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A la une / Culture

Karim Traïdia, réalisateur de “Chroniques de mon village” à “Liberté”

“Dans ce film je voulais raconter ma désillusion”

Karim Traïdia. © D.R.

Dans ce long métrage sorti en juillet 2016, le réalisateur raconte son enfance dans un petit village à l’est du pays, durant la guerre de libération. Depuis, cette fiction est sélectionnée dans différents festivals. Rencontré lors du 12e festival international du film oriental de Genève (avril dernier), Karim Traïdia est revenu dans cet entretien sur les raisons de raconter cette étape de sa vie sur grand écran.

Liberté : Pour la réalisation de votre dernier film Chroniques de mon village, vous avez mis pas moins de vingt ans. Pourquoi cette œuvre a-t-elle mis autant de temps pour voir le jour ?
Karim Traïdia : Avant de penser au métier de réalisateur, je voulais devenir écrivain. Je me rappelle, un jour mon instituteur m’avait demandé ce que je voulais exercer comme métier, et j’ai répondu spontanément auteur. J’étais fasciné par toutes les lectures que j’avais faites ; à l’école primaire et au lycée, j’étais excellent en rédaction. J’aimais créer, j’avais une fantaisie énorme. Je me rappelle aussi quand j’étais gamin, notre jeu favori était “Fanfan, la tulipe”, je dirigeais constamment les autres enfants, dès le début j’étais un meneur d’hommes.
Quand je me suis installé en France, à partir de là, j’ai pensé à faire du cinéma. Car, à mon arrivée je travaillais dans une pizzeria, et j’ai rencontré le fils de Francis Blanche, et d’autres comédiens de théâtre, et je racontais à ces artistes pour frimer que j’écrivais un scénario tout en rime.
Alors, j’ai commencé à écrire des histoires, des anecdotes, des passages sur ce que nous disait ma mère ou ma grand-mère, et à travers ces histoires j’ai réalisé un cahier sur mon enfance, et j’ai eu la prétention de vouloir en faire une trilogie : l’enfance, la jeunesse et le départ.

Ce long métrage sorti en 2016 raconte votre enfance, en somme une grande partie de votre vie. Transposer votre intimité au cinéma était-ce une démarche facile à réaliser ?
Pour moi, le plus difficile était à la mort de mes proches. J’ai signé un contrat avec deux maisons d’édition pour écrire un roman sur mon enfance, alors j’ai commencé à écrire. Mais suite au décès de ma mère, mon père, ma grand-mère et ma sœur… je ne pouvais plus écrire. Mon rêve était que ma famille puisse voir ce film. Émotionnellement, je me suis dit j’ai un devoir d’être le plus fidèle possible à la réalité, j’ai ressenti que c’était difficile pendant le tournage, il m’arrivait souvent de pleurer, mais il ne fallait pas le montrer devant l’équipe technique, alors je me mettais à raconter des blagues. Le soir quand je rentrais à l’hôtel, je lâchais toutes mes émotions.

Le film a été produit dans le cadre de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance en 2012. Mais la guerre, on la vit de loin, à travers les moudjahidine, des coups de feu…
C’est vrai, le film a été réalisé dans le cadre du cinquantenaire de l’indépendance, mais pour moi, la guerre était le contexte, ce n’était pas cela mon propos et mon discours. Je voulais raconter mon enfance, ma désillusion, raconter ma famille, mes parents, mes amis. Mon village n’est pas la guerre, cette dernière ne m’intéressait pas du tout.

À ce propos,  le personnage de Bachir faisait beaucoup d’allusions à l’indépendance du pays et l’avenir du peuple. Était-ce une manière de dénoncer les désillusions d’aujourd’hui ?  
Je voulais parler de tous les rêves sur l’indépendance qu’on a plantés dans ma tête quand j’étais enfant. Toutes ces graines qui finalement n’arrivent pas à pousser : elles restent des graines, toutes ces choses qu’on nous a promises et malheureusement les promesses n’ont pas été tenues.
 

Le comédien Hassen Kechache a campé le rôle de votre père. Un papa absent dans la vie de cette famille, mais paradoxalement il était très présent dans l’imaginaire du petit Bachir…
Le père brillait par son absence ! Il me manquait tellement, mais je ne voulais pas l’avouer. Je pense avoir plus ou moins réglé le compte de mon père en minimisant sa relation avec l’enfant (Bachir dans le film, ndlr), je voulais qu’on ne l’aime pas ce père dans le film, j’ai tout fait pour qu’on ne l’aime pas, finalement je pense qu’on l’aime bien.
Cet homme est innocent, d’ailleurs il dit à son fils : “C’est le mektoub, il fallait que je parte.” Il a du mal à expliquer à son enfant son départ, et son fils a du mal à l’accepter.
Dans ce film, je voulais que ce père “serve” à quelque chose, ou l’utiliser, car il n’y a pas d’amour ! C’est une relation très ambiguë, d’ailleurs même Hassen Kechache s’est battu pour donner un peu de dimension au père, mais je ne le voulais pas.
Mon père est décédé, mais quand j’étais enfant je lui en voulais terriblement. Je n’avais personne pour me protéger, alors j’ai commencé à imaginer que ce soldat français aurait pu être mon père. J’ai pensé tout cela parce que mon père n’était pas là.


H. M.

 


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