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A la une / Contribution

Langue maternelle et langue nationale en Algérie

Y a-t-il une querelle aujourd’hui ?

Pour certains linguistes, il n’y a que des langues et non pas la langue et les dialectes. Aujourd’hui en Algérie, certaines corporations veulent réveiller le méchant loup pour dévorer l’une ou l’autre. C’est alors qu’ils veulent faire d’un problème spécifique et propre aux spécialistes un problème où toute foule soit invitée.
Actuellement, une querelle a réveillé les courroux de certains lettrés au sujet de l’utilisation de langue dialectale comme début d’apprentissage pour ne pas déboussoler le petit Algérien en classe préscolaire et voire même en première année scolaire. Les scientifiques, notamment les spécialistes des sciences du langage, sont unanimes pour l’utilisation de la langue maternelle pour ne pas créer un choc chez l’enfant en apprentissage de l’écrit, à ses débuts. En effet, nous savons que l’enfant vit dans son milieu familial jusqu’au moment où celui-ci entre à l’école. La psychologie conseille donc aux enseignants effectuant les premiers apprentissages de ne pas retirer l’enfant de son milieu maternel pour le jeter dans le milieu d’apprentissage d’une manière brutale. En effet, les spécialistes ont constaté qu’en retirant l’enfant de son milieu et en le propulsant dans un autre milieu futur, il y a risque que celui-ci se crée une phobie de l’école, au lieu de se familiariser avec elle : au contraire, il va éprouver une haine à son encontre. Il la détestera. N’a-t-on pas vu les petits enfants, le jour de la rentrée, à la porte de l’école, qui ne veulent pas lâcher la main qui les amène à l’école. L’Unesco d’ailleurs conseille de garder la langue maternelle de l’enfant pendant une certaine durée pour ne pas créer un choc qui risque de lui être fatal. Lorsque l’enfant est contrarié, il y a donc un rejet qui le pousse à se réfugier dans son milieu ou dans sa langue maternelle qui devient le principal refuge. C’est pourquoi, les savants ont tenté de trouver la solution qui s’impose. Ils ont découvert que seul le passage en douceur de sa langue maternelle vers la langue écrite peut lui assurer ce passage sans trop de gêne. Donc, il n’a pas été dit ni écrit d’enseigner en arabe algérien. Pourquoi donc ce tollé ? Parfois, je me demande ce que font certains pays qui ont trois ou quatre langues nationales ?
Permettez-moi de vous donner un petit exemple qui semblerait illustrer cet état d’esprit. Durant les années 1970, un Algérien de la région du Djurdjura d’origine amazighe vivant dans les montagnes est allé à l’école primaire où il a appris l’arabe classique selon les règles grammaticales telles que Sibayeh les aurait conçues. Il a appris la langue arabe classique avec tous les problèmes de phonologie qui vont avec. Comme il a travaillé convenablement, son père a voulu lui faire plaisir en l’envoyant à Alger. Un jour, son père le met dans le car et demande au receveur de bus de le faire descendre à la gare d’autobus, où il est attendu par un cousin. Le voyage se passe très bien. À la gare, aucune personne ne l’attendait. Notre garçon, pensant qu’il est quand même assez grand et possédant l’adresse du cousin, il crut qu’il suffisait de s’adresser à un policier pour être orienté. Il se décide donc à mettre en application les éléments d’arabe appris à l’école. Sidi chourti, hal yamkinkoun an tounaitouli aina yawdjadou hathi hi oulwana, min adjli an athhabou inadhou. Hadha said yakounou ibnou ami. Le policier a cru que celui-ci se moquait de lui, il le menace de l’embarquer.  L’enfant ayant eu peur, rebrousse chemin et attend le départ du prochain bus pour revenir à Tizi Ouzou, où il rejoint le lycée de la wilaya, jusqu’à l’obtention de son bac. Une fois le bac en poche et qu’il a eu le contact voulu, ayant appris l’algérien pour communiquer avec ses pairs, il décide de continuer ses études dans d’autres pays pour mieux se former. C’est pourquoi il contacte un autre cousin installé à Marseille où il ira poursuivre ses études dans le cadre d’un doctorat. Plus tard, il remonte à Paris pour y travailler. Actuellement il y est installé.  Revenons à notre sujet, il me semble que ce «chahut» n’est en fait qu’une incompréhension dans le domaine psychologique et dans le domaine pédagogique.
Il me semble qu’il s’agit là d’affaire de pédagogie, ni plus ni moins, des langues.
Voyons maintenant ce que disent les pédagogues à propos des apprentissages des langues dites nationales, quand celles-ci ont une langue parlée qui en découle  ou langues maternelles ?
Le professeur Jessika Ball a montré à travers ses recherches que les enfants “apprennent mieux dans leur langue maternelle”, c’est-à- dire que c’est dans sa première langue quil peut apprendre la littératie et la numératie (Unesco, 2008). Elle a aussi expliqué qu’à partir de ses recherches qu’il convenait mieux pour lui de “préparer les apprentissages des différentes langues au primaire”.
Donc, enseigner les “compétences fondamentales”(littératie et numératie précoces) et la pensée critique dans une langue que “l’enfant parle et comprend est un des moyens efficaces de lutter contre l’échec scolaire et le décrochage dans les premières années” (éducation multilingue, 25 février 2015, Aglaïa Zafeirakoul).  Les spécialistes en didactique pensent qu’il est nécessaire de reprendre dès les premiers moments de la scolarité de l’enfant, dans sa langue première, les éléments de littératie et de numératie pour qu’il puisse les posséder d’une manière naturelle et efficace. Comme il serait juste de faire éveiller en lui la critique de la pensée. Ces compétences se développeront peu à peu lorsqu’il aborde la langue écrite, car l’enfant ne fait que transposer après dans la langue écrite. Les didacticiens ont compris aussi que “cette crise de l’apprentissage touche essentiellement les élèves issus des quartiers socioéconomiques les plus faibles, des communautés rurales et isolées, ainsi que des minorités culturelles et linguistiques, qui accumulent ainsi les inégalités” (Rapport mondial du suivi de l’EPT, Unesco 2013-2014)
Cela veut dire que pendant une certaine période, l’enseignant ne communique que dans la langue que connaît l’enfant.
L’étrangeté de l’écrit a toujours fait peur aux gens. Il est donc nécessaire de rappeler que l’écrit a toujours posé un problème d’étrangeté à l’enfant. L’écriture a toujours été une affaire d’adultes. L’enfant en apprenant l’écriture, il apprend à devenir adulte. La langue maternelle participe à l’évolution et au développement, à la structuration de sa pensée. Certains Etats attendent jusqu’à sept ans pour faire admettre l’enfant à l’école, car ils pensent que c’est à cet âge que celui-ci a toutes ses facultés mentales complètes. Le choc est amoindri ; il est supporté par l’enfant. Il est vrai que la coupure avec le milieu familial est souvent très rude, surtout pour les enfants qui ont appris à vivre dans l’environnement de la maman. La nouvelle vie à l’école, avec de nouveaux camarades, de nouvelles idées, plus de liberté, tout ceci crée en lui de nouveaux moments qu’il ne parvient à juger qu’en bon ou mauvais. -La pédagogie moderne préconise à l’enseignant d’utiliser la spontanéité de l’enfant, or, cette spontanéité le pousse au langage enfantin qu’il emprunte à la langue maternelle. Donc, malgré lui il verse dans la langue maternelle. N’a-t-on pas entendu, certains enseignants n’user que de la langue dialectale pour se faire comprendre ? à titre d’exemple, rappelons que les premiers Moyen-Orientaux ne parvenaient pas à se faire comprendre ni par les enfants ni par les adultes, du fait de l’utilisation de la langue arabe écrite. Pendant très longtemps ces Moyen-Orientaux ne pouvaient que parler dans une langue écrite qui devenait inintelligible pour les Algériens que nous étions. D’ailleurs, la majorité de ces enseignants se sont convertis à l’arabe algérien avant de pousser nos enfants à l’acquisition de la langue arabe. J’ai remarqué que plusieurs d’entre eux, vers la fin de leur contrat, ils savaient parler algérien mieux que leurs élèves.
La langue standard et la langue écrite ou lougha elfousha
1- La langue standard : il s’agit de la langue utilisée par les médias tels que radio et télévision. Elle est plus accessible aux Algériens, à condition de ne pas vocaliser le texte qu’il soit à l’oral ou à l’écrit.
2- La fousha ou langue écrite : elle est très riche, mais très complexe. Elle bénéficie d’une sémantique très développée et qui n’offre pas au lecteur ou à l’auditeur une compréhension facile. Seuls les lettrés dans ce domaine peuvent s’offrir le plaisir de jouir du plaisir qu’elle dispense à l’écoute ou au plaisir du lire.
Les chercheurs en didactique :
Les chercheurs n’ont-ils pas établi une relation nette entre la déperdition scolaire dès les premières années due à l’apprentissage de l’écrit parce que l’enfant a été jeté sans préparation dans cette atmosphère dure pour celui qui n’a pas encore quitté son milieu d’enfant. L’enseignant, en général, s’appuie sur le potentiel possédé par l’enfant qui n’est au fait qu’un langage qu’il possède de la langue maternelle. D’ailleurs, nous avons remarqué que les enfants qui parviennent à réussir leur scolarité primaire sont ceux qui connaissent le mieux leur langue maternelle. Ils ont plus d’idées et parviennent à formuler plus de phrases correctes. Certains linguistes sont allés jusqu’à demander aux pédagogues d’apprendre aux enfants un certain capital de lexèmes pour revigorer et stimuler l’intelligence de cet enfant. En effet, plus l’enfant connaît sa langue maternelle et plus ses pensées se développent. C’est ainsi que “les compétences fondamentales acquises dans la langue maternelle sont reportées dans une seconde langue” (1).  C’est pourquoi le conseil national s’est penché sur l’apprentissage à partir de la langue première algérienne pour permettre aux enfants d’emmagasiner le maximum de lexèmes qui seront reportés dans la langue scolaire acquise. L’enfant sera donc mieux outillé pour pouvoir accepter la langue scolaire d’une façon acceptée facilement par l’enfant. En somme, il ne rejettera pas la langue scolaire sous le prétexte qu’elle est étrangère à son milieu et qu’il n’arrive pas à la comprendre. Les facultés de la compréhension, activées dès les premiers moments dans sa langue maternelle, vont pouvoir être relancées dans la seconde langue ou même dans un multilinguisme acceptable et le gérer d’une façon normale.
La méthode :
La meilleure méthode est celle qui parvient à amener l’enfant à connaître les problèmes de l’écriture avec ses signes complexes, ses dessins et sa calligraphie qui est un véritable art.
Donc peu importe les moyens que l’on utilise pour mener sa tâche à bon port : il semblerait que je m’en vais vite en besogne, car pour éduquer un enfant, il faudrait qu’il y ait “tout un village” comme le souligne Hillary Clinton. Rappelons que ce travail effectué sur la langue algérienne de l’enfant va renforcer chez lui les compétences fondamentales en lecture dans sa langue maternelle et des compétences linguistiques orales dans la seconde langue. Ces chercheurs ont développé tout un module qui permet le passage de “la langue maternelle vers une seconde langue comme langue d’enseignement”. Il est ainsi écrit dans ce programme que les auteurs, “en planifiant avec soin les politiques et programmes de transition vers une seconde langue dans des contextes d’éducation multilingue”, il est certain que la réussite des élèves est assurée et le décrochage ou l’échec seront enrayés. Comme il serait certainement plus efficace si les enseignants se frottaient à la psychologie de l’enfant pour mieux le comprendre et lui donner plus de chance d’apprendre au gré de son inspiration. La connaissance du domaine psychologique de l’enfant devrait être la principale tâche de l’enseignant pour pouvoir renforcer ses connaissances, d’autant plus qu’actuellement les chercheurs ont développé leur connaissance sur le cerveau humain et surtout sur la façon comment il apprend et comme il retient. Cette psychologie nous poussera vers la distribution des connaissances d’une manière judicieuse et selon son apprentissage, en effectuant un dosage convenable et rationnel.


L. K.
LadjelK@gmail.com


(*) Enseignant de linguistique à Khemis-Miliana, ex-inspecteur de l’éducation
1)-  Zafeirokou, A.( forthcoming.March 2015) early  Litteracy for All students  in their  language : how Gambia is scaling the reading  reform. Washington DC. The Global Partnership  for Education.

 


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