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Slimane Benaïssa défend la derdja

“Il faut codifier l’arabe algérien”

Le dramaturge Slimane Benaïssa. ©D. R.

Dans le cadre du Festival du monde arabe (FMA), le metteur en scène a animé une conférence-débat, mardi à Montréal, où il est revenu sur la nécessité de codifier la langue algérienne.

L’auteur et metteur en scène Slimane Benaïssa plaide pour une codification de la derdja, l’arabe algérien. “L’arabe algérien n’est pas codifié à l’écriture. Il faut, à mon avis, régler ce problème de codification. Jusqu’à il y a quelques années, il était interdit de publier en arabe algérien”, a déclaré M. Benaïssa au cours d’une conférence-débat animée, mardi soir à Montréal, dans le cadre du Festival du monde arabe (FMA). Pour l’auteur de Babor Ghreq, l’essentiel de la production théâtrale algérienne est en arabe dialectal. La difficulté de l’édition en arabe dialectal réside, outre donc la problématique de sa codification, dans son statut qui le relègue dans les abysses de l’oralité. Le seul lieu où l’arabe algérien était enseigné fut le Diocèse d’Alger, a révélé l’orateur qui compte éditer ses œuvres théâtrales en langue algérienne. Slimane Benaïssa affirme que ce ne sont pas les francophones qui sont contre l’arabe algérien, mais plutôt les arabisants partisans de l’arabe el-fosha (classique). Pour l’homme de théâtre, la reconnaissance officielle de tamazight est intervenue en retard, après les “dégâts” de l’arabisation. “Moi, j’ai défendu la langue berbère, je suis d’origine berbère, et tout le monde le sait”, soutient-il. Abordant l’usage de la langue française dans les arts et la culture, le conférencier assume son bilinguisme et sa double culture. “Le problème de la langue ne s’est pas posé aux anciens. Mohamed Dib, Mouloud Mammeri, Kateb Yacine avaient écrit en français. C’est notre génération qui est confrontée à la langue de Molière”, dit-il. Benaïssa s’est mis à l’écriture en français, depuis son exil en France au début de la décennie noire. Quel que soit le substrat linguistique, les émotions véhiculées dans ses œuvres restent les mêmes. “La décennie noire, on l’a vue venir ; ensuite, on la vécue et, enfin, on a vu ses conséquences”, déplore-t-il. Bien que la responsabilité des islamistes soit engagée, ils ont pris le maquis contre l’Algérie, État et société, le pouvoir n’était pas moins responsable, dans la mesure où il a combattu les démocrates et leur projet de société, en laissant le champ libre à l’intégrisme, dénonce encore Benaïssa. Celui-ci fera remarquer que l’Algérie n’est plus dans les mêmes perspectives d’avant la décennie noire, puisque celle-ci a dévoyé le projet humaniste et démocratique algérien. “Elle n’est plus dans la même pensée”, conclut Slimane Benaïssa.

De Montréal : Yahia Arkat