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Sauvons l’école des “Khafafiche”

C’est l’ardue mission pour le hardi “El Oustad”

L’école, c’est l’inespéré filon, d’où l’instituteur creuse et cueille ce rai de lumière pour l’éclat de l’esprit de l’homme de demain. Plus qu’un lieu de savoir, l’école, c’est aussi le berceau de l’existence ou plutôt la pièce de vie d’une classe feutrée, où s’étanche la soif de l’apprentissage et le ravissement de l’enfant d’aller d’une découverte à l’autre, jusqu’à l’éclosion d’une douce complicité qu’il y a entre l’instituteur et son élève. Partant de ce constat, l’école s’interdit d’être la joute où se trament d’inavouables desseins, d’obédience bassement politicienne, voire mercantile. À juste titre, c’est l’instant salvateur ? Où le comédien Hacène Azzazni de la coopérative culturelle Ali-Sindjab de Bordj-Ménaïel fit son entrée sur la scène de la salle Echabab, jeudi dernier. Pour la circonstance, l’acteur s’est habillé du cache-poussière d’un “El Oustad” (Le Professeur) né de la plume d’Omar Fatmouche et programmé hors compétition. Objectif ? Tenter de sauver, non pas le mobilier que l’école n’a pas, mais l’enfant ! Pour tout outil pédagogique, “El Oustad” n’a que sa main tendue à l’enfant “pour l’emmener à demain” !
Vers le livre, où le chérubin y trouvera la trace de ses crayons de couleurs que l’axe de l’ignorance avait confisqué à son père, devenu ce parent d’élève. Pas coopératif du tout et mélangeant l’éducation avec l’instruction, ce parent d’élève demande plus qu’il n’en faut à l’instituteur, qui n’en peux plus d’une précarité sociale.
Pour la preuve, “El Oustad” à plus d’un souci qu’il dissimule dans les poches de sa blouse, dont l’image reçue ou réelle du «cheikh l’mçid» qui loge au hammam. Pire, «El Oustad» oublie même qu’il a ses cheveux ébouriffés et que ses vêtements sont froissés. C’est dire l’urgence qu’il y a sous le préau de l’école, où l’on n’entend plus ce doux charivari né d’habitude dans l’innocence des jeux de la récréation. Et, comme si la sinistrose ne suffisait pas au malheur de l’école, voilà que “les khafafiche (chauves-souris) s’en mêlent pour asseoir à coups de griffes, l’idéologie de l’obscurantisme, où les activités culturelles sont bannies de l’emploi du temps de l’enfant”, a déclaré le comédien avant le lever de rideau.
Certes que c’est du déjà lu et entendu dans les débats d’estaminets ! Seulement, il y a ce capital d’humour du comédien qui a humanisé la thématique de son “one man show” lors de la 12e édition du Festival national du théâtre professionnel (FNTP). Décodé, la moralité du sketch de Hacène Azzazni milite pour plus de temps à l’enfant qui n'a plus de temps à lui, ni pour lui, étant donné le programme surchargé de l'école. Pour s’en convaincre, l'enfant ploie sous la charge d'un cartable également bourré qu’il n'aime plus, car si lourd. Outre cela, l'enfant est pris en otage lors des grèves et s’englue dans le cercle vicieux des cours particuliers (une industrie florissante) dans laquelle s'investie une armée d'enseignants à la retraite : “Donc, en plus qu'elle est sinistrée, l'école est polluée par les idées rétrogrades de l’essaim de khafafiche et depuis, l'enfant n'a plus de temps pour le sport, ni pour le conservatoire de musique et encore moins pour la lecture”, a ajouté Hacène Azzazni à l’issue de la standing-ovation du public de l’ancien Casino d’Alger. À cela s'ajoute l'existence des parents qui va à 100 à l'heure et qui n'ont plus le temps de lire, d’où la problématique de la lecture, où parents et enfants se doivent de trouver ce temps de loisir qu'ils n'ont plus.

Louhal Nourreddine