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Culture / Culture

Rencontre avec Waciny Laredj au CCA de Paris

“La traduction littéraire, un métier complexe !”

Waciny Laredj (à droite) au CCA de Paris. © Bedrici/Liberté.

L’écrivain et les conférenciers, Catherine Charruau et Lahouari Ghazzali, ont abordé, lors de cette rencontre sur “La traduction littéraire”, les diverses difficultés de cet exercice ainsi que le rapport entre l’auteur et le traducteur dans l’écriture d’une œuvre romanesque.

L’écrivain Waciny Laredj, entouré des universitaires et traducteurs Catherine Charruau et Lahouari Ghazzali, a animé dernièrement, au CCA de Paris, une rencontre sur le thème de la traduction littéraire. Rendant hommage à feu Marcel Bois, grand traducteur en arabe et en français, Waciny Laredj affirme que la traduction est un métier complexe. 
“On partage des choses avec le traducteur, mais il a sa vision personnelle par rapport à un texte donné. S’il y a des textes facilement traduisibles, d’autres sont plus compliqués : il y a plus de politique, un style indirect ou une profondeur nécessitant une grande culture, surtout pour la langue d’arrivée à travers laquelle on pourra refaçonner le texte littéraire tout en restant lié au texte de départ.” La collaboration auteur-traducteur, même jalonnée de frictions, est indispensable. Pour la traductrice Catherine Charruau, “le traducteur doit pouvoir imaginer la scène qui est racontée, le paysage, faire des recherches, y compris par exemple sur le nom d’une fleur car il doit être précis”. Elle ajoute que les proverbes, dictons et expressions idiomatiques posent problème dans la traduction. Exemple, comment traduire “khedra foug aacha” ? Les légumes sur le couscous ? Cela ne veut rien dire pour un étranger. “Quelque chose qui est en plus, sans valeur” est plus proche. Comment traduire en français “khelli el bir beghtah” ? Laisser le puits avec son couvercle ? Difficile à saisir, surtout pour des citadins qui n’ont jamais vu de puits. Le traducteur tente une explication par l’image : “Laisser le couvercle sur la marmite”. Lahouari Ghazzali, poète, traducteur, maître de conférences à l’université de Paris 8 Vincennes, pense qu’“il faut comprendre le texte avant sa traduction et maîtriser le sens des expressions idiomatiques et des métaphores pour le rendre intelligible”. Le traducteur doit toujours se demander si les lecteurs vont bien comprendre son texte. “On doit traduire en gardant la culture d’origine et en demandant un certain niveau au lecteur pour la comprendre, au lieu de traduire en cadrant ce lecteur dans la culture qui lui parle, c'est-à-dire la sienne.” Cela donne lieu à des frictions entre l’auteur et le traducteur, mais, soutient Waciny Laredj, “la confrontation, dans le sens noble, entre les idées de l’auteur et celles du traducteur aboutit généralement à une traduction qui garde à l’œuvre son authenticité”. Il évoque, pour illustrer ses propos, le long cheminement exigé par la traduction du titre de son livre Sayidate el maqam (Acte Sud-2009). Comme il existe des expressions en arabe ou en tamazight qui n’ont pas d’équivalent en français, il faut chercher la formule qui convient. Il a fallu un mois pour arrêter le titre du livre. Marcel Bois a proposé “la femme du sanctuaire”, qui n’exprimait nullement l’âme de l’œuvre. En fait, “sayidat el maqam” vient du parler algérien d’origine berbère, Lalla. Lallahoum renvoie à la grandeur d’âme et d’esprit. Lallahoum, c’est la meilleure de toutes. Mais, titrer “La meilleure de toutes” ne veut rien dire. Après un mois de discussion sur le titre  entre l’auteur et le traducteur, il a été décidé d’en laisser la responsabilité  à l’éditeur qui a préféré : Les Ailes de la Reine, par référence  à une gracieuse danseuse de ballet portant un tutu ailé, intitulé qui semble avoir laissé l’auteur sur sa faim. “Il existe des expressions liées au génie d’une langue qu’il est difficile de rendre littéralement dans une autre langue. Il faut trouver des équivalences qui signifient quelque chose pour le lecteur”, conclut Waciny Laredj.


A. B.


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