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Culture / Culture

Ouverture des 16ES rencontres cinématographiques de Béjaïa

Hommage appuyé à la femme

Le long métrage Des figues en avril de Nadir Dendoune, projeté samedi soir à l’ouverture des 16es Rencontres cinématographiques de Béjaïa (RCB), a donné lieu à des hommages à répétition en faveur de la femme en général et de la mère en particulier, tant sa complainte a été prenante et bouleversante, car abordant des douleurs et des déchirures vives mais en permanence vécues dans le silence. En dressant le portrait de sa maman octogénaire, sa vie et son parcours, sans recourir au moindre artifice cinématographique pour la magnifier, Dendoune en a naturellement levé le voile, en livrant dans la pudeur mais avec beaucoup de malice, passion et détermination la force de ses congénères à transcender les difficultés, les mauvaises passes, voire les drames. Ceci est surtout vrai pour les femmes rurales, durant la colonisation, lesquelles, en plus des privations, de l’analphabétisme, du non-droit à la parole et de l’exil quasiment forcé car obligées de suivre leurs maris à l’étranger, ont dû endurer l’effort d’adaptation exigé par leur nouveau milieu d’accueil sans s’y être préparées le moins du monde. Apprendre la langue, s’orienter, faire leur courses, accompagner les enfants à l’école, les habiller correctement, les éduquer, les pousser à réussir : des épreuves et des défis quotidiens qu’il a fallu relever et qui exigeaient plus qu’un investissement maternel, mais un sacrifice humain. “Na Messaouda” en était l’incarnation.

Elle, la “Kabyle des montagnes”, qui a grandi avec les chèvres et qui, arrivée en France en 1968, à l’âge de 25 ans, ne connaissait pas un traître mot de français, mais a réussi, avec son mari, à s’intégrer du mieux qu’elle pouvait et surtout à élever, dans un milieu en banlieue parisienne presque hostile, convenablement ses neufs enfants dont l’œuvre reste sa grande fierté. Et malgré tout, elle n’en était pas heureuse, frustrée de ne pouvoir définitivement rentrer pays où, pourtant avec son mari, ils ont construit une belle maison, acheté des terres et fait pousser des vergers. Son époux, malade, atteint d’Alzheimer et admis dans une clinique adaptée, ses enfants partis faire chacun sa vie et la situation de crise du pays qui ne l’inspire pas ont fini par atteindre ses espoirs et à l’obliger à “l’exil forcé”. “Nous devons vivre sur la terre des Français. Que Dieu nous pardonne”, se met-elle soudain à maugréer, visiblement bercée par la voix off de Slimane Azem : “Algérie mon beau pays, je t’aimerai jusqu’à la mort.” Déambulant dans un deux-pièces à Saint-Denis, à huis clos, avec un naturel désarmant, elle narre sa vie avec philosophie, humour et lucidité. Elle n’en fait jamais trop, se contentant de livrer les repères qui ont jalonné son parcours, ses épreuves et rêves déçus. Bon pied, bon œil, jolie, à 82 ans, elle crève l’écran, comme en témoigne l’enthousiasme du public à chacune de ses réparties.
Son fils, Nadir, n’a pas fait beaucoup d’effort pour en faire le montage, comme il l’a avoué durant les débats, le film ayant été la résultante d’une compilation de photographies et vidéos, amorcé avec un appareil d’un portable. “Elle s’est confiée à moi comme elle l’aurait fait devant un psy”, a-t-il soutenu. Cette séance d’inauguration qui s'est étalée jusqu'à une heure tardive de la nuit a été ponctuée de la projection d’un court métrage de 20 mn, produit en 2017 par Ahmed Nader. Sous le titre de Wanas (affabilité), l’auteur met en avant une tranche de vie d’un couple marié, soumis aux vicissitudes de fin de vie, notamment la vieillesse et la maladie. Une période difficile, en somme, mais qui paradoxalement est fortement combattue, grâce à l’ardeur de la flamme amoureuse qui anime le couple.
L’auteur, qui dépeint une tranche de vie de ses parents et leur passion, aborde le sujet sur un ton différent de celui de la tradition, en affirmant que, contrairement à l’idée préconçue, les parents cachent souvent leur amour mais le vivent pleinement en intimité.


APS

 


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