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Culture / Culture

“Algérie : Procès d’un système militaire”, de Kamel Lakhdar-Chaouche

Autopsie d’un pouvoir obscur


L’auteur esquisse un parallèle entre la dérive de janvier 1992, où l’armée a refermé la parenthèse démocratique au prix que l’on sait, et celle d’aujourd’hui où l’état-major de l’ANP refait presque les mêmes “gestes”.

Le livre du journaliste d’investigation Kamel Lakhdar-Chaouche, Algérie : procès d’un système militaire, présenté par le professeur Mohamed Lakhdar Maougal et préfacé par Mohamed Benchicou, paru chez Va éditions, en novembre dernier, est un véritable travail de démystification de l’histoire idéalisée d’une Algérie triomphante. Une Algérie née pourtant dans la tourmente et qui se construira au rythme des coups de force.

L’auteur pose d’emblée sa problématique : comment l’Algérie qui a pourtant défié une grande puissance coloniale a-t-elle pu sombrer dans le chaos des années 1990 ? Dans sa préface, Mohamed Benchicou s’interroge aussi : “Pourquoi Novembre pour échouer dans Octobre de sang et de larmes ?” L’indépendance n’est-elle qu’une illusion pour le peuple algérien ? S’agit-il d’un prolongement du colonialisme ? Ce sont en effet toutes ces questions qui ont guidé l’auteur tout au long de ce livre. “L'ouvrage commence par rapporter les événements les plus saillants qui ont secoué la jeune République avec le complot ourdi par «un quarteron de colonels» établis au Maroc (le fameux clan d'Oujda).

Ce coup de force organisé par des officiers de salon qui se sont longtemps contentés d'observer l'Algérie en flammes à travers leurs jumelles tout en organisant des projets de mise au pas largement diffusés par les services de transmission de l'ALN surtout à partir des PC de l'ouest où s'activaient des jeunes cadres du MALG”, écrit dans sa présentation Mohamed Lakhdar-Maougal. Tout au long des huit parties qui composent le livre, on retrouve la “fausse” question centrale : “L’armée appartient-elle au peuple ou est-ce que le peuple qui appartient à l’armée ?” Fausse question, car le livre explique justement comment l’Armée algérienne, issue du peuple, s’est transformée au fil du temps en force ayant privatisé l’État, ses appareils et le peuple.

Pour comprendre comment cette mue a été possible, il faut remonter le temps pour situer la dérive. Celle de la primauté du militaire sur le politique et la confiscation de l’indépendance par l’armée des frontières. Le coup d’État contre le GPRA durant l’été 1962 ouvre une série de violences dont les premières victimes ont été la volonté populaire et la véritable légitimité historique. L’armée des frontières qui prendra le pouvoir étouffe alors la vie politique, fait taire les divergences, écarte les récalcitrants et élimine les opposants.

C’est ainsi que les véritables héros de la Révolution algérienne seront emprisonnés, exilés ou assassinés. Leurs noms seront bannis de l’histoire officielle, laquelle sera dédiée à la gloire des nouveaux maîtres du pays. Mais la société évolue et les contradictions feront éclater le vernis qui cachait la triste réalité algérienne. Le modèle socioéconomique et politique n’arrivait plus à répondre aux aspirations de la population à plus d’égalité, de liberté et de bien-être social. Il implosera en octobre 1988. La révolte populaire sera récupérée par le jeu des clans pour la recomposition du régime, au prix d’une répression féroce. Le noyau dur du système, l’armée, fera sombrer le pays dans le chaos et la guerre civile.

C’est désarmé et résigné que le peuple assiste le 29 juin 1992 à l’exécution en direct à la télévision du président Mohamed Boudiaf. Cet assassinat politique finira par enlever tout crédit au pouvoir qui prétendait pourtant sauver le pays du projet moyenâgeux des islamistes et plongera le pays dans l’épisode le plus sombre de son histoire contemporaine. Après une décennie de guerre civile s’ensuivront les 20 ans de règne chaotique de Bouteflika dont la fin inaugure une nouvelle confrontation entre le peuple et l’armée, un rôle difficile à tenir pour “un héritier par défaut” du “système”.

L’auteur esquisse un parallèle entre la dérive de janvier 1992, où l’armée a refermé la parenthèse démocratique au prix que l’on sait, et celle d’aujourd’hui où l’état-major de l’ANP refait presque les mêmes “gestes”. La lecture du livre de Kamel Lakhdar Chaouche, Algérie : procès d’un système militaire éclaire d’un jour nouveau le présent problématique et met en garde contre l’aveuglement des responsables et leur entêtement.

 

 

 

 

 

 


Mohamed Mouloudj 
“Algérie : procès d’un système militaire”, de Kamel Lakhdar-Chaouche, Va éditions, 2019, 25 euros, 301 pages.


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