en réalité — c’est l’avis des spécialistes — qu’une vue de l’esprit. Il n'y a pas d’addiction, de dépendance avérée ou prouvée à ce “produit numérique”. Il s'agit de morceaux de sons (non pas de musique) vendus sur le Net, de durée plus ou moins variable, qui mettraient — du fait de leur fréquence — les personnes qui les “consomment” dans un état de dépendance semblable à celui obtenu par les drogues traditionnelles. Rien n’est moins vrai car aucune étude n’est venue étayer cette assertion ; les autorités sanitaires des pays, occidentaux notamment, qui se sont penchés sur cet hypothétique danger, n’en font aujourd'hui plus cas. Cette supposée addiction — qui n’est pas à classer dans la cyberdépendance, il faut le rappeler — n’existe donc pas et les jeunes Algériens peuvent tout au plus être abusés financièrement. A contrario, la cyberdépendance et la dépendance aux toxiques tels que les psychotropes, le haschich, la cocaïne ou encore l'héroïne, constituent une réalité grandissante en Algérie. Il faut leur attacher plus d’importance et un travail pédagogique soutenu — de conscientisation — est à faire dans ce domaine ; les médias nationaux sont timides à ce sujet et ne font pas assez pour éveiller les potentiels usagers de ces drogues, en particulier les plus jeunes, aux dangers qu’ils encourent en les consommant.
Pour autant, l’Algérie, qui était jusque-là — pour des raisons de situation géographique — une zone de transit pour le trafic des stupéfiants, devient présentement un client. Des indices montrent, en effet, que le trafic international de drogues s’intéresse avec insistance à notre pays. Et pour cause, il constitue une véritable opportunité pour le développement d’une consommation locale. Les narcotrafiquants ont bien compris que la précarité sociale est le terreau idéal et que les jeunes Algériens, en souffrance, sont de ce fait des proies faciles. Les prises de stupéfiants, de plus en plus nombreuses, réalisées à nos frontières par les services des douanes et de sécurité ne sont en réalité que la partie visible de l’iceberg. L’Algérie est dans une situation de fragilité et les conduites addictives aux substances, mais également (et de plus en plus) au Net, constituent une réelle menace à laquelle les pouvoirs publics algériens doivent sérieusement se préparer.
Voici quelques explications pour rendre mon propos intelligible aux lecteurs. Le terme addiction est un mot d’origine anglaise. Il est le correspondant français de la dépendance qui veut dire que le sujet est en état d’asservissement, d’esclavage, à une drogue dont — après un usage répété — il ne peut plus se passer, quand bien même il en a la volonté. L’usage de la substance est toujours générateur de plaisir et le consommateur a une tendance irrésistible à y retourner ; pour retrouver ses effets apaisants ou stimulants mais surtout pour éviter le malaise que pourrait engendrer son interruption. L’état de manque ou le syndrome de sevrage. Il est alors question de conduite addictive ou de toxicomanie. À ce stade, il y a une véritable relation de subordination à la substance et la personne dépendante a déjà perdu sa liberté.
Les addictions sont de plusieurs types et leurs conséquences variables selon la substance consommée. Tabac, alcool, tranquillisants (psychotropes), cocaïne, héroïne, amphétamines et autres produits de synthèse aux effets ravageurs, engendrent, du fait de leur consommation durable, des désordres physiques et psychiques souvent graves, qui peuvent, dans bien des cas, provoquer la mort. Mais il existe d’autres formes d’addiction ; celles qui sont notamment liées à certaines activités ou comportements. Les addictions aux jeux sont de celles-là. Elles sont connues depuis toujours, des pratiques très anciennes qui concernent, à l’instar des dépendances aux substances, toutes les catégories sociales. Il s’agit généralement de jeux de cartes comme le poker ou encore des jeux de hasard comme ceux qui sont proposés dans les casinos. Ces jeux sont aujourd’hui virtuels et se pratiquent sur le Net. Ils occasionnent une autre forme d’assujettissement, la cyberdépendance. Il y a également des personnes qui sont “addicts” aux jeux vidéo, en particulier les enfants (les consoles de jeux), et au sport. “Les drogués sans drogues”.
Pourquoi est-on dépendant ? Chacun de nous possède dans le cerveau un système de récompense et de plaisir. C’est un système actif qui sait tirer profit de ce qui nous entoure, de notre environnement quand il est possible de prendre du plaisir. Ce système qui est couplé avec la mémoire — et qui n’oublie pas les expériences antérieures agréables (et désagréables) — est capable d’inhiber toutes les autres fonctions et activités du cerveau pour ne se consacrer qu’à la recherche du plaisir, en particulier quand une ou des expériences antérieures ont déjà permis de rencontrer cette sensation agréable. La nourriture, le sexe, les drogues et les souvenirs qui leur sont liés sont les priorités de ce système. C’est pourquoi la personne dépendante est entièrement prisonnière de cette logique de recherche du plaisir. Tant que ce plaisir n’est pas satisfait, une tension intérieure et un malaise profond habitent l’individu. Toutefois, pour rassurer les lecteurs, il faut souligner que si chacun de nous possède ce système de récompense, fort heureusement pour des raisons de fonctionnement (de dysfonctionnement) la conduite addictive ne concerne que certains individus. Il y a, en effet, une prédisposition individuelle. Tout le monde ne devient pas dépendant (addict) au jeu ou à une substance, quand bien même la rencontre entre l’individu et la drogue ou le jeu a lieu. C’est le système de récompense qui fait que l’individu est prédisposé ou non à devenir dépendant. Tout dépend d’une “hormone”, la dopamine, qui est indispensable au fonctionnement de ce système de plaisir. Sa concentration — sa présence en grande ou en petite quantité — dans notre système nerveux nous protège ou nous rend vulnérable.
Schématiquement, les choses se passent ainsi. Quand la concentration de la dopamine est faible, le sujet a tendance à vouloir l’augmenter parce qu’il est anxieux, n’est pas bien et qu’il manque de dynamisme. Dans sa quête du bien-être, il peut faire la mauvaise rencontre et faire l’expérience avec les copains d’un joint de haschich par exemple. Le cannabis, par un mécanisme neurochimique particulier, permet la libération de cette hormone, la dopamine. Le sujet se sent bien. Son système de récompense met cette sensation en mémoire et désormais, dès que cet effet s’est épuisé, il sait comment l’obtenir.
Même si les mécanismes ne sont pas tout à fait les mêmes pour toutes les substances, héroïne, cocaïne, morphine, amphétamines agissent de la même façon avec une plus ou moins grande libération de dopamine. Une mécanique qui se produit particulièrement chez les sujets qui ont un bas niveau de cette hormone dans le système nerveux. C’est pourquoi ces derniers sont prédisposés et qu’une première rencontre avec la substance peut être le point de départ de l’addiction. La prise répétée de la substance engendre à terme un épuisement de l’effet “bénéfique”. C’est la tolérance. Pour obtenir le même effet de plaisir, il faut augmenter les doses et la fréquence des prises de la drogue. C’est l’accoutumance.
Quand l’individu fait l’expérience de la bonne rencontre, avec par exemple l’activité physique et le sentiment de bien-être que celle-ci lui procure, il a tendance à renouveler ce comportement. Pourquoi ? Parce que durant l’effort, le sujet fabrique de l’adrénaline (une autre hormone) mais il fabrique aussi des endorphines cérébrales (des substances semblables chimiquement à la morphine) qui lui procurent le sentiment de bien-être observé à la suite de cet exercice physique.
 
Cela se passe ainsi avec le marathonien ou encore les sportifs de performance. Le même phénomène est observé à l’occasion des jeux sur le Net ou encore de certains sports de l’extrême, comme le saut à l’élastique ou l’escalade. Des situations de challenge qui mettent en état de tension et d’excitation les individus, avec libération importante d’adrénaline (le cœur bat, la gorge est nouée, etc.) — le shoot à l’adrénaline —, en réalité le shoot aux endorphines avec la sensation de plaisir et de détente qui accompagne l’activité sportive en question. Des drogués aux jeux et de drogués au sport. Ces derniers sont à l’abri de l’addiction aux substances et à Internet. Le sport est, sans doute, meilleur pour la santé. De ce point de vue-là, chacun peut en convenir mais il est utile de le rappeler.
L’addiction sans substance participe donc de la même logique que la dépendance aux stupéfiants. Si l’on prend l’exemple du jeu, le point de départ réside dans le plaisir que procure le gain d’argent. Le sujet est content, excité, euphorique dans les suites immédiates de la victoire ou du gain. Une émotion et une expérience singulières que le sujet veut naturellement reproduire. Le gain et/ou la victoire ne sont pas toujours au rendez-vous mais, parce que la sensation de plaisir est déjà inscrite dans la mémoire et qu’elle est couplée à l’idée d’un possible nouveau succès, la tension monte, l’excitation et l’euphorie avec, à chaque nouvelle expérience. Si le but est atteint, le plaisir est à son comble. Dans le cas contraire, la frustration et le malaise intérieur, qui font suite à l’échec, poussent le sujet à renouveler inlassablement le comportement. Plus tard, celui-ci (le comportement) évolue pour son propre compte, le gain n’ayant plus vraiment d’intérêt et la répétition de l’expérience suffisant, à elle seule, à créer l’état d’euphorie et d’excitation attendu. C’est ce qui se passe chez les enfants qui triturent pendant des heures leurs consoles de jeux pour venir à bout d’un virtuel adversaire à vaincre.
Les jeux de cartes et/ou de hasard amènent souvent, si ce n’est toujours, les sujets — les adultes — à la consommation simultanée de substances, notamment le tabac, l’alcool, le haschich ou encore la cocaïne, qui sont rendus disponibles dans ces cas. En somme, un usage presque ordinaire quand le jeu se déroule en groupe, dans des espaces dédiés, clandestins, en dehors de la légalité. L’addiction au jeu se complique dans ces cas d’une ou plusieurs dépendances à des substances. Bien sûr, cela n’est pas systématique, les personnes dépendantes aux jeux ne le sont pas toutes forcément à d’autres drogues. Quand bien même ces situations de poly-addictions sont fréquemment observées. Il est indispensable de souligner que l’addiction au jeu est aussi féroce que celle aux substances et qu’elle constitue une véritable maladie. Les spécialistes parlent d’ailleurs de “jeu pathologique”, de ludopathie. À titre d’exemple, en France, 1 à 3% de la population adulte est dépendante au jeu sur le Net, avec une plus grande fréquence pour les sujets de sexe masculin (90%). Des sujets qui souffrent de cette situation, qui ont le sentiment d’avoir perdu leur libre arbitre et qui ne peuvent pas choisir de s’abstenir de jouer. Une véritable aliénation. 20% des sujets ont été concernés, dans ce pays, par des tentatives de suicide et 20% ont commis des délits. La dépendance au jeu est un problème de psychopathologie individuelle mais est aussi un véritable problème de société.
Aujourd’hui, la Toile (Internet) occupe une place importante dans la vie quotidienne des personnes. Ces dernières ont la possibilité, grâce à ces nouvelles technologies de l’information et de la communication, de communiquer d’une partie à une autre du monde en temps réel. Internet offre un accès rapide au savoir et à une somme de connaissances infinie. Voilà des arguments irrésistibles pour aller vers cet instrument… avec les inconvénients qui y sont inhérents. À titre d’exemple, une étude de l'EIAA (European Interactive Advertising Association) a montré que 83% des sujets ont au moins une activité en ligne pour la recherche et la consultation des mails, pour les réseaux sociaux ou encore la messagerie instantanée et le téléchargement de musique. Cela n’est, bien sûr, pas de l’addiction mais la question qui se pose aujourd’hui est de savoir si les sujets — les jeunes particulièrement — ne sont pas, à la faveur des nombreux jeux qui se développent sur la Toile, piégés et amenés progressivement à être accros à Internet ? La question est de savoir aussi si l’accès à l’information et au savoir — ainsi que l’accès aux réseaux sociaux — constituent les réelles motivations qui accrochent les jeunes à leur ordinateur, ou est-ce seulement un leurre ? Ce qui est sûr, c’est que le tabac, l’alcool, le haschich et les drogues dites dures n’ont plus le monopole de la dépendance.
La cyberaddiction est une réalité médicale et sociale. En Suisse, premier pays à créer des groupes de rencontre pour les “drogués d’Internet”, 3% des abonnés (50 000 personnes) en sont victimes. Notre pays, avec la démocratisation progressive de l’accès à Internet ne peut pas ne pas connaître ce genre de problème. Une enquête réalisée par une équipe de psychologues de l’établissement public de santé de proximité de Bouzaréah (Alger), dans six communes de la wilaya d’Alger, a montré que les enfants et adolescents algérois qui ont accès à Internet en sont accros. Cette enquête — qui a été rendue publique en mai 2015 et qui a porté sur un échantillon de 14 822 enfants et adolescents âgés entre 8 et 22 ans, scolarisés dans des établissements algérois — a révélé que 82% des sujets interrogés sont des utilisateurs d’Internet et que 33% en sont dépendants. Les enquêteurs, qui ont noté chez ces sujets la présence de troubles du comportement et de troubles nature dépressive, n’ont pas manqué de noter la gravité de ce phénomène.
Comment le jeu sur le Net peut engendrer une conduite addictive, une cyberdépendance ? Le jeu en soi ne pose pas de problème. C’est celui qui joue et l’environnement dans lequel se déroule ce jeu qu’il faut questionner. En effet, nous ne sommes pas cyberdépendants dans l’absolu. Cela veut dire que nous ne devenons pas esclaves de notre ordinateur ou d’Internet mais plutôt des prestations qui y sont proposées, en particulier si notre système de plaisir et de récompense nous rend plus vulnérable. Plus ces prestations sont diversifiées, plus la curiosité est interpelée et le sujet motivé. Les jeux, le plaisir de gagner constituent l’une des plus fortes motivations. Les individus vont donc sur Internet pour jouer et gagner. C’est cela l’attrait et c’est là que se situe le risque de développer une addiction. Le fait de pouvoir recevoir, grâce à la 4G, un jeu sur son téléphone portable est le piège idéal. Le jeu fait intrusion chez l’individu, même quand il est en déplacement, dans le bus, le train, la voiture, etc. Le risque de l’addiction (l’incitation à…) poursuit la personne partout où elle va. C’est comme les stupéfiants qui sont mis à disposition partout dans la cité, dans le quartier, à l’école, le lycée, l’université, etc. Le risque de rencontrer l’une ou l’autre devient plus que probable. Une probabilité encore plus grande quand le sujet est en difficulté sociale, qu’il est oisif ou encore en situation de fragilité psychologique. Quand ils sont offerts gratuitement, les jeux sont faciles d’accès et le consommateur potentiel ne se fera pas prier. Si de plus, il y a de l’argent à gagner, la motivation ne peut qu’être exponentielle.
La cyberdépendance est une réalité, cela est indéniable. La question est de savoir si on est dépendant de la même façon à Internet et aux substances et si les effets sur la santé sont aussi néfastes ? La réponse est sans doute oui, dans la mesure où dans un cas comme dans l’autre le sujet perd sa souveraineté et est prisonnier d’une substance ou d’un comportement. Une étude américaine (Maryland) qui a porté sur 200 étudiants a montré qu'un sevrage de 24 heures aux réseaux sociaux et aux autres moyens modernes de communication (SMS, téléphone, e-mails, messagerie instantanée…) entraîne l'apparition de symptômes proches de ceux observés lors du sevrage des personnes dépendantes à l'alcool ou aux autres drogues. Un syndrome de manque a été noté, avec une anxiété diffuse, une agitation et une fébrilité. L’interruption de ce lien social a de plus provoqué, chez ces sujets, l’envie irrépressible d’accéder à l’objet de la consommation. Les personnes dépendantes du Net et des réseaux sociaux sont des “drogués sans drogues”. Comme le marathonien a le besoin impérieux de faire son parcours hebdomadaire ou encore l’alpiniste de faire son escalade rituelle, le cyberdépendant doit satisfaire son envie irrésistible de se connecter.
Ne faut-il donc pas s’interroger quand une personne éprouve une sensation de bien-être devant son PC, qu’il ne quitte plus au risque de porter atteinte à ses activités essentielles : étudier, aller à son travail ou encore s’alimenter et dormir ? Ne faut-il donc pas se poser de questions quand la personne éprouve une sensation de vide et est envahie par un malaise indicible quand, pour une raison ou une autre, elle n’a pas accès à son ordinateur ou à son téléphone portable ? Les conséquences sociales de la cyberaddiction sont importantes : appauvrissement de la vie sociale et perturbation des relations familiales et affectives, scolarité désordonnée chez l’enfant et vie professionnelle chahutée par l’absentéisme pour ce qui concerne l’adulte. Par ailleurs, le manque de sommeil se répercute sur l’état de santé général du sujet. Les réveils sont pénibles, la fatigue et la mauvaise humeur sont constantes. Les maux de tête et de multiples troubles musculo-squelettiques, qui sont habituels dans ces cas, empoisonnent le quotidien de ces personnes.
L’objectif des concepteurs de jeux est de vendre leurs produits. Ils ciblent deux types de clientèles : les sujets déjà piégés par leur addiction et ceux qui ne le sont pas encore. Ils ont une stratégie de marketing pour chacune des catégories de clients et connaissent sans doute ce qu’est la dépendance. Ils travaillent dans le but de la rendre encore plus féroce. Comme les fabricants de tabac, ils s’ingénient à rendre la cigarette non seulement plus attractive — par le goût notamment — mais aussi à ajouter à la nicotine les additifs qui accentueront le risque d’en devenir accro. Le développement des monnaies virtuelles (bitcoin) — convertibles en monnaies réelles — a été sans doute un tournant décisif. C’est à partir de là que l’addiction aux cyberjeux a pris, dans certains pays, une ampleur encore plus inquiétante. Le marché de ces monnaies progresse annuellement de 15 à 20%, il représenterait plusieurs milliards de dollars. Les États concernés par ce phénomène ont pris la mesure du danger. Des réflexions ont été initiées en France pour connaître le véritable impact de ces jeux et leurs conséquences, en particulier chez les jeunes. Campagnes d’information et de sensibilisation sur les dangers des jeux, limitation de l’accès à Internet et généralisation du contrôle parental sont les solutions qui ont été proposées pour réduire les risques. Le gouvernement chinois, quant à lui, a décidé d’interdire l’ouverture de nouveaux cybercafés et de réglementer strictement les monnaies utilisées dans les jeux virtuels. C’est ainsi que ce pays a décidé d’interdire le change des monnaies virtuelles, l’achat de biens de consommation avec celles-ci et de considérer comme une infraction financière toute entorse à cette réglementation. En Corée du Sud, un couvre-feu pour freiner ce phénomène a été instauré et une réduction drastique des débits, pour rendre le jeu moins attrayant, a été mise en place. Dans notre pays, l’éveil à ce risque n’est pas encore au rendez-vous. Pour autant, il est indispensable que les autorités sanitaires et sécuritaires algériennes scrutent avec plus d’attention ce phénomène. Comme pour les addictions aux substances — qui se développent doucement mais sûrement en Algérie —. La cyberaddiction n’est pas une vue de l’esprit, l’étude qui vient d’être réalisée chez les adolescents de la wilaya d’Alger montre qu’elle est une réalité qui doit être prise au sérieux. Cette étude n’est sans doute que la partie qui n’est pas immergée de l’iceberg.


M. B.
(*) Psychiatre, docteur en sciences biomédicales


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