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Culture / Culture

PROJECTION DE “FI RASSI ROND-POINT” DE HASSEN FERHANI AU FICA

Dans la réalité des abattoirs algérois

© D. R.

Projeté en avant-première, mardi, à la salle El-Mouggar, ce documentaire sur l’univers des abattoirs algérois a conquis le public présent.

Le documentaire Fi Rassi rond-point (Dans ma tête un rond-point) de Hassen Ferhani a été projeté mardi à El-Mouggar, en avant-première algérienne. Ce premier long métrage du jeune réalisateur a fait salle comble, lors de la 4e soirée du 6e Festival international du cinéma engagé d’Alger (FICA). Cette œuvre sélectionnée dans la catégorie documentaire en compétition a déjà reçu de nombreux prix dans des festivals internationaux, notamment ceux de Marseille, Tunis et Turin. Dans cette production de 100 minutes, le réalisateur a abordé un sujet original et inexploité jusque-là, mais qui reste également méconnu du grand public : celui des abattoirs algérois. Dans l’enceinte de cet établissement situé à l’avenue des Fusillés (Ruisseau) travaillent des hommes dans des conditions quasi inhumaines. Ils côtoient dans leur quotidien morose la mort et le sang. Ces hommes donnent l’impression d’être aussi lessivés que les bêtes de l’abattoir. À travers sa caméra, il redonne vie à ces personnes et dresse des portraits touchants et attachants de ces protagonistes si accablées par la vie. On retrouve Youcef (20 ans), un jeune qui représente la plupart de la jeunesse algérienne qui rêve de voyager, de trouver l’amour ou de s’acheter de belles voitures… Complètement blasé et résigné, il se contente de ce qu’il possède, en confiant à son copain surnommé le “Kabyle” : “Dans ce pays, si tu n’es pas aisé, tu ne peux rien t’offrir, tu as seulement le choix entre le vol ou le deal, le suicide et la harga.” Tout en insistant sur le fait que de nombreux de ses copains se sont donné la mort, et la seule chose qui le retienne c’est sa mère. Confus et perdu dans ses idées, il lance : “Fi rassi rond-point, car il y a tant de choses dans ma tête que je ne peux résoudre.” Comme des milliers de jeunes issus de familles défavorisées, la seule ambition de ce jeune homme est de quitter le pays pour trouver un ailleurs meilleur. Un autre personnage récurrent, Amou le philosophe et l’amoureux des oiseaux, la cinquantaine passée, d’un grand humour. Sa phrase favorite : “Nous ne mentons pas, mais nous ne tombons pas non plus dans la vérité.” Selon ce protagoniste, cette phrase résume l’être humain. D’ailleurs, Hassen Ferhani songeait à cette citation comme titre du film, mais pour sa longueur, il a opté pour Fi rassi rond-point, a-t-il indiqué durant le débat avec le public. L’abattoir est un très bel édifice de l’extérieur. En y entrant, on se retrouve plongé dans l’antre du diable, les cadavres de vaches ensanglantées font partie du décor de cette grande “maison”, les employés y dorment, partagent des confessions, leur vécu, de la joie face au petit écran (match de foot), ou se permettent seulement de petites pauses-café. En fait ce sont là des situations de la vie “normale”, mais chose incroyable est de le faire à côté d’une bête morte étalée sur le sol, ou alors à côté d’une mare de sang. Ces personnes marginalisées passent leur existence dans ces abattoirs, elles ont accepté de témoigner, de se livrer et de se confier en toute intimité, elles sont complètement meurtries. L’un des pionniers, Ami Ali, âgé de 90 ans, était directeur de l’abattoir durant des années (depuis 1945), il se retrouve à nettoyer les vestiaires. Fi rassi rond-point est une belle œuvre. Malgré quelques imperfections, le jeu naturel des protagonistes et leur histoire vous plonge dans leur réalité. Une réalité partagée entre la détresse et la force, la démission et la détermination, l’amertume et l’espoir. Même s’il ne s’achève pas forcément par un “happy end”, ce doc se termine, laissant ces hommes poursuivre leur petit bout de chemin avec une note musicale douce et attendrissante.


H.M.

 


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