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Culture / Culture

Culture

Amazigh Kateb, président d’Alger Kingston

Un vent de folie aux effluves révolutionnaires a soufflé, mardi soir, sur le théâtre de verdure du complexe culturel Laâdi-Flici, plein à craquer, lors du concert d’un groupe dont l’étoile brille aujourd’hui au firmament. L’inénarrable et infatigable Amazigh Kateb et les brillants musiciens de la formation ont repris leurs plus beaux succès, permettant ainsi à une foule en délire d’aller jusqu’au bout du hal (la transe).

Ils étaient tous là : les inconditionnels de Gnawa Diffusion, les amateurs des musiques du Maghreb, les “adeptes” rastafaris, les admirateurs du Che, les amoureux du gnaoui, les jeunes qui cherchent à exulter, et les moins jeunes qui n’ont pu résister aux ingénieuses sonorités et au rythme effréné d’une formation musicale qui a su conquérir un public hétéroclite de tous âges. Une incroyable foule était présente, mardi soir au théâtre de verdure du complexe culturel Laâdi-Flici, pour faire la fête et vivre un grand moment de partage avec les artistes – qui développent actuellement, pour la plupart, des projets personnels –, brillants et généreux [comme Ptit Moh (mandole), Amar Chaoui (percussions), Aziz Maysour (karkabou, goumbri)] de Gnawa Diffusion, et ce, dans le cadre de la 6e édition de Khaimetkoum, organisée par Broshing Events.
La première partie de la soirée a été assurée par le groupe Debza, toujours aussi subversif dans ses textes. Outre le fait que ses sonorités ne sont pas très recherchées, Debza transmet son message artistique (et politique aussi) par des paroles coups-de-poing, certes, mais qui semblent parfois utopiques, sentant bien souvent la naphtaline. à peine ont-ils terminé leur prestation que les milliers de spectateurs ont commencé à scander le slogan célèbre – célèbre parce qu’on l’entend à chaque passage d’Amazigh Kateb –, “Echaâb yourid zetla batel”. Les membres de la formation Gnawa Diffusion, à leur tête le diablotin leader emblématique Amazigh Kateb – véritable showman –, ont rejoint la scène pour interpréter des titres, extraits de leur dernier album Shock El-Hal (sorti en 2012 après la reformation du groupe qui s’était séparé en 2007), et d’autres tubes de leurs anciens opus, à l’exemple de l’excellent Bab El-Oued Kingston. Amazigh Kateb, qui n’a de cesse d’envoyer des messages politiques à l’adresse du public, citant bon nombre de personnalités politiques algériennes et revenant sur certains malaises de la société, a interprété Ana Barani, Complices et Malika Moutahadjiba – qu’on retrouve sur le dernier album du groupe, mais aussi Bab El-Oued Kingston, Gaz Naturel (ou Sabrina), Ouvrez les stores, Mociba, Bnadem, Visa vie, Madanga (une création originale de Gnawa Diffusion d’après le morceau Gnaoua/Diwane, Manandabo), et l’incontournable Douga Douga, qui a permis aux spectateurs d’aller au bout du hal (la transe).
Un hal généralisé, la communion parfaite d’une foule en délire, avide de liberté et en quête de sensations fortes. Comme à l’accoutumée, Mâalem Aziz Maysour prendra son goumbri et interprétera des “trouha” gnaouis (pluriel de tarh, qui signifie morceau dans le jargon gnaoua), notamment Bala Moussa et Baba Mimoun. Le public adhère ; le public danse, mais le gnaoui ne fait pas trembler le théâtre de verdure, comme l’a fait la musique de Gnawa Diffusion, un groupe qui a trouvé, depuis bien longtemps déjà, une formule parfaite, alliant de riches sonorités puisées dans le patrimoine maghrébin (gnaoui, chaâbi, raï), et dans les sonorités du monde. Le tout est rehaussé par des textes puissants qui évoquent des problèmes réels.
De l’aspiration à une vie meilleure, au malaise des jeunes générations d’être à ce monde (et dans ce monde), en passant par la précarité des relations amoureuses, jusqu’aux problèmes sociaux (malvie, chômage, etc.), Gnawa Diffusion chante la vie dans laquelle les Algériens se reconnaissent et à laquelle ils s’identifient. Même si le son Gnawa Diffusion – un groupe qui a inspiré tant de jeunes rêvant de faire de la musique – semble avoir atteint une certaine limite, les paroles de ce groupe continuent de célébrer la liberté. D’ailleurs, le slogan “zetla batel” en est la parfaite illustration, puisque “zetla” n’est qu’un prétexte pour le public de Gnawa Diffusion (qui a scandé durant le concert “Amazigh président !”) de s’affranchir, de s’exprimer librement, d’oublier sa réalité et de vivre intensément l’instant. Ce soir-là, la musique de Gnawa Diffusion a réuni des milliers de spectateurs, et rappelé que vivre ensemble c’est aussi vivre en étant soi-même.

S K