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Culture / Culture

Il a composé la musique du film “El-Hariq”

Lamine Bechichi, un illustre homme de culture

© D.R

Décédé jeudi à l’âge de 93 ans, outre sa carrière politique, Lamine Bechichi s’est illustré dans la musique en composant pour de nombreux artistes, notamment Ana hourra fil Djazaïr de Miriam Makeba.

En ces temps pandémiques rudes, où le cœur de la vie semble s’être arrêté pour ne battre qu’au son des tragiques disparitions, voilà qu’un autre deuil s’installe pour enfoncer encore plus la douleur de la séparation. Lamine Bechichi, cet homme de culture si digne, ce musicien si humble, ce compositeur si proche des artistes, est parti en silence, non sans laisser derrière lui une empreinte indélébile.

Comment l’oublier alors qu’il est à l’origine de beaucoup d’œuvres musicales gravées à jamais dans les mémoires, faisant partie du riche patrimoine algérien. N’est-il pas le père de Mama Nadjwa et de tous les enfants d’“El-Hadika Essahira” qu’on a fredonné dès 1971 et qu’on fredonne toujours de père en fils ? Il a été également à l’origine, avec quelques autres camarades, de la création à Tunis, dès 1956, du journal La Résistance algérienne, puis commentateur politique, aux côtés de Mohamed Aïssa Messaoudi, à la radio tunisienne de l’émission engagée “Sawt El-Djazaïr” (voix d’Algérie) qu’il évoque dans ses mémoires parues aux éditions Anep.

Que dire aussi de ses missions d’homme engagé durant la révolution algérienne et de ses activités au Caire, puis à Benghazi en Libye comme chef du bureau de guerre ? Ou encore comme auteur de ce bel ouvrage sur la genèse de l’hymne national Qassaman, coécrit avec son ami et compagnon de toujours, le défunt Abderrahmane Benhamida, et publié aux éditions Alpha pour notre grand bonheur. Lamine Bechichi, c’est cet artiste au grand cœur qui a taquiné le violon très jeune, déjà en Tunisie comme élève à l’institut de musique Errachidia, puis comme violoniste dans diverses troupes musicales de renommée telles El-Manar ou El-Khadra. C’est aussi le compositeur de la musique de l’inoubliable film El-Hariq (l’Incendie) de Mustapha Badie sorti en 1974, et de la chanson de Miriam Makeba Ana hourra fil Djazaïr (je suis libre en Algérie) chantée à l’occasion du Premier festival panafricain organisé en 1969 à Alger, auquel il avait largement contribué, aussi bien dans les préparatifs que dans le déroulement.

L’illustre homme de radio que fut le défunt Lamine Bechichi a de tout temps clamé que la culture était un droit et un devoir. Dans un ouvrage collectif paru à l’occasion du 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, sa contribution a pour titre “De la culture en général et de la musique en particulier” et il y évoque entre autres ce “train culturel” lancé en 1964 duquel il dira : “Les acteurs du milieu artistique s’entassaient dans les nombreux wagons du train culturel ; on y retrouvait des hommes de théâtre, des vedettes de la chanson – femmes et hommes –, des musiciens, des éléments du ballet El-Manar dirigé par le chorégraphe Brahim Bahloul…” Il nous apprendra que le chef de cette expédition n’était autre que Mohamed Boudia et que beaucoup de villes avaient été gratifiées de ces escales culturelles comme Blida, Chlef ou encore Oran. Dans ce même texte, il nous parlera de ce colloque grandiose organisé en février 1968, initié par Mohamed Seddik Benyahia, ministre de l’Information, et intitulé “Le marasme de la culture”, qui sera animé par Mostefa Lacheraf, Lahbib Hamdani, Malek Haddad et Mahieddine Moussaoui.

Gageons et faisons que ce train culturel resiffle et que l’Algérie sorte un jour prochain de cet énième marasme culturel en suivant le conseil du défunt Lamine Bechichi : “Une chose est sûre : plus il y a d’écoles de beaux-arts, d’instituts de musique, de maisons et centres culturels, plus il y a de symbiose et de cohésion. C’est dans ces milieux qu’il faut investir en priorité, à notre humble avis.” Suivre ce conseil, c’est lui rendre hommage et sauver la culture en empêchant son déclin…

 

 

Samira Bendris-Oulebsir


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