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Culture / Culture

Claude Cornu, auteur et ancien appelé français, à Liberté

“Je ne voulais pas faire la guerre…”

Les Editions Franco-Berbères ont publié en 2018, en Algérie et en France, un ouvrage de Claude Cornu intitulé “Inourar-Nouader, village des Aurès”. Illustré par des dessins, peintures et photographies de l’auteur, c’est le récit d’un appelé français dans un village des Aurès pendant la guerre de Libération. Rencontré lors d’un évènement littéraire, Claude Cornu a bien voulu évoquer ses souvenirs pour Liberté.

Liberté : Comment votre histoire a-t-elle débuté ?
Claude Cornu : Envoyé en Algérie pendant la guerre comme des milliers d’appelés français, je me suis retrouvé, à 23 ans, dans un village des Aurès, Nouader, au sud de Batna.  Je ne voulais pas faire la guerre et j’ai eu la chance de ne pas combattre. Le camp militaire était entouré de champs où s’affairaient des hommes et des femmes. C’était en septembre et il y avait des fruits : grenades, raisins, figues… Je percevais une image de paix.

Vous venez d’évoquer la paix dans la guerre…
Comme j’avais une vocation artistique, les scènes dans les jardins m’inspiraient. Je quittais en cachette le camp pour rencontrer de jeunes villageois et on a appris à se connaître et à devenir des amis. Le commandant s’aperçut un jour que je sortais du camp. Curieusement, au lieu de me punir, il m’a demandé de faire la classe aux enfants du village. Ce que je fis de 1958 à 1960. C’était un échange, je leur apprenais à lire, à écrire, à dessiner et ils m’apprenaient leurs coutumes et leur vision des choses. J’étais totalement accepté. Des femmes et des enfants m’apportaient du café et de la galette. Une fois, comme il n’y avait pas d’eau courante dans le village, j’ai demandé au commandant de faire venir mes élèves pour une douche au camp. Confiantes, toutes les familles avaient accepté. Je faisais la classe dans un lieu qui servait de salle de prière. Le vendredi, pour la libérer, on allait à la douche.

Et la guerre dans tout cela ?
Même si dans le village de Nouader et ses alentours immédiats tout paraissait calme, même si par ma conduite je niais cette guerre, il est évident qu’elle était là, tout près. Personnellement, je n’ai jamais senti de danger. J’enseignais en tenue mais sans arme. Je me sentais protégé par une ambiance amicale. En 2010, de retour à Nouader, j’ai appris de deux anciens membres de l’ALN qu’ils me suivaient un jour alors que je me promenais avec les enfants dans les champs. “Non, ne tire pas sur lui, il est sous la protection du village”, avait dit le plus âgé au jeune combattant qui m’avait au bout de son fusil. Je pense que les officiers de l’ALN pensaient à l’époque que l’éducation était vitale pour l’avenir du pays.

Qu’avez-vous fait après la guerre ?
J’ai poursuivi des études de dessin, mais l’Algérie ayant besoin surtout de profs de maths et d’autres matières, je n’ai pas pu y aller comme coopérant. Je suis donc devenu professeur de collèges en France. Je suis également artiste-peintre, je produits et expose, mais j’ai toujours travaillé car je ne pouvais pas vivre de mon art. Actuellement, je prépare une exposition dans l’Yonne pour mai 2019.
 
Avez-vous renoué avec Nouader ?

C’est un jeune qui m’a retrouvé 50 ans après sur internet. Le contact rétabli, c’est une avalanche de messages et de coups de téléphone. Je suis retourné à Nouader en 2010 où j’ai retrouvé d’anciens élèves. Je suis revenu en 2017, je me sentais comme chez moi. Les gens se souviennent toujours. Je compte y retourner cette année encore (2019). Les gens me considèrent comme un des leurs. C’est un peu mon village.  Je m’y sens bien, comme chez moi. Quand j’aurais disparu cette histoire, vraie, deviendra peut-être un conte.


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