Scroll To Top
FLASH
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

Culture / Culture

“Jamais soumise” de Zohra K.

La femme : entre résistance et soif de liberté

© D. R.

Dans ce roman, l’auteure fait un récit glaçant de sa propre expérience dans une société injuste, froide, indifférente à la souffrance des personnes, y compris des enfants.

Le sort que les sociétés traditionnelles réservent à la femme est peu enviable. Elle est souvent victime d’un conservatisme hypocrite où le paraître prime sur l’être. Au nom d’une notion de l’honneur qui échappe à toute logique, la femme peut être opprimée par ceux-là même qui lui ont donné la vie. L’honneur de la tribu commande  qu’elle soit mariée au plus vite, pour déjouer les tentations que le diable est censé passer son temps à insuffler dans sa tête. Qu’elle soit malheureuse du fait de son mari ou de ses beaux-parents importe peu, pourvu qu’elle ait le statut de mariée. Leur oppression est considérée comme normale, émanant d’un droit divin. La femme modèle se soumet à son époux et aux mâles de la maison qui possèdent le droit de la “corriger” “par procuration” du mari. Ces pratiques relèveraient de la “tradition”, alibi de l’asservissement de la femme. Elles dissimulent une réalité que peu de personnes osent dénoncer et encore moins combattre, par peur du scandale et des représailles. Sous les apparences de respectabilité hypocrite, se commettent des crimes de pédophilie et d’inceste sur des jeunes filles – parfois des fillettes – dont la souffrance est décuplée par l’exigence du silence pour éviter des scandales où elles se savent perdantes d’avance. Qui ose frapper sur la table pour remettre en cause ces règles qui attentent aux droits les plus élémentaires des femmes : le droit à la dignité et à l’intégrité physique et morale ? Il en existe, certes, plein(e)s de courage, ramant contre le puissant courant du conservatisme étouffant. Le combat surhumain d’une femme contre l’hypocrisie, la méchanceté, la mauvaise foi, et tout simplement l’horreur, on le découvre à travers la lecture du livre de Jamais soumise, de Zohra K (éditions Ring, 2015) où l’auteure fait un récit glaçant de sa propre expérience dans une société injuste, froide, indifférente à la souffrance des personnes, y compris des enfants. Écrire sous une initiale n’est-il pas d’ailleurs significatif de l’angoisse permanente que peut ressentir une femme devant la “menace” insidieuse de la société qui opprime jusqu’à la liberté d’exprimer la souffrance vécue et de la dénoncer en disant plus jamais ça ? La dictature de l’homme sur la femme dans les sociétés traditionnelles s’habille commodément de la notion de l’honneur pour mieux sévir et asservir. C’est l’un des messages forts de ce livre qu’on lit d’un trait, captivé par la trame qui se déroule dans une atmosphère d’une rare violence. On y découvre des pratiques abominables, comme celle d’affamer la femme pour qu’elle obéisse aveuglément à son mari dans l’espoir d’avoir de quoi manger… des restes. Des femmes enceintes qui perdent leurs bébés à force d’être battues par leurs maris ou les frères de ce dernier, ou simplement de malnutrition. Des femmes blessées dans leur intimité (euphémisme qui cache des pratiques beaucoup plus horribles), des enfants soumis aux instincts sauvages d’hommes qui, une fois dehors, se lissent les moustaches et se pavanent à la djamaâ en gens honorables. On doit à Zohra K. l’hommage que mérite une femme courageuse qui refuse de garder pour elle son expérience douloureuse. Son témoignage, empreint d’esprit de résistance et dénué de haine, est un jalon dans le combat des femmes pour leur émancipation. D’une intelligence raffinée et d’une grande sensibilité, Zohra K. exprime également ses sentiments et ses espoirs à travers la peinture, puisqu’elle compte à son actif plusieurs tableaux qu’elle a eu l’occasion d’exposer, particulièrement dans le cadre d’activités associatives. Portant le sceau de ses souffrances passées, les toiles de Zohra K. comportent autant de signes dédiés à l’espoir, à la vie et au combat pour la liberté.
 

ALI BEDRICI


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER