Scroll To Top
FLASH
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

Culture / Culture

Malek Amirouche a réalisé un film documentaire sur Tajmaât

“C’est un hommage à cette institution qui a été de toutes les résistances”

© D.R

Dans cet entretien, Malek Amirouche, directeur gérant d’Emev, spécialisé dans l’organisation d’événements culturels, revient sur les contours de son projet de film documentaire sur tajmaât qu’il a lancé en réalisation depuis quelques mois.

Liberté : Vous avez annoncé récemment que vous avez lancé un projet de réalisation d’un film consacré à tajmaât dans l’histoire. Où en êtes-vous avec ce long métrage ? 
Malek Amirouche :
Je peux dire que le travail est fait à environ 60%. 
Nous avons déjà fait les repérages et nous avons recueilli une partie des témoignages et analyses de certains chercheurs et spécialistes qui ont déjà travaillé sur ce thème et qui ont donc un regard profond sur ce qu’est tajmaât en Kabylie. Dans ce projet, nous comptons situer tajmaât du point de vue historique, son évolution et son rôle dans l’organisation de la vie de la communauté villageoise. Nous comptons prendre comme exemple le village de Taourirt Mokrane, dans la région des Ath Irathen, qui est une référence à travers l’histoire en la matière. À l’origine, ça devrait être un film de 52 minutes, mais en raison de l’importance du sujet et des multiples facettes qu’il sera important de mettre en relief, il n’est pas exclu qu’il soit un peu plus long, éventuellement de 1h10 minutes. Nous sommes conscients qu’il s’agit d’un gros morceau, alors nous ne voulons rater aucun détail. 
 
Vous dites que c’est un gros morceau, ceci nécessite donc, sans doute, des moyens et du soutien. Qu’en est-il justement ? 
Concernant la réalisation, ça sera fait avec le soutien de Abderrahmane Hacène El-Hadj, de Si Mohamed Ould Taleb qui a déjà fait dans la réalisation et puis avec les conseils de certains chercheurs. Le projet sera ainsi, je pense, bien encadré pour ne pas faire des ratés. Concernant l’aspect financier, on s’est lancé sur fonds propres. C’est surtout grâce au soutien de mon cousin Khaled Belkhodja et ma famille. Nous sommes dans un pays où la culture est le parent pauvre de l’État. Nous sommes conscients des difficultés qui nous attendent. Notre projet nécessite des moyens importants, vu surtout qu’il exige un long et minutieux travail de reconstitution. 

Un tel travail nécessite sans doute également de s’appuyer sur des archives. Est-ce qu’elles existent, et si c’est le cas, est-ce qu’elles sont facilement accessibles ?
Justement, ce n’est pas facile. Pour remonter jusqu’au 18e siècle, on peut trouver des photos, pas plus. Déjà, la société kabyle étant une société orale, même les écrits y en a pas beaucoup, et c’est pour cela que nous comptons nous appuyer sur le travail de reconstitution et les travaux de recherche en histoire, en socio-anthropologie et économie déjà effectués par des spécialistes. Il est vrai que la plupart des anciens écrits existants sont l’œuvre d’auteurs étrangers qui sont porteurs d’un regard extérieur et qui ne sont, parfois, pas exempts du regard du colonisateur, mais nous comptons aussi nous appuyer sur les analyses de spécialistes locaux, dont Ali Sayad, Djamel Laceb, Azedine Kenzy, Younès Adli, Omar Kerdja…

Pouvons-nous savoir pourquoi ce choix porté sur tajmaât ? 
Avant tout, ce projet, je l’ai entrepris par passion, et puis c’est une reconnaissance pour nos ancêtres et tajmaât, cette force, cette institution qui représente un système d’organisation très efficace de la communauté, que ce soit en matière de solidarité, de règlement de toutes sortes de conflits et contentieux et de la préservation de la dignité des habitants. Mais pas seulement : elle a été également incontestablement le maillon fort de résistance contre les multiples envahisseurs, et ceci on l’a vu aussi bien durant la période ottomane que sous la domination de l’occupant français. Cette entité qui a toujours su garder son indépendance est aussi un exemple de démocratie directe où chaque habitant et chaque famille participe à la décision et s’y soumet une fois la décision prise. 

Et puis, ce qui est le plus frappant dans tajmaât, c’est qu’en dépit d’une mondialisation ravageuse, et aussi loin que son existence remonte dans le temps, elle demeure toujours d’actualité : elle revient sur le devant de la scène, comme un atavisme, à chaque fois que la vie des habitants se trouve menacée. On l’a vu en 2001 lorsque des jeunes ont été assassinés en Kabylie, et on l’a vu encore récemment au début du confinement pour raison sanitaire lorsque les habitants ont décidé de recourir à l’auto-confinement avec tout ce que cela sous-entend comme solidarité et discipline.

On le voit également à chaque fois qu’il est question d’un incendie ou tout autre sinistre. Il est vrai qu’avec la mise en place des comités de villages puis encore des associations, qui constituent beaucoup plus une interface, sinon un interlocuteur avec les autorités, tajmaât, en tant qu’esprit, n’est pas tout à fait ce qu’elle était dans le temps, mais le socle des valeurs y est toujours. Par moments dans l’histoire, il y a des flottements, mais certaines anciennes valeurs et pratiques resurgissent tout naturellement à chaque fois que la situation le nécessite. Tout cela, j’estime qu’il faut le mettre en relief, le capitaliser et surtout en être fier. 

Le film documentaire sera réalisé dans quelle langue ? 
Il sera naturellement réalisé en kabyle, mais il y aura par la suite une version en langue française. 

 

Entretien réalisé par : Samir leslous


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER