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Culture / Culture

Son œuvre a été marquée par l’expérience algérienne

Geneviève Buono, “la messagère”

L’écrivaine Geneviève Buono. © D.R.

Geneviève Buono est une romancière, nouvelliste, poétesse et auteure de théâtre française qui a vécu 17 ans en Algérie, de 1949 à 1966. Enfant, elle est happée par la guerre en raison du combat de ses parents, militants communistes engagés pour l’indépendance de l’Algérie. Fille de Christian Buono – emprisonné par les Français – et nièce de Maurice Audin, assassiné par les parachutistes lors de la Bataille d’Alger, ces événements douloureux ont pesé lourdement sur son enfance. Rencontrée à Paris où elle côtoie les milieux littéraires et artistiques, elle a bien voulu nous accorder un entretien.

Liberté : Étiez-vous consciente des événements qui se déroulaient à l’époque ?
Geneviève Buono : Je comprenais les raisons de l’emprisonnement de mon père et de l’assassinat de mon oncle Maurice Audin en 1957. Je grandissais dans une atmosphère où mes parents, à Alger ou en Kabylie où ils avaient enseigné, portaient un regard lucide sur la population algérienne écrasée par la misère ; ils étaient révoltés par l’injustice coloniale. À 12 ans, je demandai à ma mère comment aider les combattants. Elle m’a conseillé de leur tricoter des pulls, puis j’ai transmis des couffins contenant des messages. J’étais angoissée à l’idée d’être arrêtée et de livrer sous la torture les réseaux clandestins du PCA pro-FLN. Mais nous étions convaincus que l’indépendance était inéluctable.

Elle est effectivement venue : comment avez-vous vécu les premières années de l’Algérie indépendante ?
Mon père, moudjahid, fut médaillé. La mémoire de mon oncle Maurice Audin a été honorée. Mais ce qui s’est passé après l’indépendance n’est pas toujours bon, ni honnête vis-à-vis des Européens progressistes. L’Algérie aurait pu, à mon avis, suivre une voie équivalente à celle que Nelson Mandela tracera plus tard en Afrique du Sud.

Des regrets ?
Jamais ! Nous nous sentions totalement algériens et c’est par conviction que notre famille s’était engagée pour la libération de l’Algérie. La seule amertume aujourd’hui est de voir autant de jeunes s’exiler, ce qui fait perdre à ce pays une partie de son âme. Personnellement, je suis une Française altermondialiste. Dans mes écrits, je cultive les valeurs d’humanisme, de liberté et d’universalité. Je porte en moi des pans entiers de la culture algérienne qui ne cessent de m’inspirer. Quand je retourne en Algérie, je suis heureuse d’interpréter l’histoire de ma famille, mon histoire. Je m’y sens parfaitement à ma place, et les spectateurs m’en sont reconnaissants.

De professeur de mathématiques, vous voilà écrivaine.
La littérature et les maths – deux mondes où l’on peut inventer à l’infini – se côtoient et parfois se ressemblent par leur créativité. J’ai écrit quatre romans : La nuit des mandarines (éditions Tangerine nights), La mouette rieuse, Salut Max et coécrit en 2018 avec Samira Aït Ouhamou La reine Minouche, histoire vraie d’une femme algérienne aux prises avec les contraintes sociales. J’ai publié des nouvelles comme Les enfants de Gédéon (TN), Le temps n’inquiète pas les héros (TN) et, dernièrement, un recueil de poésie : Rêve général (TN). Également des pièces de théâtre comme Le Crapaud de Makouda et Un voyage de Django (L’Harmattan), ainsi que La Fontaine d’or, commanditée par le Feliv d’Alger en 2012.

Quelles sont vos perspectives ?
Écrire l’histoire romancée de mon enfance dans le maelstrom de la guerre. En chantier également des nouvelles, des contes pour enfants et de la poésie. Je dirige une petite structure de théâtre qui interprète mes productions et nous participons au festival d’Avignon Off avec le conte africain Aminata, princesse de la pluie.


A. B.

 


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