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Culture / Culture

“Lettres à Abel”, roman de Maï-Do Hamisultane

Dialogue avec l’absent

Romancière et psychiatre, Maï-Do Hamisultane, d’ascendance chinoise, vietnamienne et marocaine, est née en France et passe une partie de son enfance à Casablanca.

Lettres à Abel, ce petit livre (125 pages) est en réalité un condensé de sentiments, de frustration et de regrets éprouvés par une femme à laquelle on arrache ce qu’elle a de plus cher au monde : son enfant. Après une belle histoire d’amour née entre Paris et Tanger, la douloureuse séparation survient juste après la naissance d’Abel. Il s’ensuit une éprouvante bataille judiciaire pour la garde de l’enfant. Pourtant, le jour de sa naissance, les parents “s’étaient retrouvés tous les deux enfants de la parentalité”. C’était le bonheur. Mais “dans la vraie vie, le bonheur n’existe jamais tout à fait”. La mère aime passionnément la littérature et le cinéma. De roman en scénario, elle parcourt la France et de lointains pays pour assister à des conférences. C’est connu, les voyages trop fréquents influent sur la stabilité familiale. La mère est accusée de délaisser son fils qui sera confié à des âmes plus disponibles. C’est le déchirement, la souffrance d’une mère séparée de son enfant, mais qui ne peut se détacher de sa passion pour la littérature. C’est à travers celle-ci qu’elle va d’ailleurs exorciser ses tourments, en écrivant des lettres à son fils, au gré de ses souvenirs et de ses pérégrinations dont l’inspiration épouse le rythme des saisons. Dans une des lettres, elle reconnaît “être dans une fragilité psychologique et d’avoir eu envie de tout plaquer, d’aller recommencer une nouvelle vie”. Mais l’enfant l’obsède et elle n’existe que pour lui. Pour “ne pas sauter par la fenêtre”, elle arpente Paris, cherche à voir son fils devant la crèche, dans un parc, dans une rue. Pour un bonheur complet, elle profite de son tour de garde d’Abel pour effectuer une escapade avec lui à Marrakech, sans demander l’autorisation paternelle. Au retour, Abel a failli vendre la mèche à son père en disant “chameau”, qu’il aura vu au Maroc. Heureusement qu’il y avait un chameau en peluche à la maison. Romancière et psychiatre, Maï-Do Hamisultane, d’ascendance chinoise, vietnamienne et marocaine, est née en France et passe une partie de son enfance à Casablanca. Son nom de famille Hamisultane est originaire de l’Inde, selon elle. De cette ascendance à la fois orientale et occidentale, l’auteure tient une profonde culture qu’elle exprime à travers ses œuvres par des images fortes portées par une poésie affirmée. Elle a publié des poèmes dans un journal marocain, avant d’écrire son premier roman, La blanche, puis Santo Sospir (Prix littéraire Découverte de Casablanca 2016), “un récit envoûtant jusqu’à l’étourdissement, tout au long duquel elle sème des fulgurances littéraires lapidaires qui donnent à penser à nos propres amours et à notre rapport à la littérature”. On retrouve la même philosophie et la même force poétique dans le dernier roman Lettres à Abel (Média-Plus, Constantine, 2017) qui est, en définitive, un dialogue avec l’absent, avec soi-même, une évocation de son vécu “de femme-mère à la fois heureuse et délaissée, rejetée par les siens et la société”. L’insoutenable réalité des chaînes du passé peut conduire une personne à en finir, comme la mère a envisagé de le faire, comme la princesse Leïla Pahlavi l’a fait le 10 juin 2001 en se suicidant dans un hôtel de Londres, à l’âge de 31 ans, lasse de “ne pouvoir aller quelque part”. L’auteure rêve d’un roman qui s’appellerait Leïla, comme si une certaine communauté de destins tragiques l’y pousserait inexorablement.            


ALI BEDRICI


Lettres à Abel, de Maï-Do Hamisultane, éditions Média-Plus, 125 pages, 2017.


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