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CULTURE

La littérature est un festin de mensonges !

© D. R.

Par : AMIN ZAOUI

De la bonne littérature, je parle. Mentir en vrai. L’âge des lumières a été porté, engendré, par les écrivains : les romanciers, les poètes et les philosophes ! Ils sont les lumières et les faiseurs des lumières ! Lucioles et bougies ! Dans toutes les civilisations, la modernité a été toujours annoncée, d’abord, par les poètes.
La littérature, la bonne littérature, est le sens, l’essence même, de toute aventure humaine. Elle est l’âme de la raison. La raison de la folie. 
La littérature demeure ce partage humain éternel, inépuisable et généreux. Par le temps, la littérature change sa forme, change ses supports, mais jamais son âme. 
La littérature fascine l’être humain, le lecteur, au-delà des temps, au-delà des générations, au-delà des religions, au-delà des couleurs. La littérature n’a pas de sexe. Elle est reine dans une langue maternelle, mais reine aussi dans les autres langues à travers la traduction.
Les langues, toutes les langues, sans les belles lettres ne sont que cimetière, silence ou cri sans sens. La bonne littérature n’a pas de pays, n’a pas de nationalité. Elle est en voyage permanent. Elle a les pieds dans des sandales en vent. Elle n’est pas prisonnière de géographies. Pas de frontières. Comme l’âme, la littérature n’a pas de couleur. Mais elle est multicolore. 
Les écrivains, les poètes et les romanciers accumulent expérience sur expérience, texte sur texte, bibliothèque après bibliothèque, sans perdre espoir de changer, un jour, le monde autour d’eux, en eux. La  littérature est une persévérance. Une religion, contre la religion ! 
Il m’arrive, de temps à autre, de me demander : pourquoi j’écris ? J’écris parce que j’ai confiance en la force magique de la littérature. La littéraire est capable de soulever la terre à l’aide d’une poignée de mots simples mais vertigineux. La littérature est capable de déposer la terre, toute la terre, sur la pointe du stylo ! 
Dans la bouche d’un poète, dans la narration d’un romancier, le mot est une force magique.
La littérature est une illusion non illusoire, convaincante et provocante. Une illusion faite d’une réalité, dans la réalité, qui dépasse le réel matériel.
Depuis la nuit des temps, la langue est le mythe le plus légendaire que l’homme a créé. Et la littérature est forte, éternelle, parce qu’elle creuse dans ce mythe qu’est la langue. Elle est gardienne de ce mythe. Sans la littérature, les langues meurent, disparaissent. 
Toute société confondue, moderne soit-elle ou traditionnelle, a besoin de la littérature pour combattre la sècheresse humaine qui menace la vie. 
Pourquoi la société a-t-elle besoin de la littérature ? L’homme est nourri de fantasmes, et la littérature est un trésor en la matière.
La belle littérature est capable de mentir vrai. Capable de transformer les mensonges en une autre réalité plus belle que la réalité et plus véritable que la vérité. 
Les littérateurs, les poètes, les conteurs et les romanciers sont les pairs des prophètes. Dans tout écrivain, authentique, s’installe un prophète. L’écrivain est un prophète sans révélation divine ! Sa révélation la découvre dans l’Histoire, dans les mythes, dans la langue et dans l’imaginaire individuel et  collectif. 
L’écrivain se tient debout entre fou et prophète. Entre feu et eau. Entre braises et glaçons. Il est nourri de la folie et de la prophétie. Rappelons-le : tous les prophètes, à travers les temps, ont été accusés d’être des poètes ou des fous. La littérature est l’accusée et l’accusatrice. 
Pourquoi j’écris ? J’écris pour moi-même, ce moi qui traverse les autres, miroir des autres ! Le narcissisme de l’écrivain n’est pas maladif mais humain et enfantin. 
Dans chaque coup de plume, l’écrivain réveille un lecteur, parle à un lecteur. Après chaque livre, chaque roman, l’écrivain reprend le chemin vers un autre horizon. On recommence : Sisyphe. L’écriture est une aventure ouverte à toutes les surprises. 
Le lecteur est un complice. Une troisième main pour le même piano, pour la même mélodie. Un deuxième imaginaire. Il y a le lecteur qui nous accompagne au moment de l’écriture, un autre qui nous attend à la librairie et un autre qui nous boude.
Mais la littérature est aussi une économie florissante. Un travail. Un investissement particulier. Une offre et une demande régentées par une autre éthique sociétale. Une industrie compétitive. Des écrivains à travers le monde se sont transformés en une sorte de bourse nationale et internationale. Ainsi, et en retour, le marché culturel influence l’art de l’écriture, bouleverse les traditions stylistiques, bouscule l’âme.
La littérature n’est qu’un festin de mensonges vrais ! 
 

A. Z.


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