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Culture / Actualités

“Khalil”, dernier roman de Yasmina Khadra

“La majorité rejette l’idéologie islamiste”

Cet ouvrage de Yasmina Khadra prend un sens particulier dans une Europe où les thématiques développées sont d’une brûlante et douloureuse actualité.

L’auteur algérien le plus traduit dans le monde revient avec Khalil, un roman qui évoque les attentats terroristes de novembre 2015 à Paris. Driss, Rayan et Khalil ont grandi dans le quartier de Molenbeek (Bruxelles), à forte population d’origine maghrébine. Si Rayan a résisté, Driss et Khalil ont sombré dans la radicalisation. Ils “descendent” à Paris pour commettre des attentats. Khalil doit faire sauter sa ceinture d’explosifs devant le stade de France par un jour de match.
Le reste est connu : si la ceinture de Khalil n’a pas explosé, beaucoup de vies humaines tomberont sous les balles terroristes ce 13 novembre 2015 à Paris. Le roman de Yasmina Khadra tente de cerner le processus de radicalisation des jeunes et de leur passage à l’acte. Tout en reconnaissant la force de l’œuvre, des critiques littéraires se sont étonnés que ce roman utilise la première personne du singulier comportant un risque d’identification qui pourrait faire croire que l’auteur, en se mettant dans la peau du terroriste, pourrait avoir de l’empathie pour lui. Non, répond Yasmina Khadra : “C’est pour que mon personnage soit en contact immédiat avec le lecteur. Quant à l’empathie, elle est pour l’être humain en général et jamais pour les terroristes que j’ai combattus sur le terrain (en tant qu’officier de l’armée, ndlr). Il nous faut recouvrer notre part d’humanité.” Pourquoi ce roman, peut-on se demander ? Un souci de pédagogie ? En filigrane, la volonté de dissocier l’islam de l’islamisme politique. “L’islamisme n’est pas l’islam, c’est une idéologie” qui est rejetée par l’écrasante majorité des musulmans. Pour l’auteur, c’est une minorité – les radicalisés – qui sème la violence. À ce propos, Yasmina Khadra avance des réponses : “Un terroriste est quelqu’un qui a déjà un problème sous le toit parental. Parce qu’il n’a pas trouvé une autorité, une responsabilité chez lui, qu’il n’a pas eu le père et la mère qu’il espérait avoir, il va chercher sa famille ailleurs. C’est un individu tellement fragilisé, tellement vulnérable qu’il préfère se diluer dans une masse qui lui donne une visibilité et une force protectrice.” Cela mène à l’endoctrinement des jeunes confrontés à la rhétorique des manipulateurs djihadistes. “Il est difficile pour un esprit faible de résister, il est fasciné, comme hypnotisé par ce discours… Même lorsqu’il s’en rend compte, il ne peut plus reculer parce qu’il y a la terreur des émirs”, ajoute l’auteur qui met en garde contre des “associations” et certains espaces soi-disant religieux où, en Europe, des jeunes viennent écouter des prêches où des individus dangereux appellent à l’extrémisme. Mais Yasmina Khadra interpelle aussi les sociétés occidentales sur leurs politiques culturelles et sociales : “L’exclusion exacerbe la susceptibilité, celle-ci provoque la frustration qui engendre la haine, et la haine conduit à la violence.” Mal à l’aise dans une société qui ne les reconnaît pas comme des Français à part entière, en décrochage scolaire, en lutte avec des traditions familiales dans lesquelles ils ne se retrouvent plus, des jeunes cherchent à trouver une valorisation ailleurs que dans leur cercle familial. Au stade de France, avec sa ceinture piégée, pour la première fois Khalil se sent important, il est prêt à commettre l’irréparable. À défaut d’avoir le sentiment d’exister sur terre, il rêve d’un ailleurs (paradis) où il sera enfin reconnu. La moralité du roman : “Je souhaite que ce livre soit lu par les lycéens et les parents, car il a une longueur d’avance sur les discours insidieux. Que les jeunes soient mieux armés pour éviter le piège de la récupération et de la manipulation. Il n’y a pas de fatalité, il faut expliquer, éviter que des jeunes versent dans l’islamisme et récupérer ceux qui sont tentés.” Ce dernier roman de Yasmina Khadra prend un sens particulier dans une Europe où les thématiques développées sont d’une brûlante et douloureuse actualité.


ALI BEDRICI
Khalil, roman de Yasmina Khadra, éditions Casbah, 2018.


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