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Culture / Culture

Benoît Falaize, historien et auteur, à l’Institut français d’alger

“La laïcité n’éradique pas la religion mais permet le vivre-ensemble”

© D. R.

Historien  et  inspecteur  général  de  l’éducation  en France, Benoît  Falaize  a  animé une conférence mardi dernier, à l’Institut français d’Alger, sur “Comment enseigner la laïcité ?”.

La question de la laïcité, un concept refusé dans certains pays, et un sujet polémique dans d’autres, notamment en France. Qu’en est-il de sa véritable définition et son lien avec les religions ? Sur ces interrogations, Benoît Falaize, historien et inspecteur général de l’éducation en France, a tenté, mardi dernier, lors d’une conférence donnée à l’Institut français d’Alger (IFA), d’apporter des réponses dans sa communication “Comment enseigner la laïcité ?”.

A cet effet, le conférencier a fait voyager l’assistance vers la fin du XIXe siècle, où l’école de Jules Ferry n’était pas “sous le régime de la laïcité en France”, mais c’est “l’école qui initie la laïcité d’une certaine manière”. A ce propos, M. Falaize indique que le cabinet ministériel de Ferry était “empli de gens croyants. Il ne faut pas croire que la laïcité éradique la religion, pas du tout”.

Selon l’historien, il y avait deux dimensions : l’organisation d’un programme où a été “supprimée l’histoire sainte, c’est-à-dire, l’histoire des temps bibliques.  En revanche, en éducation civique, on fait une chose qui s’apparente aux devoirs envers les parents, envers les enseignants, et envers Dieu. Il n’y a pas d’exclusion du religieux dans l’école de la République”. 

Tout en poursuivant : “J’aime bien casser les idées reçues, car on fait de Jules Ferry l’ennemi de la religion, alors que c’est faux historiquement”. D’ailleurs, durant cette époque, par respect à la religion des parents, à l’école, une journée dans la semaine était consacrée à une “pause libre aux parents d’instaurer une relation de catéchisme quels que soient la religion et le culte”. 

En 1905, a été adoptée la loi de la séparation de l’église et de l’Etat, alors “des députés radicaux voulaient interdire tout signe religieux dans l’espace public, il y a des résonnances avec le débat contemporain”, a-t-il expliqué.

En Algérie, la laïcité n’a pas été appliquée, et ce “sont les ulémas qui ont réclamé la laïcité après 1905, ils ont eu des discussions idéologiques et philosophiques avec les frères musulmans ayant réclamé au nom de la citoyenneté, que la France devrait aux citoyens ou indigènes algériens la présence de la laïcité”. Ils avaient déclaré : “Si vous voulez qu’on devienne des nationaux, des Français, donnez-nous les mêmes droits”. 

Creil 1989 : affaire du voile en France  Cette année-là, la France connaissait la première exclusion de filles voilées de l’école, et cette affaire est, d’après l’inspecteur général de l’éducation, “un tournant de la laïcité scolaire, c’est aussi un tournant de la société française”.

Cette exclusion représentait également “la fin des regroupements familiaux, notamment de l’immigration maghrébine. Cela concerne toute l’histoire de l’immigration française”. Cette “histoire” de Creil arrive 5 ans après la marche des Beurs, la marche pour “l’égalité des droits, la marche des enfants des familles de travailleurs nord-africains, qui demandent des droits politiques et l’égalité”.

À travers cette marche pour la dignité et l’égalité, il y a une volonté “de montrer son identité, c’est lié au fait que les familles se sentaient dévalorisées et ne trouvaient pas leur  place. Les enfants sont partis sur une quête identitaire, et cela a pris de court la société”.

A ce sujet, il a rappelé qu’il y a eu un “séisme”, car la “ligne de clivage gauche-droite dans la société française a explosé. Les gens de gauche ont tenu des discours hostiles au voile, et ceux de droite catholique disaient qu’il faut les laisser tranquille. Il y a eu une sorte de désorganisation du débat public”.

Selon M. Falaize, cette situation est due à la “France qui un souci avec sa mémoire coloniale, comme tout pays, donc forcément elle ne s’est pas préparée à cette revendication identitaire”. Et de poursuivre : “Je crois qu’aujourd’hui en France, nous ne sommes pas sortis de cette période-là”. Dans sa communication, le conférencier a insisté sur le fait que la laïcité c’est “l’inverse de la religion.

Ce n’est pas du sacré, la laïcité permet à toutes les religions d’exister”. Tout en ajoutant : “Ce n’est pas l’athéisme, la libre pensée peut être considérée comme un courant spirituel ou intellectuel mais pas confessionnel. La laïcité permet à tout cela de vivre ensemble”.

Et de marteler au sujet des débats publics : “Cela n’arrête pas, il y a des propagateurs de haine, plus les réseaux sociaux. Il faut déminer les faux débats sur la laïcité. La question du voile entraîne des attitudes et un sentiment de tristesse pour les familles intégrées en France, qui se retrouvent à se justifier. Le débat est délétère aujourd’hui”. 
 

H. M.

 


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