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Culture / Culture

Akli D, auteur-compositeur et interprète, à Liberté

“La culture est l’oxygène de l’humanité”

L’auteur-compositeur et interprète Akli D. ©D. R.

Dans cet entretien, l’artiste revient sur le boycott des manifestations culturelles qui prend une ampleur inquiétante ces derniers temps, la mini-tournée qu’il effectue à travers plusieurs villes du pays ainsi que sur sa participation au 15e Raconte-Arts à Tiferdoud (Tizi Ouzou).

Liberté : Depuis quelques jours, des parties s’opposent à la tenue de manifestations culturelles un peu partout en Algérie. En tant qu’artiste, que provoque en vous ce phénomène ?
Akli D. :
La culture est l’oxygène de l’humanité. Elle est aussi intelligence. Mozart, Hadj M’hamed El-Anka, la poésie, c’est de l’intelligence. Elle est aussi importante que la médecine. Si on supprime la musique, il ne restera plus rien. Elle a un pouvoir extraordinaire, celui d’apporter la paix. Moi-même j’ai participé à des évènements à caractère pacifique, comme celui en faveur des enfants de la Tchétchénie au Cabaret sauvage, ou encore du droit au logement en France. Je lutte avec ma guitare. L’art n’a pas été créé par hasard, il a évolué à travers le temps et les âges, il fait partie intégrante de l’humanité. Il peut aussi être salvateur. Moi sans musique, je ne serais peut-être pas en vie aujourd’hui. Quand je venais d’arriver en Europe j’étais sans papiers, sans abri. La musique m’a aidé à tenir les nuits, à rencontrer des gens merveilleux, c’est un passeport humain.
Quand on dit musique, ce ne sont pas forcément les chansons d’amour, il y a aussi le côté spirituel. Ce serait vraiment dommage de s’attaquer de cette manière à la culture, on ne peut pas effacer des siècles d’histoire humaine en interdisant l’art. Si ces gens-là ont une raison, ils n’ont qu’à la donner. Mais la musique n’est pas vulgaire, ce qui est vulgaire c’est la pauvreté et l’humiliation. Je comprends que certaines personnes pensent qu'on gagne des milliards, mais je peux leur dire que ce n’est pas le cas. Les temps sont durs, et les CD ne marchent plus. Il y a des artistes qui souffrent plus que d’autres.

Vous effectuez une mini-tournée en ce moment, intitulée “Algerian summer tour” avec l’artiste Samira Brahmia, à Béjaïa, Tizi Ouzou, Constantine et Alger. Comment a-t-elle vu le jour ?
L’Onda (Office national des droits d’auteur et droits voisins, ndlr) m’a contacté lorsque j’étais en France pour y prendre part. Ce rapprochement avec des artistes qui ne vivent pas ici, et qui n’ont pas la chance de jouer en Algérie, leur permet de renouer avec le public. Personnellement, je n’ai jamais joué à Oran ou Constantine, je vous avoue que j’ai même un peu peur (rires). Je ne connais pas le public de ces villes, mais je sais que chaque public est différent. Même quand je joue en Kabylie, parce qu’il faut le dire mon public se trouve plus dans cette région, c’est différent d’un village à un autre.

Cet évènement est ouvert au public. Que pensez-vous de la gratuité de la culture en Algérie ?
Je vais être un peu hypocrite, parce qu’il y a plein d’artistes qui animent des concerts gratuitement. Mais une fois qu’on est “lâché” par le secteur public, le privé a du mal maintenant à payer les artistes. Quoiqu’en Kabylie nous commençons à instaurer cette mentalité qui promeut une culture payante. Les gens payent pour regarder des matches de foot, mais quand il s’agit de musique par exemple, ils sont réticents. À cette culture de l’assistanat, je voudrais qu’on ait un public d’amateurs, qui aime la musique et qui paye pour aller voir des spectacles. Quand j’assiste à une pièce de théâtre ou un concert, je ne regarde même pas le côté pécuniaire. Ça m’est arrivé de payer le triple de ma place parce que l’évènement le méritait. C’est très important à mon avis de contribuer à cela et de respecter un artiste qui joue toute l’année.
C’est beau de faire une tournée, mais après il y a des périodes creuses qui sont difficiles. Oui, les festivals gratuits existent partout dans le monde, chez nous ça doit se professionnaliser, afin que les artistes arrivent à vivre de leur musique. Dernièrement, lors d’un concert en Kabylie, les gens étaient mécontents parce que le billet était à 100 DA. Mais c’est parce qu’on les a habitués à la gratuité qu’ils ont eu cette réaction. Avec cette mentalité aussi, on tue la création, qui est au cœur même de ce beau métier.

Vous avez pris part au festival Raconte-Arts qui s’est tenu il y a quelques jours au village de Tiferdoud à Tizi Ouzou. Comment avez-vous vécu cette 15e édition ?
Ça s’est très bien passé. En réalité, j’anime surtout des ateliers au festival Raconte-Arts, et ça dure depuis cinq ans déjà. C’est par hasard que je l’ai découvert, quand un copain m’a appelé pour y prendre part. Voir de près plusieurs générations et cultures était formidable. Le côté humain était démultiplié. Plus que de la culture, cet évènement apporte du bonheur. J’aimerais que ça se fasse un peu partout. Pour cette édition, j’ai constitué un groupe pour un spectacle avec des musiciens qui étaient sur place, dont des étudiants et un enfant de 13 ans. On l’a fait au début afin de faire plus de pub pour le festival. Mon bonheur est d’aider ces jeunes, ils m’apportent une chaleur qui m’accompagne quand je rentre en France.

Entretien réalisé par : Yasmine Azzouz


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