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Culture / Culture

Tarik Benouarka a composé des titres pour de grands artistes internationaux

“Je prépare un opéra en langue arabe dédié à Djamila Bouhired”

L’auteur-compositeur et dramaturge Tarik Benouarka. © D.R.

Après des études à Alger, Tarik Benouarka s’est installé à Paris pour poursuivre sa formation musicale. Multi-instrumentiste, il a composé des titres pour Beyonce ou alors The Wailers. Depuis une dizaine d’années, il s’est distingué en écrivant le premier opéra en langue arabe El-Nafas. Dans cet entretien, l’auteur-compositeur et dramaturge revient sur son parcours ainsi que sur ses futurs projets en Algérie, notamment la création d’un opéra dédié à Bouhired et un spectacle en hommage à Dahmane El-Harrachi.

Liberté : Après le conservatoire d’Alger et des études musicales à Paris, vous vous êtes illustré dans de nombreuses formes de musiques contemporaines. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours atypique ?
Tarik Benouarka : Pour toutes les vraies choses, l’apprentissage et la découverte ne s’arrêtent jamais. Il faut avoir l’esprit ouvert, être à l’écoute. J’ai abordé beaucoup de scènes musicales, en effet, et peut-être aussi plusieurs écoles, mais toujours avec le même état d’esprit, j’espère avant tout faire de belles choses et les partager.

Vous avez composé pour de grands noms aux différents univers musicaux, tels que Beyonce, Peter Gabriel, IAM, The Wailers, Thomas Dutronc. Et pourquoi votre nom n’est pas associé à des artistes algériens ?
J’ai beaucoup voyagé au fil de mes projets, et j’ai eu la chance, en effet, de collaborer et de rencontrer de très grands artistes de la scène mondiale, mais j’ai toujours gardé le lien avec le milieu musical du pays, car j’ai beaucoup d’admiration pour notre culture, sa richesse et sa diversité, et elle me nourrit en permanence.

Avez-vous déjà eu des propositions ?
Je suis en ce moment même en train d’écrire et de travailler à plusieurs projets dans lesquels je retrouve notre culture et de très grands artistes algériens, notamment un spectacle en hommage à l’œuvre de Dahmane El-Harrachi, c’est l’occasion pour moi d’honorer ce grand artiste, mais aussi Alger, la ville de ma naissance, l’occasion de voyager en musique et en chansons, à travers le temps, les époques et la mémoire de la ville et du pays. Le spectacle s’appellera El-Bahdja. Par ailleurs, je travaille également avec la magnifique voix, musicienne et auteure Manal Gherbi, personnalité bien connue, et nous préparons ensemble pour la rentrée de très belles choses.

Depuis une dizaine d’années, vous avez embrassé une nouvelle carrière, celle de l’opéra. Vous avez sorti en 2013 El-Nafas, le premier opéra en langue arabe. Comment est né ce projet ?
El-Nafas est ma première création de ce genre. La musique, l’orchestre, les voix, le théâtre, mais aussi la poésie sont des passions indispensables à ma vie et j’étais arrivé à un moment où je ressentais le besoin de composer quelque chose de plus grand, de plus personnel encore que tout ce que j’avais créé. Je suis venu à l’opéra après un long processus. C’était un peu comme rassembler différentes parties de soi disséminées à travers le temps et l’espace. El-Nafas parle du destin, de la force et du souffle de la vie. Ce sont les thèmes de l’œuvre. La langue arabe y resplendit avec toute sa beauté et sa poésie.
 
Est-ce que cette démarche est dans l’objectif d’offrir un nouveau regard sur votre culture algérienne ? Votre appartenance à deux cultures (française et algérienne) est-elle pour vous une source d’inspiration dans vos œuvres ?
Bien sûr, ces deux grandes cultures m’ont nourri et m’inspirent en permanence. Je sens profondément algérien et j’assume pleinement de porter en moi les deux rives de la Méditerranée.

Vous avez sillonné le monde avec ce spectacle. Cet apport de la langue arabe dans la musique classique a-t-il reçu une critique positive par les professionnels et les amateurs de ce genre musical ? Et pensez-vous avoir révolutionné ce dernier (une nouvelle touche où le Moyen-Orient “côtoie” l’Occident) ?
Tout à fait, oui, j’ai la chance que mes créations soient appréciées, à travers le monde et de plus en plus au Moyen-Orient mais aussi en Europe du Nord et bientôt je l’espère au Canada et en Amérique où de nombreux projets se dessinent. C’est peut-être la preuve que ces œuvres-là manquaient. Depuis El-Nafas, j’ai composé plus de six autres opéras constituant au fil du temps un répertoire d’œuvres en langue arabe :
Les jours et les nuits de l’arbre cœur, un opéra ballet, La légende de Néré, un oratorio pour orgue et voix en arabe et en latin, Qays wa Layla, selon la légende bien connue que j’ai interprétée à ma manière dans un grand opéra, et Djamila, ma dernière œuvre, un opéra qui je l’espère sera magnifique et que je dédie à ma tante Djamila Bouhired et à toute l’Algérie.
Bien sûr, en m’engageant dans cette voie, j’ai dû faire face à certaines réticences, des esprits chagrins ou jaloux et suffisants qui n’ont sans doute pas supporté qu’un Algérien puisse avoir un talent qu’ils n’avaient pas, ou que la langue arabe entre dans leurs opéras. J’ai découvert aussi certains complexés, hélas aussi chez nous, mais ces gens-là n’ont jamais compté. Ce qui compte c’est ce qui est créé. C’est pour ça que j’écris ces œuvres-là, elles me dépassent. Et chacune, je le crois, me survivra.

El-Nafas a été accueilli une seule fois en Algérie en 2013 au TNA. Réfléchissez-vous à réaliser des spectacles dans votre pays d’origine ?
De tout cœur, oui ! L’opéra d’Algérie (Théâtre national d’Algérie) est une scène naturelle pour toutes mes créations. J’ai d’ailleurs plusieurs projets avec l’opéra d’Alger Boualem-Bessaïh et il est d’ailleurs question de rejouer El-Nafas aussi d’ici la fin de l’année. J’en serais très honoré.
 
Les orchestres symphoniques avec lesquels vous avez travaillé sont un “brassage” de plusieurs nationalités. Votre musique est-elle un appel au vivre-ensemble et à la diversité ?

Je crois en une seule et belle humanité et j’espère qu’un jour elle saura se rassembler. Il est possible de la faire sans oublier qui nous sommes et sans perdre nos valeurs, nos racines et sans se fondre dans un ensemble dénaturé. C’est mon vœu d’homme et d’artiste. J’applique cette conviction au quotidien dans ma vie personnelle et artistique.

Vous avez également écrit Les jours et les nuits de l’arbre cœur, composé de musiciennes non voyantes. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?
J’ai composé et écrit Les jours et les nuits de l’arbre cœur en le dédiant à cet orchestre symphonique de femmes musiciennes non voyantes, et ce fut une des expériences les plus marquantes de ma vie de musicien. Nous avons joué cette œuvre à l’Opéra du Caire, puis à Paris dans la prestigieuse salle Gaveau. Là aussi j’ai pu me rendre compte que la musique et l’art n’étaient pas seulement de belles choses mais aussi des ailes pour porter notre humanité et la confronter aux réalités de notre monde avec la beauté.
Il n’y a que le cœur qui voit. C’était le thème de cette création. Le voyage de deux êtres endormis qui se retrouvent dans le même rêve.


H. M.

 


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