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Culture / Culture

Le romancier Jean Bofane invité de l’Espace France au SILA

“La mondialisation a créé des guerres en Afrique”

© D. R.

Lors de cette rencontre, l’auteur est revenu essentiellement sur ses romans ancrés dans l’actualité et sur le pillage des richesses africaines par les Occidentaux.

La 24e édition du Sila qui se tient depuis le 31 octobre est inscrite sous le slogan “Livre, un continent”, ainsi elle rend hommage à l’Afrique à travers sa littérature, et le pays à l’honneur n’est autre que le Sénégal. L’Espace France semble suivre cette voie grâce aux différents invités venus animer des conférences, à l’exemple de Jean Bofane, romancier belgo-congolais.  Considéré comme “un écrivain cantique” par la critique littéraire, il a participé dans l’après-midi de lundi à une conversation avec son éditrice Marie Desmeures (Actes Sud), durant laquelle la franchise et l’humour n’ont laissé aucun insensible.

Jean Bofane a commencé sa carrière d’auteur tardivement en 2008, avec son premier roman Mathématiques congolaises, il décroche le grand littéraire de l’Afrique noire et le prix de la SCAM (Société civile des auteurs multimédia) en 2009. Il enchaîne en 2014 avec Congo INC, et l’an dernier La belle de Casa. Dans son intervention, sans langue de bois, Jean Bofane revient sur les raisons l’ayant poussé à l’écriture, et elles ne sont pas des moindres. 

“Le Congo, et plus largement l’Afrique, m’a motivé à écrire. Je voulais m’exprimer sur ce territoire, cet espace en réponse au discours sur le continent considéré comme une périphérie en dehors du reste du monde”, a-t-il indiqué. Pour l’orateur, il se devait d’écrire sur ses racines, car “les indépendances ont été acquises depuis une soixantaine d’années et personne n’en parle ! Les temps ont changé et on commence à guérir. Beaucoup sont en quête de cette mémoire coloniale.

La génération des quarantenaires est là, et commence à ouvrir cette boîte de Pandore”, a-t-il affirmé. Dans ses romans, loin d’être “des livres d’histoire”, comme l’a précisé l’éditrice, Bofane tente de répondre à diverses interrogations, notamment “ce qui s’est passé en Afrique, le pourquoi et le comment de la chose”. Ancré dans l’actualité, l’auteur “décrypte” le passé pour connaître le futur.

D’ailleurs, dans ses ouvrages, il parle de “cette nouvelle génération, je pense à leur avenir. Je parle aussi du monde d’aujourd’hui, et le paroxysme de l’histoire, car tout ce qui a été pensé au XXe siècle s’est délité, comme la démocratie, la politique, l’économie ou la philosophie”. Au sujet de la démocratie, il a martelé avec humour qu’“au Congo maintenant il y a le vote, il n’y a plus de coups d’État, mais les résultats sont toujours les mêmes malgré les urnes”.  

“L’Afrique, première réserve mondiale”
À propos de son roman Congo INC, le conférencier explique qu’il a dévoilé que son pays d’origine n’est pas “souverain mais une réserve des matières premières”. Quand on extrapole, l’Afrique est la première réserve au niveau de plusieurs secteurs : énergie, matériaux (uranium, cobalt, coltan...), “tout ce que nous possédons est théâtre de guerre”.

Et d’ajouter : “Impossible de parler d’Afrique sans la prédation mondiale ; nous sommes au centre du monde, sans nous l’Occident n’aurait rien !” Dans le même sillage, il a cité pour exemple “le testament de Bismarck” (Congo INC), lors d’une conférence en 1865 à Berlin, “une espèce de G8” pour “se partager les réserves de matières premières, il y avait deux bassins importants : Niger et Congo”.

À cet effet, Bismarck avait annoncé : “Le Congo est l’exécutant principal de l’œuvre que nous comptons accomplir.” Cette déclaration a toujours “étonné” Bofane, sur “le sens du nous” employé par Bismarck. “1865 n’est pas une année aléatoire, c’est la naissance de l’ère industrielle. Toutes les guerres ont utilisé des matières de l’Afrique, notamment du Congo, pour la fabrication des armes grâce au caoutchouc”, a-t-il informé. 

Un siècle plus tard, au XXIe siècle, “nous avons la mondialisation à travers laquelle on crée la guerre pour faire de l’économie”. Il a cité à ce propos le Congo qui a vécu à cause du coltan (matériau pour la fabrication, entre autres, de téléphones portables) une guerre sans merci : “6 millions de morts et 500 000 femmes violées et mutilées.”

Pour revenir à son dernier roman La belle de Casa paru en 2018, dont l’histoire se déroule au Maroc, l’auteur a souligné qu’il voulait “abolir cette frontière qu’on appelle Sahara, car avant, nous circulions librement dans le continent. La colonisation a mis les frontières, alors les liens ont été coupés”. Le choix du Maghreb s’est imposé à lui, car une grande communauté de Marocains habite en Belgique. “Je voulais, entre autres, dire à cette population que le Maghreb c’est l’Afrique, nous sommes tous pareils, et aussi de couper cette distance entre le sub-Sahara et le Maghreb”. 

 

H. M. 

 



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