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Culture / Actualités

Tin Hinan, la reine des Touareg

“Antinéa ou la légende vivante”


Le voyageur profane qui débarquerait à Tamanrasset prendrait une chambre à l’hôtel Tin Hinan sans jamais savoir, peut-être, à quoi renvoie le nom de l’établissement. On pourrait le renseigner et l’encourager, pour en savoir plus, à visiter le musée du Bardo dès son retour à Alger. Là où plane l’ombre de Mouloud Mammeri, longtemps directeur du Crape, le voyageur découvrira un squelette qui repose dans une caisse en verre, paré de bijoux en or, en argent et en bronze, dont des bracelets, une fibule, un collier et des perles. Ce trésor indique que la dépouille qui repose ici pour l’éternité doit appartenir à un personnage de haut rang. Les guides du musée lui apprendront qu’il s’agit de Tin Hinan, reine légendaire des Touareg. Le directeur du Centre de recherches anthropologique précisera à juste titre que le squelette et les bijoux sont un patrimoine national de grande valeur historique et anthropologique, mais aussi culturelle et civilisationnelle. Il apprendra aux visiteurs du musée que le squelette de femme et le trésor, datant du IVe siècle, ont été retrouvés dans un tombeau à Abalessa, dans le Hoggar, à 80 km de Tamanrasset. Mais qui était donc cette femme dont la tradition orale dit qu’elle était d’une grande beauté et autoritaire ? La fouille du tombeau d’Abalessa révèle l’existence de pointes de flèches et têtes de lances en fer, indiquant que Tin Hinan était une guerrière. Tous les chercheurs s’accordent à dire qu’elle est venue du Tafilalet, dans le Sud marocain. Mais pourquoi ? Ceux qui ont évoqué des raisons énigmatiques se rendront vite à l’évidence : dans le trésor furent découvertes des pièces de monnaie à l’effigie de l’empereur romain Constantin, ce qui signifie que Tin Hinan et sa patrie, la Numidie, vivaient sous la domination des Romains qui agissaient en colonisateurs (IVe/Ve siècles). Tin Hinan, certainement pour fuir le joug des Romains, a décidé de se diriger en direction du sud, vers des contrées qui échappaient encore à l’autorité romaine à laquelle elle s’opposait. Elle fit le voyage avec sa servante Takamat, accompagnées sûrement par quelques guerriers chargés de la protection. Tin Hinan, s’orientant grâce aux étoiles, a dû faire face à l’hostilité du désert, même si celui-ci, avec l’existence de rivières, de troupeaux et de verdure, était différent de celui d’aujourd’hui.
Elle traînait derrière elle un petit troupeau d’ovins qui lui donnait de la nourriture et des peaux pour se protéger de la chaleur et du froid. Renseignée, Tin Hinan suit une route jalonnée de points d’eau et d’oueds, considérant l’eau (aman) comme l’âme (iman). Quand les outres se remplissent, les voyageurs et les bêtes se régalent du liquide précieux et de bouillie de farine mélangée au lait. La petite caravane marcha longtemps, jusqu’au jour où le sable des Oasis cède la place aux paysages granitiques des montagnes du Hoggar. Hommes et animaux cherchèrent l’eau et la nourriture qu’ils trouvèrent dans l’oasis d’Abalessa. La population locale, peu nombreuse, offrit spontanément l’hospitalité à Tin Hinan, “celle qui vient de loin”. Elle devient leur reine et celle de tous les Touareg. La légende dit qu’elle a eu trois filles : Timert, l’antilope, Tahenkot, la gazelle, et Tamerouelt, la hase. Chacune serait l’ancêtre de tribus du Hoggar. Mais la légende ne dit pas qui était le père des trois filles. Peu importe, puisque Tin Hinan est leur mère. Cette version s’accommode parfaitement avec le caractère matriarcal de la société targuie. Même la noblesse et la succession relèvent de cette logique. Avec le titre de Tamenokalt (reine) des Touareg, elle régna longtemps sur les tribus du Hoggar et fut à l’origine de l’écriture tifinagh. À sa mort, elle fut enterrée dans le tombeau d’Abalessa qui ne sera découvert qu’en 1925, soit plus de 15 siècles après sa disparition. Plusieurs auteurs et voyageurs s’en inspirèrent pour créer le personnage d’Antinéa. Les Touareg, et beaucoup d’Algériens, ont conservé le souvenir de cette femme remarquable.


ALI BEDRICI



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