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Culture / Culture

La rencontre s’est tenue mardi à la librairie Média-Book

La poésie de Lamia Dahou s’invite à l’Agora du livre

La poétesse Lamia Dahou, à l’Agora du livre de la librairie Média-Book de l’Enag. © Louhal /Liberté

Lamia Dahou a animé, mardi, à l’Agora du livre de la librairie Média-Book de l’Enag, une rencontre autour de son recueil de poèmes Hededou qalami (Ils ont menacé ma plume).

S’il faut portraiturer la poésie de Lamia Dahou, il serait mieux de se référer d’abord à la citation du poète français Boileau-Despréaux (1636-1711) qui disait : “Heureux qui, dans ses vers, fait, d’une voix légère / Passer du grave au doux, du plaisant au sévère !” Et c’est le cas de la poétesse Lamia Dahou, qui fend le cœur à l’aide de l’alto féminin, pour ensuite amadouer le vers à l’aigu de l’émotion qu’elle puise dans son recueil de poèmes Hededou qalami (Ils ont menacé ma plume) (éd. Enag, 2017).

Frêle mais hardie dans le vers, Lamia Dahou “tyrannise” à son tour l’obscur cercle de la misogynie qui la voue à l’hégémonie de vivre derrière les fourneaux : “Pour ces gens, monsieur, la femme ne doit ni se mettre en valeur, et quant à écrire (…)”, se désole-t-elle. 
Ardue dans le verbe d’expression arabe classique et attrayante dans la déclamation, Lamia Dahou a ravivé, ce mardi 4 février à l’Agora du livre de la librairie Média-Book de l’Enag, l’ardente flamme que lui a léguée son aînée Nadia Guendouz dite Aouaouche (1932-1992), lorsqu’elle déclamait de son vivant La Corde (éd. Sned, 1974) : “Hier le sang a arrosé ma terre. Aujourd’hui je donne des olives à ses fils. Hier des corps se tordaient. Aujourd’hui sur les tombes d’hier le blé a poussé.” Est-ce prémonitoire ? Peut-être bien que oui, du fait que l’augure de l’épi d’or sied à l’audacieuse “Lamia Dahou, qui s’est adjugé ainsi une place dans le gotha des poétesses algériennes”, a dit le modérateur Abdelhakim Meziani. Outre le talent de rimeuse qui enjôle de par sa témérité juvénile, Lamia Dahou a également de la présence théâtrale sur scène. D’où l’envie d’adapter l’atelier poétique à la citation de l’artiste peintre français Jean Dubuffet (1901-1985) qui disait : “Le vrai art, il est toujours là où on ne l’attend pas. Là où personne ne pense à lui ni ne prononce son nom.” 
Effectivement, c’est le cas pour l’auditoire de l’Agora du livre, qui a été mis sous le joug par la tête si belle et pleine de Lamia Dahou : “Ma foi, nul ne s’attendait à découvrir une perle en la personne de Lamia Dahou, voire une pépite qui a su enchanter plus d’un”, a déclaré notre confrère Abdelhakim Meziani. Si tant est qu’elle ait emprunté au poète américain Marc Kelly Smith, le créateur du slam, d’excellentes déclamations dans le genre slam. “Ma poésie obéit à l’oralité de mes ancêtres et traite aussi de Jérusalem. Kalami est une boundouqia (Je n’ai que mes mots pour fusil)”, qu’elle a écrit du temps où elle fréquentait le lycée Abdelmoumen à Rouiba.

Outre qu’elle soit poétesse, Lamia Dahou est aussi nouvelliste et a envoûté le débat autour de la question de la religion, qui reste du domaine de la vie privée, et du port du voile, qui ne fait pas du tout la sainte nitouche, a dit ce bourgeon du printemps qui n’a pas connu la décennie sanglante.

Du reste, osons le dire tout haut, “la poésie est là où on ne l’attend pas”. D’où qu’il est requis d’en finir avec le sempiternel argument mensonger de pseudo-éditeurs qui allèguent que “la poésie ne fait pas recette”. N’est-ce pas là l’affront de trop aux poètes Colette Grégoire, dite Anna Greki (1931-1966), Djamal Amrani (1935-2005) et au cercle de nos poètes disparus ? : “Il faut en finir avec l’édition de recueils de poésie dont la beauté reste, hélas, tributaire de l’octroi de deniers de l’État à l’occasion de festivals et qui n’engendrent que l’appât du gain facile par d’indus éditeurs.” Autrement, l’éclosion de la poétesse Lamia Dahou requiert d’être arrosée pour qu’elle ne se fane pas. 
 

Louhal Nourreddine


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