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Culture / Culture

Ali Silem, artiste-peintre, à “Liberté”

“Il est difficile de vivre de son art”

L’artiste-peintre Ali Silem. © Kareche / Liberté

Le fils d’Ath Yenni (Grande-Kabylie) a exposé pour la première fois en 1972. À partir de cette date, il a participé à plusieurs expositions collectives jusqu’en 1982, où il commencé à animer  régulièrement des expositions personnelles en Algérie puis en France. Rencontré à son retour du Tassili n’Ahaggar où il est parti se ressourcer, l’artiste-peintre, Ali Silem, nous accorde cette entrevue pour nous livrer modestement  un pan de son incroyable parcours.

Liberté : Pouvez-vous nous parler de ce retour au bercail et du secret de cette expédition dans le Tassili du Hoggar ?
Ali Silem : Vous devez savoir que cette pérégrination n’est pas une première dans le Hoggar. La première fois que j’y suis venu date de 1974, j’étais encore étudiant. La visite que nous avions faite était à dos de chameau.
Il n’y avait que des pistes, c’était une méharée extraordinaire. De cette visite, je garde toujours ces éléments, ces symboles et ces signes qui reviennent tout le temps dans ma peinture à l’exemple de tout ce qui est transcrit en tifinagh et de cette beauté qui ne se démode jamais. C’est une chose très rare.
Moi je suis fasciné devant la culture de cette région et le savoir de ses autochtones, connus pour leur silence semblable à celui de la musique. Leur silence remplie un vide, et ce n’est pas n’importe quel silence. Quand tu vois comment ils aiment leur pays, comment ils le nomment, tu te rends compte à quel point ils sont attachés à leur mère patrie. La toponymie ici n’est nulle part  aussi importante : toutes les pierres ont un nom en histoire. Moi je suis de la Kabylie, que j’adore, mais eux dépassent toute espérance  parce que souvent les gens du Nord s’interrogent sur le mode de vie des Sahariens, mais surtout sur leur attachement ésotérique au vide, au désert. En toute humilité, je me permets de leur répondre en disant que le désert a tout.
Céans, les gens savent voir la beauté dans sa sobriété. Ce qui s’apparente à une leçon pour chaque peintre. Personnellement, c’est pour me ressourcer et recharger mes batteries que j’écoute ces poètes du désert qui ne parlent jamais pour ne rien dire. Des gens tout à fait contraires à ceux qui se mettent à te donner des leçons et qui pontifient à tout bout de champ.
Il n’y a rien de tout cela ici. Les gens ont les pieds sur terre. Ils ont la simplicité des philosophes et la beauté des sculpteurs grecs, ce sont des modèles pour moi. Après toutes ces années me voilà à Tamanrasset pour sentir de nouveau le sable et faire aboutir un projet qui m'était proposé par un ami poète.

Que pensez-vous de l’art en Algérie ?  
En Algérie y a d’excellents peintres, notamment au sein de la jeunesse. Moi je ne suis pas du tout pessimiste. Je trouve que la peinture en Algérie est un art vivant. Beaucoup de peintres vivent de leur peinture. Leur métier c’est peintre et ne font que cela.
Ce qui est très rare même dans d’autres pays. J’ai vécu de ma peinture même si j’ai fait en parallèle quelques travaux généralement en temps aménagés au profit des entreprises qui me sollicitent. Mais c’était toujours dans mon domaine artistique.
J’ai fait également de la communication visuelle et de l’édition, mais je ne suis jamais allé au-delà de mon domaine. J’ai fait un métier où j’ai toujours été très heureux.

Etes-vous contre la polyvalence ?  
Non ! Je ne suis pas contre la polyvalence. Parfois, les gens sont obligés de l’être. Je ne peux pas nier que parfois pour faire ce qu’on aime on doit impérativement faire ce qu’on aime moins.  Dans le monde entier, c’est difficile de vivre de son art.

Certains artistes se sentent marginalisés en Algérie…
Ça a toujours été comme ça. Il ne faut pas croire que depuis les Grecs, c’est terminé. On a une bonne relève. Il y a des années où l’on découvre des peintres exceptionnels et d’autres où il y en a moins. Ce n’est pas parce qu’ils n’existent pas, mais parce que moi je ne les vois pas. Sinon, ils existent d’excellents peintres en Algérie, de jeunes talentueux confirmés. On les découvre dans toutes les expositions qui nous permettent à chaque fois de se nourrir et d’apprendre de nouveaux concepts en art pictural.

Un message aux jeunes artistes peintres…  
Je me garde toujours de donner des leçons. Je me suis amusé et j’ai pris mon pied toute ma vie. Le comédien emploie le terme “jouer” pour nous décrire ce qu’il fait sur les planches du théâtre, pourtant, lui, il travaille.
Les peintres n’utilisent pas ce terme, mais réellement, eux aussi, jouent comme tous les artistes. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il y a une fonction ludique dans l’art, si on l’élimine, on le dénuera complètement de son sens. C’est pour ça qu’on continue à chercher, à produire. Mon conseil est d’éviter de se prendre trop au sérieux pour éviter de faire du mauvais art.
 



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