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Culture / Culture

Dassine oult Ihemma et Moussa ag Amastan : poètes du Hoggar

“La princesse de l’amour et le guerrier à la lance glorieuse”

La poétesse du Hoggar, Dassine. ©D. R.

Moussa et Dassine s’aimaient d’un amour fou au début des années 1900. Un amour qui va survivre au temps et aux épreuves.

Elle était princesse du Hoggar, il était l’Aménokal des Touareg, liés par un amour aussi profond que le mystère des immensités désertiques, et aussi beau que le lever de soleil sur le mont Ilamane. Leur idylle a transcendé le temps pour nous parvenir, plus d’un siècle après, dans le chant de leurs poèmes dédiés à l’immortalité de l’amour. Pourtant, rien ne destinait Moussa Ag Amastan à la poèsie. Né en 1867 dans une famille noble du Hoggar, formé à l’art de la guerre dès son jeune âge, il grandira dans le milieu désertique, hostile et plein d’incertitudes. Son intelligence, sa culture et son charisme le conduiront à devenir l’Aménokal de la Confédération du Hoggar de 1905 jusqu’à sa mort en 1920. Il combattra les colonnes françaises qui voulaient soumettre les Touareg. Dassine oult Ihemma (et non Oult Yemma comme la désignent certains) était la sœur aînée de l’Aménokal qui a succédé à Moussa Ag Amastan, Akhamouk Ag Ihemma, qui dirigea les tribus du Hoggar de 1920 à 1941 et dont le fils, Bey Ag Akhamouk, sera le dernier vrai Aménokal du Hoggar, de 1950 jusqu’à sa mort à l’hôpital Maillot en 1975. De noble lignée, Dassine sera connue plutôt comme poétesse et joueuse d’imzad. Elle était la plus belle femme du Hoggar : grande, le teint clair, légèrement brun, son visage est beau, ses yeux sont magnifiques, sa démarche est élégante et elle est d’une grande intelligence. Rares, ou même inexistants, les hommes qui ont autant d’esprit que Dassine dans le Hoggar. Moussa et Dassine s’aimaient d’un amour fou au début des années 1900. Un amour qui va survivre au temps et aux épreuves. La poésie de Dassine berçait le cœur du grand Aménokal : “Tu es plus beau qu’un dattier chargé de fruits sucrés… Tu es plus émouvant qu’une promesse de pluie, tu es plus rayonnant que le cristal de glace au plus froid de l’hiver.” Lui l’appelait la rose du Hoggar, la lune blanche, la fille de l’étoile, la sœur jumelle du soleil. Elle l’appelait : le lion, le juste, le croyant, l’époux de ma pensée…. Pourtant, Dassine épousera un autre homme, Afelan, qui lui donnera un fils, Sidi Moussa le Lionceau. Était-ce pour fonder un foyer qu’elle préféra un homme aisé et stable à l’Aménokal, guerrier au cœur de poète ? Par désespoir, Moussa Ag Amastan la perçoit comme la colombe et l’hyène, le lit et la tombe, le ciel et l’enfer. Il s’éloigne. “Il a choisi la fièvre, les bêtes sauvages, les blessures, la lance glorieuse, la soif, la faim, le vent et l’aridité du désert.” Il se lance dans la guerre, veut mourir en combattant et hurle dans le vent la rage de son amour englouti. Huit ans plus tard, Ag Amastan revient et trouve Dassine séparée de son mari qui a pris une autre épouse. “Je me suis abîmé dans ton amour comme dans une tombe, la vie s’est refermée sur moi.” L’amour est intact : “Le désert lui-même n’est pas assez vaste pour séparer nos cœurs”, avoue l’Aménokal. Dassine lui confie son fils Sidi Moussa, âgé de 16 ans, pour lui enseigner l’art de la guerre. L’adolescent part au combat et est tué deux ans après. Dassine s’enferme dans la solitude et le malheur. Ag Amastan est atterré par le désespoir de sa bien-aimée : “Qu’on m’ensevelisse dans l’infini du désert… À qui meurt d’amour immense, il faut un immense oubli.” Moussa Ag Amastan, l’Aménokal du Hoggar, s’éteint le 23 décembre 1920. Abattue, celle qui n’a jamais cessé de l’aimer, lui adressa ces mots : “On est venu me dire que tu es mort, je monte sur la colline où est ton tombeau, je prends des pierres, j’enterre mon cœur, l’amour c’est pendant la vie qu’il se donne, à la mort on n’apporte que des pierres. La mort qui te fait les yeux creux et une bouche sans lèvres, te rendra auprès d’Allah ton visage de vie, l’amour est plus fort que la mort.” En 1935, Dassine s’éteindra à son tour. La princesse et l’Aménokal du Hoggar reposent côte à côte à Tamanrasset, liés pour l’éternité par la force de l’amour et de la poésie.

ALI BEDRICI


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