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Culture / Culture

L’ARTISTE PLASTICIEN ADEL ABDESSMED À LIBERTÉ

“Je suis un enfant des Aurès”

Adel Abdessmed. ©Hamatou/Liberté.

Pas besoin de courir le monde, comme il le fait lui pour le retrouver. Adel Abdessmed, car c’est de lui qu’il s’agit, est peintre, sculpteur et vidéaste.
Il y a quelques semaines, Adel avait fait la une de tous les médias, internet et réseaux sociaux compris. Si défrayer la chronique est une seconde nature chez Adel “en toute innocence”, il vient de jeter une sculpture sans socle qui ne pèse pas moins de 3 tonnes en marbre noir et sous le titre “Je suis innocent”. Les circonstances atténuantes et les preuves matérielles ont créé un rush et une ruée des Parisiens, sans précédent, vers la place Pompidou (Paris) pour voir et s’interroger sur le dernier ou les derniers-nés de Adel, qui a habitué les Parisiens, connaisseurs et néophytes au meilleur et au pire, mais aussi les New-Yorkais et les Berlinois pour l’occasion.

Liberté : Permettez-moi de revenir un peu en arrière. Comment étaient vos débuts, c’est- à-dire après avoir quitté l’Algérie, je parle de vos études, mais aussi du saut que vous avez fait dans l’inconnu, de la rive sud vers la rive nord…
Adel Abdessmed :
Mes débuts se sont réellement passés dans les rues et sur les terrasses de Batna... Et ce que vous appelez mon saut a plutôt été la sortie d'une condition de vie marquée par la terreur et la violence de la guerre, la guerre civile, une dispute de pouvoir, où l'on assassinait l'espoir. Je savais que je devais m'y extraire et le lieu que je devais rejoindre n'était pas la question. J'ai quitté l'Algérie... Je suis arrivé en France.
 
Depuis vos premiers pas sous d’autres cieux – école des beaux-arts de Lyon (France) – vous avez fait un long chemin, couronné de succès d’ailleurs. Est-ce que vous vous attendiez à cette réussite ? Ce que vous avez appris en Algérie, aux écoles des beaux-arts, sinon par le contact avec certains artistes, vous-a-t-il servi ou aidé ?
Dans mon enfance, j'ai eu la chance de rencontrer, à Batna, Cherif Merzougui, qui était un excellent dessinateur et coloriste, un homme très généreux qui a marqué positivement mes premières approches de la pratique de l'art. Il était un personnage exemplaire, au regard de l'art de la région, un art que j'ai, pour ma part, refusé assez tôt, lorsque je me suis rendu compte de son côté exotique, orientaliste, à la Étienne Dinet. Avec Merzougui, nous étions de grands amis et il est mort à 40 ans dans mes bras. Mes années à Lyon ont été importantes, surtout pour la connexion avec les gens de mon âge, avec lesquels j'ai parfois partagé les mêmes intérêts, les idées du futur surtout, notre futur, plus dans la vie que dans l'art.
 
La presse et les critiques n’ont pas tardé aussi bien à vous attaquer qu’à vous encenser… Tour à tour, vous êtes adulé et férocement attaqué. Pour reprendre l’expression de la revue Les inRock (“détesté et adulé”), citant l’exemple de votre œuvre Don’t trust me, représentant des animaux se faisant abattre à coups de massue. Comment avez-vous vécu cela ?
Les médias sont comme ça : lécher, lâcher, lyncher. Lorsque quelqu'un tombe dans leur champ d'observation, il doit subir cette forme de manipulation générique et superficielle, qui a peu de rapport avec le développement de son art.
 
Des œuvres politiquement engagées. L’artiste aborde des sujets épineux considérés jusque-là comme tabous (l’exclusion, la religion, la sexualité…), de prestigieux titres de presse spécialistes, mais aussi de grands critiques en parlent dans un langage de spécialistes.
Pouvez-vous nous parler de vos œuvres, de votre point de vue ?
Je réagis à tout ce qui se passe autour de moi dans le monde et qui peut affecter ma vie et mes relations avec le monde.
En tant qu'individu et sujet, je suis sensible à tout cela, et ma manière d'agir se déroule à travers mon art. Ce qui se passe dans la vie des vivants de ce monde, dans la communauté à laquelle j'appartiens, dans la culture à laquelle je prends une part active en tant qu'artiste, et passive en tant que spectateur, me regarde.

Vous avez pris part à des expositions avec de prestigieux noms du monde de l’art et vous avez aussi exposé seul en tant qu’artiste, plasticien, sculpteur, vidéaste, peintre, dans les quatre coins du monde et dans des galeries de renommée mondiale (Paris, New York…).
Comment ce monde est-il ? Comment vos œuvres sont-elles perçues ? On dit que vous êtes un alliage de métaux, est-ce vrai ?
Je ne le juge pas, je le traverse... Et le reste est silence.
Vous ne croyez pas qu’il y a eu une révolution dans le monde arabe. Comment l’avez-vous dit ou manifesté artistiquement ?
La révolution, c'est moi.
 
Le coup de boule, représentant le fameux coup de tête de Zidane à Materazzi, une monumentale sculpture de bronze de plus de 5 m et dont vous êtes l’auteur. Il y a des pour et des contre, comment est venue cette idée et que représente-t-elle vraiment ?
Cette image à l'heure de la Coupe du monde de Berlin en 2006 a arrêté le cœur de millions de spectateurs dans le monde, les miens parmi les autres. Quelques années après, j'ai décidé, à partir de cette image, de réaliser un monument à la défaite. Materazzi est venu voir la sculpture à mes expositions à New York, Paris et Pietrasanta. Zidane m'a envoyé une lettre de son avocat, car j'avais installé Coup de tête en face de Beaubourg pendant mon exposition dans le musée, et finalement il a réussi à la faire retirer du site où elle était installée à Doha. Il a réussi au Qatar ce qu'il a manqué à Paris.
 
Le fameux titre (Je suis innocent) qui vous accuse… Que vous reproche-t-on exactement ?
Jusqu'à maintenant, je n'ai jamais été accusé de quoi que ce soit. “Je suis innocent” est une affirmation positive. En tant que titre de mon exposition à Beaubourg, elle implique une relation directe avec les innocents qui ont été enterrés là-bas dans le passé : le terrain sur lequel le musée fut construit était le cimetière des innocents.
 
Né à Cirta, la capitale de Massinissa, et enfant des Aurès… Est-ce que la terre des ancêtres vous manque ?
Les habitants des Aurès ont résisté à beaucoup d'invasions : romaines, vandales, grecques de Byzance, arabes, turques ottomanes, françaises... Je suis un enfant des Aurès, je ne lâche rien... !

R. H.


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