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L’après-pandémie de Covid-19 :

Vers un nouvel ordre mondial

© D. R.

Les  pandémies,  comme  les  guerres  et  les catastrophes  naturelles majeures, sont  des  épreuves  saisissantes  :  elles  font  prendre conscience  aux hommes  et  aux  sociétés  qu’ils  sont  également vulnérables, même s’ils demeurent toujours inégalement aptes à y faire face. 

Elles sont aussi cruciales, dans la mesure où elles obligent les humains à prendre une pause afin de se remettre en question et réaliser qu’il y a, forcément, un avant et un après. Il y a, bien sûr, l’instantanéité qui exige des actes concrets, mais il y a aussi — et quelles que soient les pertes déplorées et les souffrances inégalement endurées — la nécessité de s’en détacher afin d’essayer de se préparer aux changements que l’on pourrait entrevoir au fur et à mesure que l’épreuve évolue. D’autant que ces changements n’auront pas été uniquement dus aux vicissitudes de l’épreuve mais aussi à la manière dont les humains l’auront vécue.

Je voudrais, à travers ces réflexions, essayer de montrer, sans détailler, comment l’épreuve actuelle est en train de faire apparaître un nouveau paradigme dans l’organisation de l’humanité ; que ce soit dans les rapports au sein du même pays ou entre les différents pays du monde. 

Bien  évidemment, ce  nouveau  paradigme  va  être  en  phase  avec  les progrès  technologiques que l’humanité a pu accomplir jusque-là, notamment les TIC, l’intelligence artificielle, de même que sur le plan des idées. Mais il devra aussi prendre en charge les travers, tant écologiques qu’humains, dont ne cessent de se rendre coupables ces mêmes progrès. Beijing, aujourd’hui, ne respire-t-elle pas beaucoup mieux ?!

Nouveau paradigme
Vraisemblablement,  ce  nouveau  paradigme  va  se  préciser  à  travers  trois aspects  notamment. D’abord  géopolitique, ensuite  politique  et  enfin socioéconomique. Le mouvement vers la mondialisation aidant, la pandémie semble accélérer le basculement progressif — observé depuis quelque temps déjà — du leadership mondial des USA au profit de la Chine et, ainsi, de l’Occident vers l’Orient, si bien que viendra le jour où l’on parlera de “civilisation orientale” au lieu de “civilisation occidentale” après que celle-ci eut régné sur le monde pendant plusieurs siècles.

Ce basculement se fera-t-il en douceur, sans devoir conduire, pour s’imposer, à une confrontation mondiale ? Dans tous les cas de figure, il ne pourra pas faire l’économie d’une refondation profonde de l’ONU, notamment au niveau du Conseil de sécurité, avec une nette tendance vers le renforcement des mécanismes d’un ordre mondial plus équitable. Mais, en même temps, plus contraignant et d’une solidarité internationale accrue dictée par la communauté de destin humain.

Et c’est justement cette idée de communauté de destin qui va pousser le “gouvernement mondial” à imposer des formes de tutelle adaptées à chaque cas d’État défaillant. Du côté du vieux continent, et contrairement à ce que certains avancent déjà, l’Union européenne connaîtra un renforcement après avoir réalisé qu’elle ne fut pas si unie que cela ! En même temps, cette Europe est en train de se préparer au nouvel ordre mondial sans trop rechigner ; au même titre que le reste des continents, chacun selon ses moyens.

Aussi, cette nouvelle configuration de l’ordre mondial devrait-elle encourager la tendance vers la désescalade dans la course aux armements que le monde connaît depuis la Seconde Guerre mondiale et qui  a  toujours  revêtu  un caractère quasiment infantile ! Les armées, elles-mêmes, ne vont-elles pas connaître des aménagements dans leur rôle pour être plus souvent mises à contribution dans des situations extramilitaires ?

Brièvement, les rapports  entre  le  pouvoir  politique  et  les  citoyens  vont  se banaliser  à  travers,  notamment,  la  fonctionnarisation  du  personnel gouvernant, lequel peut être démis selon des mécanismes qui seront mis en place sur la base de résultats escomptés et non seulement à la faveur d’élections qui se suivent et se ressemblent.

En somme, un nouveau “contrat social”. Cette évolution va se traduire par des mesures strictes en matière d’économie dans le train de vie de l’État à travers la réduction progressive de privilèges et de protocoles lesquels font, souvent, oublier l’essentiel. 

En même temps, les sociétés aussi bien que les personnes vont évoluer vers plus d’autonomisation du pouvoir politique, avec une consolidation des organisations de la société civile et de leurs rapports avec leurs homologues à travers le monde.  De ce fait, le rôle classique des partis politiques et des différentes idéologies de pouvoir va se rétrécir avec, en prime, la remise en question du procédé électoral qui aura prévalu jusque-là.

Remise en cause du modèle de consommation
Parmi les premiers résultats auxquels la pandémie aura donné lieu, sera la remise en cause du modèle actuel de consommation et de production que seuls le profit et la “compétitivité” régulent. La pandémie nous aura appris que, finalement, la vie humaine peut se suffire de moins de choses, sans devoir occasionner trop de dégâts, ni à la nature ni à l’homme à cause d’un consumérisme effréné qui caractérise la civilisation actuelle.

En fait, pendant que les sociétés humaines font  face à la pandémie, elles s’offrent l’occasion de prospecter d’autres potentialités pour une vie plus saine, tendant vers plus d’économie et d’écologie. La sortie du modèle socioéconomique dominant va permettre une attention toute particulière au bien-être du citoyen à travers, particulièrement, certains secteurs-clés, tels que l’éducation, la santé, la culture et même les loisirs, de sorte que la notion de la communauté de destin soit effective.

Pour la gestion  des  besoins  sociaux,  le  virtuel  et  l’intelligence  artificielle remplaceront progressivement la présence physique dans la production et des biens et des services, l’administration, les affaires, de même que dans les domaines de l’enseignement. Enfin, le monde va connaître l’accentuation du basculement du mode masculin au mode féminin, avec tout ce que cela pourrait induire en termes de rapports de force entre la femme et l’homme (sic ! Dans cet ordre).

Quid de notre pays ?
Les changements attendus chez nous  peuvent  être  ainsi  résumés. D’abord, une évidence : le mur de la peur d’un pouvoir corrompu est tombé à tel point que celui-ci est, aujourd’hui, trop souvent ridiculisé par les citoyens à travers les réseaux sociaux notamment, et à visage découvert. La pandémie actuelle risque de le compter parmi ses victimes ! Le rapport “gouvernants-gouvernés” ou “base-sommet”, comme on se plaisait à dire, connaîtra, donc, un chamboulement qui va se traduire progressivement par le plein jeu de la notion de citoyenneté. 

C’est  la  condition  pour  notre  société  de  se  muer  en  une  société  civile entreprenante, responsable et responsabilisante après qu’elle eut réalisé que son organisation laisse beaucoup à désirer en dépit (ou à cause de) l’omniprésence d’une bureaucratie tatillonne. À quelque niveau que ce soit, l’agent de l’État sera directement comptable devant les citoyens. C’est ce que l’on commence à constater, d’ores et déjà, sur le terrain par rapport aux autorités locales depuis le début du Hirak.

Le temps où l’agent de l’État méprisait la population ou se cachait derrière la hiérarchie pour fuir ses responsabilités envers eux est en passe d’être révolu. En même temps, la pandémie ne manquera pas d’obliger notre société à se remettre en cause, y compris dans sa façon de vivre sa socialité, actuellement trop envahissante. Une telle évolution fera que les gens recourront de moins en moins aux gloires d’antan, réelles ou prétendues, pour justifier leurs actes et attitudes du présent, se libérant, ainsi, de leurs atavismes, même dans les gestes quotidiens les plus anodins, telle que la manière de saluer.

C’est ainsi que notre société connaîtra progressivement l’émergence d’une rationalité qui supplantera la superstition et la bigoterie ambiantes et ouvrira la voie à la tolérance religieuse et socioculturelle. Cette évolution aura, pour conséquence, la sécularisation progressive et une intégration plus réussie de la population grâce à une citoyenneté plus achevée et une solidarité nationale plus assumée, tel que l’exige la communauté de destin. Mais on doit, en même temps, s’attendre à ce que le pouvoir de fait militaro-sécuritaire que le pays a connu depuis l’indépendance refuse toujours de lâcher prise.

Il pourrait même être tenté d’exploiter l’arrêt du Hirak (à cause de la pandémie de corona) pour revenir en force ! Enfin, il   va   sans  dire  que  l’ampleur du basculement  vers   le  nouveau  paradigme, que ce  soit  au  niveau international  ou  national, dépendra  de l’intensité des traumatismes que la pandémie aura engendrés mais aussi du degré de leur intériorisation, tant à l’échelle individuelle que sociétale.  Assurément, le passage au nouveau paradigme dont il est question ne viendra pas du néant ; les traumatismes nés de la pandémie en cours ne vont qu’en accélérer la cadence. 

(*) Politologue
 

Par : Mohamed HENNAD (*)

 


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