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Culture / Culture

“Le Soleil sous les armes”, réédition inédite de Jean Sénac

La poésie au cœur du combat pour la libération

© D.R

Dans ce texte inédit réédité par les éditions Terrasses, Sénac réaffirme l’apport inestimable de la poésie durant la guerre de libération, car elle est, ainsi que la Résistance, “comme les tranchants d’une même lame où l’homme inlassablement affûte sa dignité”.

Au fait national algérien, Sénac conjugue le “fait poétique”, éminemment politique, représentatif de la réalité linguistique algérienne en temps de guerre. Longtemps reléguée au rang de textes conjoncturels, sans réel apport au champ littéraire d’après-guerre, la dynamique poétique d’hommes et de femmes, algériens ou européens, du 19e siècle jusqu’à la guerre de libération, se présente, à la lecture du Soleil sous les armes, ce texte inédit réédité par les éditions Terrasses, à mi-chemin entre le recueil et l’essai, comme un réquisitoire contre l’oubli. 

Bien qu’il soit mieux connu en Algérie que dans la terre de ses ancêtres ou en France, la pensée de l’enfant d’Oran, né en 1926 et assassiné en 1973, reste encore à défricher, décrypter et pensée à la lumière de l’évolution de notre société, les combats qu’elle a menés et qu’elle mène encore. Car la poésie, affirme Sénac, apparaît, ainsi que la Résistance, “comme les tranchants d’une même lame où l’homme inlassablement affûte sa dignité”. Elle naît et se fait dans la douleur. Elle se construit par et pour le peuple. 

Le poète, comme mission divine qui lui incomberait dès sa naissance, “porte les raisons communes, espoir et douleur, à leur plus haut degré d’effusion”. Mais il ne s’agit pas non plus, écrit Sénac, “de faire feu de tout bois et de défendre à tout prix un nationalisme étroit et refermé sur ses cactus, mais d’affirmer sans équivoque notre présence à la réalité de cette terre, qui est indiscutablement nationale”.

Comme Anna Gréki, à laquelle les éditions Terrasses avaient consacré en début d’année une réédition de ces poèmes textes sur son parcours et son militantisme en faveur de la cause algérienne, qu’on ait peur ou qu’on ne veuille reconnaître à Jean Sénac n’enlève en rien le travail de mémoire qu’il a accompli à travers ses textes, engagés, subversifs, incisifs…

Et aussi loin que pouvait remonter Sénac à l’écriture de cet essai en pleine guerre d’indépendance, il y eu vers 1869 un certain Arthur Rimbaud, alors lycéen au collège Charleville, qui affichait son soutien au peuple algérien en ces termes : “…Peuplades soumises, aux armes ! Qu’en vos cœurs domptés revive l’antique courage ! Brandissez de nouveaux vos épées ! Et vous souvenant de Jugurtha (…)” L’entreprise du colonisateur de “dépersonnaliser” un peuple par l’imposition d’une nouvelle langue n’a en réalité que participé à la création et à la consolidation d’une nouvelle forme de revendication, par les mots, cette fois-ci. 

Pour Kateb Yacine, loin d’être un instrument de “dépersonnalisation” justement, la langue française était devenue “par un juste retour des choses, le haut-parleur le plus puissant d’où surgissent les voix les plus authentiques d’un pays au mille visages”. “Loin de nous franciser, poursuivait-il, la culture française ne pouvait qu’attiser notre soif de liberté, voire d’originalité.” Qu’ils soient connus ou non, des villes ou des campagnes, les poètes qui ont traduit la fureur de l’occupant et les misères des Algériens, car qu’ils écrivent en arabe, en kabyle ou en français, la même hargne anime ces écorchés vifs. 

Et c’est au plus profond des montagnes que Sénac croit détecter la douleur la plus vive, gueulée à la face du monde comme une inextinguible soif de dire le drame. Il y trouve aussi un “un miracle”, celui de retrouver “intactes, dans l’assurance de ces rythmes guerriers, la subtilité fière et cette tendresse quelque peu ironique qui donnent tant de saveur à la poésie populaire maghrébine”. 

Les autres parties de cette réédition sont par ailleurs consacrées aux témoignages de poètes et d’écrivains, de Djaout, à Nacer-Khodja ou encore de l’éditeur Jean Subervie, comme pour léguer à la postérité le parcours de celui qui avait l’Algérie dans le cœur et dans l’âme. 

 


Yasmine Azzouz


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