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Culture / Culture

Colloque national à Oran sur l’auteur de l’“Opium et le bâton”

Bedjaoui et Rachedi racontent Mammeri

Ahmed Bedjaoui et Ahmed Rachedi © D.R.

Lors du colloque “L’œuvre mammerienne revisitée à l’aune du 7e art”, qui s’est déroulé les 13 et 14 mai au TRO, le critique Ahmed Bedjaoui ainsi que le réalisateur Ahmed Rachedi sont revenus sur l’apport de l’écrivain à la culture et le cinéma amazighs, et la “translation” des œuvres littéraires sur grand écran.

Transposer une œuvre littéraire au cinéma, est-ce une adaptation ou une translation ? Une ressemblance ou une trahison ? L’auteur est-il maître du scénario ? Quel est le rapport de l’oralité à l’image ? Ce sont là, les interrogations posées lors du colloque national sur “L’œuvre mamerienne revisitée à l’aune du 7e art”, qui se déroule depuis samedi au Théâtre régional d’Oran. Lors de la première séance de ces journées, intitulée “L’adaptation cinématographique : de l’œuvre romanesque à l’œuvre cinématographique, histoire d’un transfert sémiotique”, des professionnels ont tenté d’apporter des éclaircissements sur ces deux domaines si complexes.
Le premier à prendre la parole sur cette thématique, Ahmed Bedjaoui (universitaire, critique de cinéma), dont la conférence s’articulait autour de “Cinéma et littérature : Mouloud Mammeri, témoin, acteur et pionnier d’histoire populaire”, et durant laquelle il a profité pour raconter sa rencontre avec l’écrivain et de son apport au cinéma. “Mammeri était assoiffé de culture cinématographique. Il avait une grande culture sur le cinéma, et nous avions des échanges sur cette base. Nous étions tout simplement des cinéphiles”, a-t-il narré. L’universitaire a rappelé également qu’en 1963, l’anthropologue-chercheur avait écrit le scénario du premier long-métrage algérien intitulé Le village incendié, réalisé en Algérie par une équipe afro-européenne en 35 mm. “Ce projet est né de la rencontre, en exil, de l’écrivain Mammeri et du réalisateur François Belou ; ils espéraient le tourner en septembre 1963, mais ce projet n’a jamais vu le jour”, a indiqué Bedjaoui. Et de renchérir : “Dès l’indépendance, il était attaché à vouloir apporter sa contribution et son témoignage comme homme d’écrit et d’image.” Pour le conférencier, Mammeri est le “précurseur” du cinéma et de la culture amazighs.” À ce propos, il a évoqué l’adaptation de son œuvre L’opium et le bâton à l’écran par Rachedi, en affirmant : “On dit qu’il n’a pas été beaucoup adapté, alors que le public s’est réapproprié ses œuvres.” D’ailleurs, le film de Rachedi est la production qui a été le plus regardée par les Algériens. “On se plaint que les films n’arrivent pas au public alors qu’on a eu pour Rachedi pas moins de deux millions de spectateurs, c’est énorme car aujourd’hui le maximum d’un film est 10 000 spectateurs”, a-t-il martelé. Sur l’implication de Mammeri dans le cinéma, le critique a évoqué l’exemple du documentaire L’aube des damnés (du même réalisateur), dont le texte du commentaire a été écrit par D’da L’Mouloud. “Ce texte est absolument une référence en matière d’écriture de documentaire. Ce dernier est un art extrêmement difficile à écrire ; sans doubler la voix, sans souligner, sans mettre du rouge sur les images, sans raconter ce que les images ont déjà raconté. Et Mouloud a montré qu’il le métrisait.”

“Dans une adaptation, il faut produire une translation”
En transposant une œuvre littéraire au cinéma, peut-on parler d’adaptation ou de translation (traduction) ? Le réalisateur peut-il rester fidèle au roman ? Pour apporter des précisions sur ces interrogations, Ahmed Bedjaoui a donné comme exemple La colline oubliée de Bouguermouh. “C’est justice qu’il prenne enfin la forme de la langue amazighe, qu’il donne à ces murmures écrits en français une dimension qui était la langue d’origine”, a-t-il précisé. Selon l’orateur, en adaptant un roman, le réalisateur retranscrit le texte dans sa langue maternelle, à l’exemple de Mustapha Badie dans El-Hariq où les personnages parlaient tlemcénien. “On sent le murmure d’un dialecte, d’une langue, d’une mère.” À ce sujet, l’universitaire a expliqué que Mammeri ainsi que les autres auteurs ont été élevés durant les premières années de leur enfance dans la langue maternelle avant d’aller à l’école française. À cet effet, il a insisté sur le fait que dans une adaptation, “le plus important est de produire une translation, et non une transposition ou une adaptation”. En fait, la translation d’un roman au cinéma veut dire “la traduction des mots qui sont pensés dans la langue maternelle vers une autre langue.” Concernant la fidélité ou la trahison d’un texte sur grand écran, le critique a raconté que Mammeri avait dit à propos de L’opium et le bâton : “J’ai écrit un roman, et Rachedi a fait un film.” “Quand vous réalisez un film d’une heure trente, vous êtes obligé de faire un choix. Adapter, c’est trahir”, a informé Bedjaoui. Quant à l’apport de l’anthropologue-chercheur au 7e art algérien, l’intervenant a souligné : “Quand on parle de cinéma et de l’œuvre de Mammeri, ce n’est pas un épiphénomène. Il a donné au cinéma algérien une dimension qui sans doute lui manquait.” Pour lui, ce secteur était fait par des personnes qui avaient envie “de raconter leur propre histoire, témoignages.” Après la guerre ils voulaient se “raconter et raconter la partie intime de leur vision”, et ce, en “délaissant” le terreau littéraire, et ce que “pouvaient leur apporter les écrivains comme profondeur, et qualité.” Dans ce sillage, Mammeri a beaucoup “lutté” pour apporter à ce cinéma une “dimension littéraire très forte.” Et de conclure sur la rareté des adaptations littéraires au cinéma algérien : “Beaucoup d’écrivains n’ont pas été adaptés ! Ce cinéma a manqué de relation profonde avec la littérature. Mammeri a été le pionnier de ce mouvement et le pionnier du cinéma amazigh, on ne peut pas concevoir ce dernier sans l’apport de Mammeri.”

Confidences de Rachedi sur D’da L’Mouloud
Présent lors de ce colloque organisé par le Haut commissariat à l’amazighité (HCA), et l’association Numidya d’Oran, le réalisateur Ahmed Rachedi a, durant son intervention, évoqué quelques anecdotes et sa relation avec Mammeri durant le tournage de L’opium et le bâton. “Je l’ai rencontré en 1964, pour lui proposer d’écrire le texte commentaire du documentaire ‘L’aube des damnés’, et par la suite nous avons travaillé sur ‘L’opium et le bâton’.” le réalisateur a raconté avoir expliqué à l’écrivain qu’il ne pouvait “tout mettre dans le film, et avoir opéré quelques changements.” Avec le sourire, Rachedi s’est remémoré la remarque faite par Mammeri après l’avant-première du film. Il m’a dit : “Je t’ai donné une histoire d’amour, t’en as fait un western”, a-t-il relaté. Tout en continuant : “Un jour, il m’a appelé pour me dire qu’il trouvait que le film avait bien vieilli, et je me retrouve dans ce livre transposé au cinéma.” Par ailleurs, Mammeri regrettait une chose : “Nous ne l’avons pas fait dans la langue maternelle des personnages. Je regrette que tu m’es dépouillé les personnages que j’avais dans ma tête”, s’est remémoré Rachedi. Tout en concluant : “Ces personnages appartiennent à la mémoire collective.”
 


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