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Culture / Culture

“L’être anonyme” de Rachid Kahar

Chronique d’une ambition destructrice

© D. R.

Jusqu’où l’homme peut-il aller pour accomplir ses vils desseins mégalomanes, dans l’ultime but d’accéder – et d’écraser, au passage, tous ceux qui menaceraient son ambition – aux pouvoirs  suprême ? Tous les coups sont-ils permis dans l’unique but de satisfaire un égo démesuré, et parfois un complexe d’infériorité qui n’attend que l’occasion idoine pour sortir ses griffes ? Toutes ces questions sont au cœur du roman de Kahar Rachid, publié aux éditions Enag, intitulé L’être anonyme. Ce jeu de mots qui a bien sa place dans un roman ou complot, ambition démesurée, coups bas, hypocrisie sont de mise, explore, dans un récit à la première personne, les vicissitudes d’un être ambigu, brillant esprit à l’âme torturée, fin stratège et opportuniste quand il le faut,  conscient de ses défauts, mais aussi de ses qualités, dont la manipulation, qui le mènera rapidement au succès, puis à la déchéance. Dans cette fable homodiégétique, nous sommes plongés dans les arcanes d’une entreprise en mutation, “Helicom-Prod”, censée devenir la référence en Afrique en matière de construction d’hélicoptères. Une douce utopie pour les nombreux employés et les gros bonnets de la boîte à laquelle accédera Zakaria Djabrouhou – un patronyme qui fait d’ailleurs allusion d’emblée au caractère arriviste du personnage – après un passage à vide où toute son existence est remise en cause. De cette parenthèse incertaine, où il se retrouve sans emploi après une faute professionnelle au sein d’un journal étatique, le personnage passe en revue sa vie ; son enfance, son échec professionnel, amoureux et même familial. Naît alors un puissant sentiment de vengeance et un besoin de prouver ses compétences. Fraîchement installé dans son bureau de chef du service communication de cette nouvelle entreprise qui ne fait qu’engloutir des sommes colossales, le nouvel employé parachuté grâce au Major, un puissant affairiste, trouve son aise et combine allégeance aux responsables de la boîte et petits services rendus aux collègues, dans l’intention à peine voilée de se faire aimer de ceux-ci, mais surtout de gravir les échelons. Chose qui arrivera assez tôt, puisque le PDG par intérim le prend sous son aile, afin de lui confier la double tâche de directeur du département de la communication, et de taupe, qui l’informe de tous les faits et gestes des cadres pressentis pour devenir PDG.  Bien sûr, ce stratagème de “la planche savonneuse” fait jubiler Zakaria. Il règle ses comptes avec tous ceux qui l’ont sous-estimé ou pris de haut. Pouvoir, argent et, surtout, aucune conscience, puisque le personnage se plaît à exécuter les sales besognes qu’on lui assigne, nous découvrons un Zakaria transformé en machine prête à toutes les traîtrises. Celui qui se présentait au début du roman comme un journaliste intègre, soucieux de bien faire son travail, s’il n’est pas directement responsable de la chute programmée de ce colosse aux pieds d’argile, a participé à une certaine échelle aux précipitations des évènements. Fermer les yeux sur des pratiques qui desservent l’entreprise, faire passer ses intérêts personnels, évincer des éléments brillants dans le seul but de se voir occuper le fauteuil tant convoité du PDG n’est-il pas alors un des ingrédients qui menacent la santé d’une entreprise ? L’auteur, dans une belle maîtrise de son sujet littéraire, arrive à montrer la schizophrénie de son personnage, qui se présentait, au prologue du roman, comme “une intelligence supérieure d’un électron libre qui avait constamment œuvré de bon cœur pour le bon déroulement du projet (…) dans une certaine mesure, je pouvais même être considéré comme un potentiel sauveur”. La jungle que peut devenir le monde professionnel est dépeinte avec concision, les pensées, les combats fratricides de tout le personnel, leurs ambitions cachées sont rapportés, comme s’ils avaient un jour existé, dans un florilège de détails précis, de flash-backs, de propos tenus lors de réunions secrètes qui pourraient avoir lieu dans n’importe quelle entreprise dans le monde.

Yasmine Azzouz 
 w L’être anonyme, de Rachid Kahar, éditions Enag, 295 pages, 2017. 


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