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Culture / Culture

Tassadit Yassine, anthropologue et écrivaine, à “Liberté”

“L’Académie de langue amazighe est hétéroclite”

Anthropologue, directrice d’études à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales), membre du Laboratoire d’anthropologie sociale au Collège de France, Tassadit Yassine a produit une vingtaine d’ouvrages liés à la culture amazighe et des dizaines d’articles dans des revues scientifiques. C’est en sa qualité d’universitaire émérite que nous avons sollicité son avis sur des questions liées à tamazight en Algérie.

Liberté : Quelle est la situation de la littérature amazighe ?
Tassadit Yassine : Il existe une littérature amazighe émergente. La décantation se fera par la qualité. Le contenu à mettre aussi dans cette langue, c’est de l’histoire, de la philosophie, de la littérature, des sciences, des arts…, sinon, elle sera une langue morte. Mammeri disait : “Le latin est une très belle langue qui a dominé le monde, mais qui est morte parce qu’on a cessé de l’utiliser pour produire.” Ce n’est pas le cas de tamazight qui a eu de la chance.
Elle est restée orale parce que dominée, ce qui l’a protégée d’une certaine manière. Aujourd’hui, elle ne peut plus l’être en raison de la mondialisation et des technologies. Le dernier village du pays est connecté au monde. Les risques de domination sont réels. Il faut donc produire de la belle littérature et éviter de truffer tamazight de néologismes que personne ne comprendra. Il faut que ce soit bien dosé. Nos vieilles ont besoin de comprendre, car ce sont elles qui vont nous transmettre ce que nous avons oublié. Vous ne pouvez créer de la poésie avec une langue artificielle. Le poète dit dans la langue qu’il ressent. Sinon on va faire ce qu’on a fait avec l’arabe : l’arabe dialectal parlé et la langue savante que très peu de gens parlent.

Quel est votre avis sur l’Académie de la langue amazighe ?
J’ai l’impression que cette académie est un peu hétéroclite, avec des personnes aux niveaux très différents, et des intérêts tout aussi différents. L’État doit prendre conscience de l’importance de cette académie. Si on veut vraiment que cette langue et cette culture vivent, il faut leur donner les moyens d’un niveau requis. Maintenant, je comprends aussi que l’académie soit le miroir de ce qui se passe dans la société, mais on peut faire un effort pour en élever le niveau.

À votre avis, comment tamazight devrait être transcrite ?
Nous assistons à un combat idéologique plutôt qu’à une approche scientifique. Il faut faire avec ce que nous avons, avec le cumul de l’histoire et de la recherche. Il y a eu quelques transcriptions en arabe, j’y ai moi-même travaillé, mais elles n’ont jamais été systématiques, alors que nous avons une tradition de transcription en caractères latins depuis les années 1850. Partant de ce constat, on peut continuer avec cette graphie puisqu’elle est maîtrisée et on verra dans 50 ans ou dans un siècle. Alors, un éventuel changement de graphie ne serait pas un problème. Ataturk a changé la graphie et non la langue turque.

Mais la langue se perd dans les villes et à l’étranger…
C’est le résultat de la domination. D’abord celle du système politique (de la colonisation ou postindépendance) qui a toujours méprisé la revendication de tamazight. On leur a dit c’est une langue primitive, archaïque qui ne sert à rien. Pour accéder à la culture dominante, il fallait renoncer à la sienne. Aujourd’hui, on veut rompre avec ça.
À l’étranger, les Amazighs s’expriment dans les langues des pays d’accueil en raison de la force de la langue dominante. Il faut du ressourcement, de l’enracinement. Je pense que tamazight peut fleurir grâce à une production de grande qualité.
Il suffit que les Amazighs comprennent que tout dépend de ce qu’ils auront fait en la matière. Ils doivent aimer leur culture orale et écrite, leur langue, et qu’ils les transmettent en leur donnant un contenu qualitatif en phase avec leur temps.


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